‹ Romans grecsChapitre 30 sur 179 · UVRE H · texte numérisé non relu

UVRE H

sèment par la fille* do Thôte, déjà grs^ivi;^ et nubile, et p^r toutes les servantes de la maisan. (Illes traitaient le vieillard comme s'il eût été leur përe, dressées à ces soins, je suppose, par les ordres de leur maître. L'une lavait ses pieds et essayait la poussière qui couvrait se(s jambes ; une autre s'occupait du coucher et lui préparait un bon Ut. Celle-ci apportait de Veau et allumait le feu ; celle-^là servait sur la table des pains de froment et de tovi;$ les fruits de la saison. « Mais, s'écria Cnémon étonné, nous sommes entrés, ce me semble, ô mon père, dans la demeure de Jupiter hospitalier, tant les soins sont désintéressés et témoignent de bienveillante sollicitude. — Ce n'est pas le temple de Jupiter, dit-il, mais la demeure d'un homme qui vénère Jupiter hospitalier,, protecteur des suppliants. Lui aussi, mon fils, il mène une vie errante; il est marchand et a connu par sa propre expérience bien des villes, les mœurs et les goûts de bien des hommes. C'est pour cela sans do^^te qu'il a accueilli sous son toit tant d'autres malheureux et nvoi-méme» qui étais errant et vagabond il y a quelques jours^ -^ Et pourquoi donc cette vie vagabonde dont vous parlez? — Mes enfants, dit-il, m'ont été enlevés par des brigands ; je connais les ravisseurs, et je n'en puis tirer vengeance. C'est poturquoi j'erre dans ces lieux, poursuivant mon mallj^ur de mes gémissement^. Ainsi l'oiseau, lorsqu'un serpent ravage son nid et dévore ses petits sous ses yeux, craint d'avancer et ne peut se résigner à fuir ; l'amour et la terreur luttent en lui ; il voltige en criant autour du nid occupé par l'ennemi, et fait retentir ses gémissements maternels, inutiles supplications, autour des oreilles barbares que la nature n'a pas faites pour connaître la pitié. — Ne voudriez-vous pas, lui dit Cnémon, me raconter comment et quand vous avez eu à soutenir cette lutte douloureuse? — Plus tard, reprit-il ; maintenant il convient de réparer nos forces ; car c'est avec un sens merveilleux qu'Homère, consi-

dérant que la faim ne tient compte de rien que d'ellemême, a donné au ventre le surnom d*enragé. Pour nous, faisons d*abord, comme le prescrivent les sages d'Egypte, des libations aux Dieux. Car rien ne me fera jamais transgresser cette loi ; le malheur, quel qu'il soit, ne sera jamais assez fort pour me faire perdre la mémoire de ce que je dois aux Dieux.

XXllI. A ces mots, il versa avec la coupe, comme libation, une eau sans mélange, et dit : J'offre cette libation aux Dieux du pays et à ceux de la Grèce ; à toi aussi, Apollon Pythien, et à vous, Théagène et Chariclée, bons et vertueux enfants; car, vous aussi, je vous mets au rang des Dieux. » En même temps il versait des larmes, et leur faisait comme une seconde libation de ses pleurs. Cnémon interdit, en entendant ces noms, considéra le vieillard de la tête aux pieds : — « Que dites-vous, s*écria-t-il ; Théagène et Chariclée sont réellement vos enfants? — Ce sont mes enfants, dit-il, ô étranger, quoique ce ne soit pas une mère qui me les a donnés; le sort et la volonté des Dieux les ont faits miens ; ma tendresse et mes soins les ont créés mes enfants ; mon affection pour eux a tenu lieu des liens du sang : grâce à cette affection, ils me regardent comme leur père et m'en donnent le nom. Mais toi, dis-moi, d'où les connais-tu? — Non-seulement je les connais, reprit Cnémon, mais je sais qu'ils sont sains et saufs, et je vous en donne la bonne nouvelle. — Apollon ! grands Dieux ! s'écria le vieillard ; et en quel lieu de la terre sont-ils? Parle, je te tiendrai pour mon sauveur et régal des Dieux. — Et quelle sera ma récom- ^ pense, dit-il? — Pour le moment, la reconnaissance, le plus beau des présents pour un homme de cœur ; j'en connais beaucoup qui ont déposé comme un trésor ce don dans leur âme. Plus tard, quand nous serons rentrés dans notre patrie (ce qui ne peut tarder beaucoup, les Dieux m'en donnent l'assurance), mes richesses seront à ta disposition, pour y puiser

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