‹ Romans grecsChapitre 176 sur 179 · II · texte numérisé non relu

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tout espoir, j'échappai pour ce jour-là aux éloupes.

XXXIL Mais ie scélérat ourdit contre moi une trame beaucoup plus noire encore : il me mène à la montagne, me met sur le dos un lourd fardeau de bois, et va le vendre à un laboureur du voisinage ; puis il me ramène à la maison, complètement à vide^ sans un seul brin de bois, et se met à débiter sur mon compte à son maître les plus infâmes mensonges. << Maître, dit-il, je ne sais jpourquoi nous nourrissons un âne d'une paresse, d'une fainéantise aussi insignes. Mais le voici qu'il s'avise de bien autre chose : aussitôt qu'il aperçoit une femme, une jeune fille belle et gentille, même un jeune garçon, le voilà tout aussitôt de ruer et de leur courir sus, comme un amant à la poursuite de sa maîtresse, puis de mordre, en guise de baisers, et même de tenter bien davantage. 11 te fera par là quelque vilaine affaire et te vaudra quelque bon procès; car il insulte tout le monde, il renverse tout. Tout-àrheure je le ramenais chargé de bois, lorsqu'il aperçoit une femme qui s'en allait aux champs; aussitôt il secoue son bois, le sème en tous sens, renverse la femme âur la route et se dispose à la traiter comme sa maîtresse. Heureusement on accourt de tous côtés et on empêche la malheureuse d'être déchirée par ce bel amoureux. »

XXXlll. « Rien de plus simple, dit le maître à ce récit; puisqu'il ne veut ni marcher, ni travailler, puis que ce roussin a des goûts humains et qu'il lui faut des femmes, des enfants pour ses plaisirs, tuez-le; jetez les entrailles aux chiens et gardez la chair pour les ouvriers. Si on vous demande comment il est mort, mentez, et dites que le loup l'a dévoré. Mon ânier, mon scélérat d'enfant, jubilait et voulait m'égorger tout au plus vite. Un paysan du voisinage, qui se trouva là dans le moment, me sauva la vie, mais par un conseil mille fois pire pour moi. Ne va pas, lui dit-il, tuer un âne qui peut encore moudre et porter de bons fardeaux;

LUCÏUS. Ul

la chose est bien simple : puisque l'amour le pique et qu'il en veut aux filles, châtre-le; dès qu'on lui aura ôté cette galante humeur, il deviendra tout aussitôt doux et maniable, il engraissera et portera de bonnes charges sans s^ fatiguer. Si tu ne sais pas employer ce remède, je viendrai ici dans trois ou quatre jours, et grâce à l'opération, je te le rendrai plus tranquille qu'un agneau. Toute la maison approuva l'avis et trouva que c'était parfaitement dit. Mais moi, je versais des larmes, pensant que j'allais tout-à-1 'heure perdre ce qui restait en moi de l'homme caché sous ma peau d'âne; je ne voulais plus vivre si l'on me faisait eunuque. Aussi, pris-je la ferme résolution de me laisser mourir de faim ou de me précipiter du haut de la montagne. C'était finir misérablement; mais,du moins, je laisserais en mourant mon corps tout entier et sans profanation.

XXXIV. Cependant au beau milieu de la nuit, un messager arrive du village à la ferme. Il annonce que la jeune ûUe mariée depuis peu, celle qui avait été enlevée par des voleurs, étant à se promener en compagnie de son mari au bord de la mer, tout-à-fait sur le soir, a été enlevée avec lui par les flots soulevés subitement, et qu'ils ont disparu. Un même instant les avait vus périr misérablement l'un et l'autre. Nos gens, aussitôt qu'ils voient la maison vide des jeunes maîtres, ont bien vite pris leur parti d'en finir avec l'esclavage, et se sauvent à l'envi, après avoir tout pillé au logis. Le surveillant des chevaux réunit pour sa part tout ce qu'il peut, le met sur mon dos et sur celui des cavales, et décampe avec nous. J'étais fort marri d'avoir à porter la charge d'un âne véritable ; mais je n'étais pas fâché de ce contre-temps, qui dérangeait une opération peu agréable pour moi. Nous marchâmes toute la nuit par un chemin assez difficile ; et, après trois jours de route, nous arrivâmes à Béroé, ville de Macédoine, grande et peuplée.

