LIVRE IL
tenta, ils reportaient leursf regarnis à terre» les rele* vaient encore, reprenaient tristement haleine, et soulageaient leur oppression par un soupir. A la fin, Cnémon s'étendit à terre, Théagène s'appuya sur un rocher et Chariclée vipt se reposer sur son sein. Quel* que teo^ps ils luttèrent contre Faccablemeat du sommeil, afin de prendre quelque détermination sur ce qu'ils avaient à faire ; mais, à la fin, cédant k l'abattement et ^ la fatigue, i(s phcirent, quoique à regret, à la loi de la naiure. L'excès môme de leurs souffrances amena uu spmm^il réparateur, et la portion intelligente ^ r<lme fut forcée de çoçideseeudre et décéder à la fatigup du corps.
XYL, A peiue avaient-ils fermé U paupière et goûté quelques instants de sommeil, que Chariclée, couchée sur le sein de Théagène, eut un songe : Un homme aux cheveux hérissés, au regard sombre et farouche, à la main sanglante, la frappait de son épée et lui arrachait l'œil droit. Elle se mit aussitôt à crier, en disant qu'on lui avait arraché l'œil, et à appeler Théagène. Sur-le-champ il répondit à cet appel, profondément ému lui-même, comme si, en dormant, une sorte de sympathie lui eût fait partager les souffrances de Chariclée. Cependant elle avait porté la main à son visage, et la. passait sur la partie blessée dans son rêve, sans rien trouver qui justifiât ses terreurs; reconnaissant alors que c'était un songe : c< Je rêvais, dit-elle; mon œil est intact ; ne crains rien, Théagène. » Théagène respira a ces mots : « C'est bien fait à toi, dit-il, de conserver ces brillants rayons du soleil ; mais, dismoi, que t*est-il arrivé; quelle était cette frayeur subite? — Du homme affreux, dit-elle, effroyable, sans s'inquiéter de ta force invincible, me frappait ici-même, couchée sur tes genoux ; il me semblait qu'avec son épée il m'arrachait Tœil droit. Et plût aux Dieux, Théagène, que cette vision ne fût pas un songe, mais une réalité. — Que les Dieux m'en préservent, reprit Théa-
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gène: pourquoi dis-lu cela?— C'est, reprit-elle, qu'il vaudrait mieux pour moi, être privée de Tun des yeux, qu'inquiète sur ton compte. Je crains fort que ce songe ne se rapporte à toi, que je regarde comme mes yeux, mon âme et mon tout. — Ne dites pas cela, répondit €némon, qui avait tout entendu, réveillé dès le commencement par le cri de Chariclée : votre songe me paraît avoir un tout autre sens. Avez-vous des parents? répondez-moi. — Oui, dit-elle ; mais, cela étant, qu'en concluez-vous? — Croyez-moi, votre père est mort, dit Cnémon ; et voici d'où je le conjecture : c'est grâce à ceux qui nous ont engendrés, nous le savons, que nous entrons dans cette vie et jouissons de la lumière ; il est donc vraisemblable que par les deux yeux, sources de lumière et cause de la perception des choses visibles, les songes désignent le père et la mère. — Ce serait encore là une bien triste explication, reprit Chariclée ; mais puisse-t-elle être vraie plutôt que l'autre ; puissent tes pronostics se réaliser de préférence, et les miens être trouvés menteurs. — 11 en sera ainsi, n'en douions pasj dit Cnémon ; mais il semble en vérité que nous rêvions, de discuter des songes et des visions, sans nous préoccuper de notre situation, maintenant surtout que cet Égyptien (il voulait désigner Thermutis) nous a laissés, tout entier à ses défuntes amours et à ses gémissements. »
XVII. « 11 est vrai, reprit Théagène; mais, Cnémon, puisque quelque Dieu t'a associé à nous comme compagnon d'infortune, ouvre un avis : tu connais les lieux, la langue du pays ; d'ailleurs, nous sommes moins que loi en état de connaître le meilleur parti à prendre, étant plongés dans un plus profond abîme de maux. — Quant à l'infortune, reprit Cnémon, après quelques instants de silence, on ne saurait dire qui de nous l'emporte, ô Théagène ; car, moi aussi, la Divinité m'a dispensé la souffrance d'une main prodigue ; mais, étaal le plus êigé^ie parlerai le premier, comme