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cette tragique apostrophe, les brigands, qui n'entendaient rien à ce langage, les laissèrent là, pensant que leur propre faiblesse était une garde suffisante. Pour eux, ils se dirigèrent vers le vaisseau et se mirent à débarquer le chargement. Il était aussi considérable que varié; mais chacun se contenta d'en tirer autant qu'il put d*or, d'argent, de pierres précieuses et d'étoffes de soie, sans tenir aucun compte du reste. Lorsque la charge leur parut suffisante (elle était de nature à satisfaire la convoitise même d'une bande de pirates) ils se partagèrent le butin déposé sur le rivage et le disposèrent en ballots p«ur chacun d'eux, mais sans tenir compte de la valeur des objets enlevés, uniquement préoccupés de donner à chacun une part égale du fardeau. Leur intention était de s'occuper ensuite de .la jeune fille et du jeune homme. Mais, sur ces entrefaites, apparaît subitement une nouvelle troupe de brigands, sous la conduite de deux cavaliers. A celte vue, les premiers, sans même en venir aux mains, abandonnent tout leur butin, pour n'être pas poursuivis, et s'enfuient à toutes jambes ; car ils n'étaient que dix, et ceux qu'ils voyaient accourir étaient trois fois plus nombreux. La jeune fille et son compagnon se trouvaient donc pour la seconde fois déjà prisonniers, sans avoir été pris encore. Quoique les brigands fussent poussés, eux aussi, par l'ardeur du pillage, l'étonnement, l'ignorance de ce qu'ils voyaient les faisait hésiter encore; car ils supposaient que tout ce massacre était l'œuvre des premiers brigands ; d'un autre côté, l'aspect de cette jeune fille, la distinction et le caractère étranger de ses vêtements, son indifférence pour le spectacle terrible qui l'entourait et qui ne paraissait pas exister pour elle (car tout entière aux blessures du jeune homme, elle souffrait de ses douleurs comme si elles lui eussent été personnelles), enfin sa beauté, son courage, tout les frappait d'admiration. Leur étonnement n'était pas moindre à la vue du jeune
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homme et de ses bleflsures; tant il y avait en lui de beauté, tant sa taille était noble et majestueuse. Car déjà il s*était un peu remis, et son visage avait repris son expression ordinaire.
IV. Cependant, après les avoir longtemps contemplés, le chef des brigands s'approcha, mit la main sur la jeune fille, et lui ordonna de se lever et de le suivre. Sans rien entendre à son langage, elle comprit cependant son injonction, et tira à elle le jeune homme, qui, de son côté, ne la quittait pas. En même temps, elle tournait un poignard contre sa poitrine, menaçant de s*en percer, si le chef des brigands ne les emmenait tous les deux. Celui-ci comprit son désir, à ses gestes bien plus encore qu'à ses paroles. Songeant d'aiîleurs que ce jeune homme pourrait le seconder dans de grandes entreprises, s'il guérissait, il mit pied à terre, ordonna à son écuyer d'en faire autant, et établit les deux prisonniers sur les chevaux ; puis il commanda aux autres de réunir le butin et de le suivre. Cela fait, il marcha lui-même à pied à côté d'eux, les soutenant et les relevant s'il leur arrivait de perdre l'équilibre. Ces soins prévenants n'étaient pas sans quelque prix : le maître paraissait servir ses captifs et n'user de sa puissance que pour s'assujettir volontairement à ses prisonniers. Tant a de pouvoir la noblesse
.de l'extérieur; tant la vue de la beauté sait dompter * même la rudesse des brigands et soumettre à son empire les cœurs les plus sauvages !
V. Après avoir cheminé ainsi, l'espace d'environ deux stades, le long du rivage, ils tournèrent brusquement vers le pied de la montagne, en laissant la mer à droite, franchirent les hauteurs, non sans quelque peine, et se dirigèrent vers un lac qui s'étendait le long du revers opposé. L'aspect des lieux était celuici : tout le pays est appelé par les Égyptiens le Pâturage : c'est une vallée très-basse , où les débordedéments du Nil forment un lac extrêmement profond