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XXXV. Nos conducteurs résolurent dé s'y arrêter. Quant à nous, pauvres bétes, on se hâta de nous mettre en vente, et le héraut, de sa voix la plus retentissante, commença à nous crier en plein marché. Aussitôt les chalands s'approchent, nous ouvrent la bouche et nous regardent aux dents, pour estimer notre âge. En somme, tous trouvëreat acheteur, moi seul excepté. Déjà le héraut avait ordonné de me reconduire à la maison, en disant : ce Vous le voyez, celui-là seul n'a point trouvé acquéreur; » lorsque cette Némésis jalouse, qui erre en toussons et tombe sur vous à l'improviste ^ me fit aussi trouver un maitre, mais tout autre que je n'aurais voulu. C'était un de ces courtiers d'infamie, un vieux barbon, de ceux qui s'en vont par les villages et les campagnes promenant la déesse de Syrie, réduite par eux au rôle de mendiante. Il m'achète, un beau prix ma foi, trente drachmes. Me voilà donc marchant, l'oreille basse, à la suite démon nouveau propriétaire.

XXXVI. Philëbe (c'était le nom de mon acheteur), en arrivant à son logis se met à crier de toute sa force : « Or ça, fillettes, je vous ai acheté un bel esclave,, vert, vigoureux, un cappadocien en vérité. » Ces fillettes n'étaient autre chose qu'une troupe de débauchés, associés de Philëbe, qui tous répondirent à son cri par un tonnerre d'applaudissements, persuadés que c'était réellement un homme qu'il leur avait acheté. Mais, quand ils virent que cet esclave était un âne, les brocards aussitôt de pleuvoir sur Philëbe. a Bon, bon! la vieille; ce n'est pas un esclave, mais un mari pour toi que tu as acheté; où donc as-tu recruté cela? Charmant mariage! puisse-t-il te tournera bien; donnenous bien vite des petits semblables au përe. » Et de rire aux éclats. '

XXXVII. Le lendemain, ils se mirent à l'ouvrage, c'était leur mot; ils firent la toilette de la déesse et me

' La mauvaise fortune.

]a placèrent sur le dos. Puis nous sortîmes de la ville pour courir la campagne. Quand nous arrivions à un bourg, moi, baudet porte-dieu, je ne bougeais, tandis que la troupe faisait rage de jouer de la flûte avec un bruit de possédés. Puis ils jetaient leurs mitres à terre et, au milieu de mille contorsions, la tête rejetée en arrière, tournant, roulant, comme détachée du col, chacun se mettait à se taillader les bras à coups d*épéc, à tirer une longue langue,'à se la mordre, à la déchiqueter, si bien qu'en un instant tout était inondé de sang. Moi qui voyais tout cela, je me tenais coi ; j'avais peur d'abord que Fa déesse n'eût besoin aussi de sang de baudet. Après s'être aitisi bien tailladés, ils faisaient la quête et recevaient des spectateurs force drachmes et oboles. Tel donnait des figues, des fromages; tel un petit tonneau de vin, un médimne de blé, et jusqu'à de l'orge pour l'âne. Le produit servait à les faire vivre et à parer la déesse dont j'étais porteur.

XXXVIII. Un jour, dans un village où ils s'arrêtèrent, ils dénichèrent, je ne sais où, un grand gaillard de paysan jeune et vigoureux, et l'emmenèrent à leur logis. Une fois là, ils se livrèrent à lui pour en agir avec eux suivant l'habitude et les goûts de ces infâmes débauchés. Je souffrais plus que jamais de ma métamorphose. « Jusqu'à présent, m'écriai-je, j'ai supporté mes maux, cruei Jupiter! » ou plutôt je voulus crier c«la; car ce ne fut point ma voix qui sortit de mon gosier, mais bien celle de l'âne: je ne fis entendre qu'un immense braiment. Quelques paysans se trouvaient par hasard dans le voisinage à chercher un âne qu'ils avaient perdu : ils n'ont pas plus tôt entendu les éclats de ma voix, qu'ils entrent sans rien dire à personne, croyant que je suis leur âne, et surprennent nos débauchés au milieu de leurs infâmes pratiques. Dieu sait s'ils se font faute de rire. Ce n'est pas tout : une fois dehors, ils font part à tout |e village de l'im- II. 30.

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pudicîté de nos prêtres ; et ceux-ci, honteux de voir leur infamie divulguée, délogent et partent sans bruit la nuit suivante. Une fois en route et loin de tout témoin, je les entendais me maudire et s'exaspérer contre moi, pour avoir divulgué leurs mystères. C'était, au reste, un mal tolcrable que d'entendre leurs malédic* tiens ; mais la suite n'était plus du tout risiblo. Us m'ôtërent la déesse de dessus le dos, la déposèrent à terre, me dépouillèrent de tous mes harnais, et, ainsi mis à nu, m'attachèrent à un grand arbre; ensuite, ils m'entourent, et, avec des fouets garnis d'osselets, ils m'en donnent à tour de bras, jusqu'à me faire rendre l'âme, en m'avertissant de ne plus souffler mot à l'a* venir dans mes fonctions de porte-dieu. Ils eurent même la velléité de m'égorger, après m'avoir bien étrillé, pour les avoir exposés à la risée et forcés à quitter le village sans avoir gagné leur journée. Mais, à me tuer, il y avait un grand embarras, c'était la déesse, qui restait là couchée à terre, et n'avait plus moyen de voyager.

XXXIX. La correction terminée, on me rend ma déesse et nous nous remettons en route. Vers le soir, nous nous arrêtons à la maison de campagne d'un riche particulier. Le maître ^it chez lui ; il hébergea avec beaucoup d'empressement la déesse et lui oflfrit des sacrifices. Je me souviens que je courus là un grand danger : un des amis du maître du logis, lui avait envoyé en présent une cuisse d'âne sauvage ; le cuisinier à qui on l'avait donnée pour la préparer la perdit par sa négligence, en laissant toute une bande de chiens pénétrer à son insu dans la cuisine. Prévoyant bien que les coups, et mieux encore* ne lui feraient pas défaut, pour la porte du quartier d'âne, il résolut de se pendre. Mais sa femme, véritable oiseau de mauvais augure pour moi, l'en empêcha, a Ne va pas te tuer pour cela, mon cher homme, lui dit-elle, et ne t'abandonne point ainsi au découragement;

écoute-moi seulement et tout ira bien. Prends-moi râne de ces gueux ; emmone-le à l*écarl, égorge-le et coupe-lui cette même cuisse. Tu rapporteras ici et la serviras bien préparée à notre maître. Jette le reste de râne dans une fondrière ; on croira qu'il s'est sauvé et qu'il a disparu. Vois comme il est en bonne chair et meilleur de tout point que ce sauvage, d Le cuisinier goûta fort l'avis de sa femme : a Parfaitement trouvé, ma femme, dit-il, c'est le seul moyen que j'aie d'échapper au fouet ; ce sera chose faite dans un instant. » Ainsi conspirait avec sa femme, à deux pas de moi, mon infâme cuisinier.

XL. Voyant où tout cela allait aboutir, je trouvai que le mieux pour moi était de me sauver d'abord du couteau. Je brise donc la courroie qui m'attachait, cl» tout en détachant quelques ruades, j'arrive en courant à la salle à manger où mes infâmes dînaient avec lo maître de la maison ; j'entre en gambadant, et en quelques bonds j'ai tout bouleversé, tables et flambeaux. Je me figurais avoir trouvé là une excellente invention pour me tirer d'affaire; car le maître du logis ne manquerait pas de me faire enfermer aussitôt et garder soigneusement comme un âne dangereux. Mais cette charmante invention me mit, tout au contraire, en grand péril : car, me croyant enragé, les voilà tous d'emblée qui tirent contre moi force épées ; ils s'arment do lances, de longs bâtons, et paraissent bien décidés à me tuer. Voyant l'imminence du danger, je me sauve en courant dans la chambre où devaient coucher mes maîtres. On m'y met sous clé et on ferme solidement les portes par dehors.

XLL Au point du jour, je partis avec mes mendiants, toujours la déesse sur le dos, et nous arrivâmes à un autre grand l)ourg, bien peuplé. Là ne s'ingénièrent-ils pas d'une nouvelle imagination : c'était de ne point loger leur déesse dans une maison habitée, et de lui donner pour domicile le temple mémo de la

Divinité du liejyt, en grande vénération dans le pays. Les habitants accueillirent bien volontiers cette déité étrangère et Tinstalièrent dans le temple de leur propre déesse. Quant à nous» on nous assigna pour logis la maison de quelques pauvres gens. Après avoir passé là plusieurs jours, mes maîtres résolurent de s'en aller à la ville la plus voisine et réclamèrent leur déesse aux villageois. On les laissa entrer eux-mêmes dans le temple pour la prendre; ils me l'arrangèrent sur le dos et se mirent en route. Mais les impies, pendant qu'ils étaient au temple, avaient trouvé moyen de dérober une coupe d'or, déposée là comme offrande, et l'emportaient cachée sous la déesse. Ceux du bourg, ne s'en sont pas plus tôt aperçus, qu'ils se mettent à la poursuite des voleurs. Arrivés près d'eux, ils* sautent à bas de leurs chevaux, les arrêtent au beau milieu du chemin, en les appelant impies, brigands, sacrilèges, et leur réclament l'offrande volée. A la fin, à force de fouiller partout, ils la trouvent dans le sein de la déesse. On enchaîne mes efféminés, on les ramène sur leurs pas, et on les jette en prison. La déesse dont j'étais porteur est donnée à un autre temple, et la coupe d'or restituée à la déesse du pays.

XLIl. Le lendemain il fut décidé qu'on vendrait toute la défroque de nos pendards et moi avec le reste. On me céda de fait à un homme étranger au village, mais qui habitait un bourg voisin, et boulanger de son métier. Il avait acheté aussi dix médimnes de froment qu'il me mit sur le dos, et, avec cette charge, i| me chassa du côté de chez lui, par une route assez malaisée. En arrivant, il me mène au moulin, où je vois une foule de bêtes de somme, et des meules en quantité, toutes mises en mouvement par mes nouveaux compagnons d'esclavage. Ce n'était partout que farine. Quanta moi, esclave nouveau venu, qui avais porté une lourde charge, et par des chemins difficiles, on me laissa reposera la maison ce jour-là. Mais dès le len-

demain, au point du jour, on me banda les yeux et on m'attela au bras d'une meule. Je savais trop bien comment il fallait moudre, ayant souvent fait ce métier; pourtant je feignis de n'y rien entendre : mais, vain espoir ! Toute la gent meunière s'arme de bâtons, m'entoure sans que je m'en doute (car je n'y voyais goutte), et commence à me dauber à tour de bras, si bien que je me mets tout d'un trait à tourner comme une toupie. J'appris ainsi à mes dépens que l'esclave ne doit pas, pour faire sa besogne, attendre la main du maître.

XLIII. Cependant je maigrissais à vue d'œil et je devins bientôt si chétif que le boulanger résolut de se défaire de moi. H me vendit à un pauvre bomme qui avait pris à ferme un jardin à cultiver. Voici en quoi consistait notre besogne : mon maître me chargeait le matin de légumes qu'il portait au marché; puis, lorsqu'il avait livré sa marchandise aux revendeurs, il me ramenait au jardin. 11 se mettait alors à bêcher, à planter, à arroser, et pendant tout ce temps je n'avais qu'à regarder. Mais la vie que je menais alors n'en était pas moins des plus rudes : d'abord on était en hiver, et le pauvre homme n'avait pas de quoi acheter une couverture pour lui, à plus forte raison pour moi. Avec cela il me fallait aller nu-pieds dans la boue, marcher sur des glaçons durs et pointus ; enfin nous n'avions l'un et l'autre pour nourriture que de mauvaises laitues dures et amëres.

XLIV. Un jour que nous allions au jardin, nous rencontrons un homme en costume de soldat, fier de tournure, qui commence à nous parler en latin et demande au jardinier oh il va avec cet âne. L'autre, qui ne savait pas le latin, je suppose, ne dit mot. Alors le soldat, se croyant méprisé, se met en colère, et lui administre bon nombre de coups de fouet. Le jardinier le saisit au corps, l'enlève de terre et l'étend sur la route; puis, le tenant terrassé, il le frappe du poing,

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du pied, voire méoiB avec une pierre du chemin. Le soldat, au commencement, se défendait,, et le menaçait, une fois relevé, de le tuer à coups d'épée. Noire homme, averti par cette menace, va au plus sûr; il lui arrache son épée, la jette au loin, et recommence à frapper, sans lui permettre de se relever. L'autre, voyant qu*il n'y a plus moyen d'y tenir, use de finesse et fait le mort. Le jardinier prend peur, le laisse là couché tel quel, ramasse Tépée, me saute en selle et galope vers la ville.

XLV. Arrivé là, il confie à un sien camarade le soin de son jardin, et, craignant les suites de son aventure de route, il va se cacher chez un de ses amis établi à la ville. Le lendemain, après s'être consultés, ils décident de cacher mon maître dans une armoire : pour moi, on me suspend par les pieds et on me transporte par l'escalier à l'étage supérieur, où l'on m'enferme dans une chambre. Cependant le soldat, s'étant relevé tant bien que mal, à ce qu'on nous dit, revint à la ville, la tête encore alourdie par les coups, et alla trouver ses camarades, à qui il fit part do la folle équipée du jardinier. Ceux-ci l'accompagnent, découvrent notre retraite et amènent avec eux les magistrats de la ville. Les magistrats envoient un de leurs agents dans la maison et enjoignent à tous les habitants de sortir : on obéit; mais point de jardinier. Pourtant les soldats affirmaient qu'il était caché dans la maison et qu'il avait son âne, — c'était moi, — avec lui. Tout cela ne laissait pas de causer quelque tumulte dans une rue étroite; on criait, on discutait : moi, bête brute, sottement curieux, je veux savoir qui crie ainsi; j'avance la tête et je regarde en bas par la fenêtre. On m'aperçoit, on se récrie aussitôt et nos gens sont convaincus de mensonge. Les magistrats entrent dans la maison, font perquisition partout et découvrent enfin mon maître couché dans son coff're. On le prend et on l'envoie en prison pour avoir à rendre compte ^e son équi-

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pée. Paur moi, on me fait reporter en bas et on me donne anx soldais. On rit longtemps à gorge déployée de cet âne qui, de dessous les toits avait signalé et trahi son maître; c'est même de mon escapade que date ce proverbe bien connu : « Gare Tâne à la fenêtre. r>

XLVI. Ce qui advint du jardinier mon maître, je rignore; pour moi, dès le lendemain, le soldat mo vendit au prix de vingt-cinq drachmes attiques. Celui qui m'acheta était serviteur d'un homme excessivement riche de Thessalonique, la plus grande ville de Macédoine. Son office était de faire la cuisine de son maître. Il avait avec lui un frère, esclave comme lui, très-habile à faire le pain et à confectionner les pâtisseries. Ces deux frères étaient inséparables : ils logeaient ensemble; le mêipe local réunissait confondus tous leurs ustensiles. Ils m'installèrent moi-même dans leur logis. Après le diner du maître, ils rapportaient tous deux force reliefs, l'un de la viande, du poisson, l'autre du pain, des gâteaux. Ils déposaient le tout au logis, le laissaient à ma garde, et s'en allaient baigner. Disant alors un long adieu à ma ration d'orge, je m'adonnai à l'art, aux profits de mes maîtres, et je me bourrai de ces mets réservés à l'homme, dont j'étais depuis si longtemps sevré. Dans les commencements, ils ne s'aperçurent pas, en rentrant, de ma gloutonnerie; car il n'y paraissait guère sur la quantité, et puis je mettais encore dans mes larcins quelque timidité et quelque discrétion. Mais, une fois bien sûr qu'ils n'y voyaient rien, je tombai sur les meilleurs morceaux que je dévorais en compagnie de beaucoup d'autres choses. Quand ifs finirent par s'apercevoir du déficit, ils se soupçonnèrent d'abord l'un l'autre, se traitèrent de pillards, d'impudents, de voleurs du bien commun; cela leur donna du soin, et ils firent dès lors compte exact des morceaux.

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