‹ Romans grecsChapitre 32 sur 179 · UVRE II · texte numérisé non relu

UVRE II

ment ce qui me coBcerne, non point pour éluder, comme tu le penses, le récit que tu attends, mais pour te préparer à une narration suivie et régulière des événements ultérieurs. Ma patrie est Memphis : mon père se nommait comme moi Calasirig. Maintenant jo mène qne vie errante ; mais, il y a peu de temps encore, je remplissais les fonctions sacerdotales. J'ai pris femme, selon la coutume de mon pays ; je l'ai perdue suivant les lois de la nature. Lorsque, dégagée des liens de cette viCi elle eut passé au repos de l'autre, aucun nouveau malhenr ne vint me frapper pendant quelque temps: deux fils que j'avais eus d'elle faisaient toute ma joie. Mais, peu d'années après, le cours fatal des Qambeaux célestes bouleversa toute notre destinée : l'oeil de Saturne tomba sur notre maison et y transfor^ ma tout le bien en mal. La sagesse me révéla cos malheurs, mai^ sans me donner les moyens d'y échapper. Car s'il est possible de prévoir les arrêts immuables des Destin^, vouloir les éviter est inutile. Et pourtant la prévision est encore un bien, relativement dg moins, puisqu'elle émousse ce qu'a de plus cuisant l'infortune : un malheur imprévu, mon fils, est intolérable; celui qu'on connaît d'avance est plus facile à suppor-^ ter ; dans le premier cas l'âme s'affaisse, prévenue par la crainte; dans l'autre, la réflexion en a rendu la pensée familière.

XXV. «Voici ce qui m'arriva : Une fllle de Thrace, nommée Rhodopis, à la fleur de l'âge, d'une beauté qui ne le cédait qu'à celle de Chariclée, arriva, je ne sais d'où ni comment, pour la perte de ceux qui l'ont connue. Elle parcourait l'Egypte et vint s'établir à Memphis. Ses nombreux serviteurs, l'opulence qu'elle étalait, sea charmes, son habileté à disposer tous les pièges de Vénus, tout faisait qu'on ne pouvait la rencon tirer s^ns être pris sans retour. Jamais courtisane ne sut mieux vous enlacer de son regard irrésistible, inévitable. Elle venait souvent.au temple

d'isis, dont j*étais prêtre, et consacrait sans cesse à la déesse des victimes et de somptueuses offrandes. Il faut bien le dire, quoique j'en rougisse : à force de la voir, je fus vaincu moi-même ; elle triompha de la continence qui avait été l'exercice de toute ma vie. Après avoir longtemps opposé les yeux de Tâme à ceux du corps, je succombai enfin, je tombai accablé sous le fardeau de Tamour. Je vis dans cette femme le commencement des maux que me réservaient les Dieux et qu'ils m'avaient prédits : je pressentis en elle le personnage de la Destinée, et je compris qu'elle était le masque sous lequel se cachait le mauvais génie sous le pouvoir duquel j'étais alors. Craignant de déshonorer le sacerdoce, dans lequel j'avais été nourri dès l'enfance, je luttai pour ne point souiller le temple et le sanctuaire des Dieux. J'établis la raison mon propre juge, et, punissant comme je le devais la faute que j'avais commise, non pas en action, le ciel m'en préserve! mais par un simple désir, je m'infligeai l'exil en expiation de ma passion. Infortuné! je quittai ma patrie ; je cédai à la puissance irrésistible des destinées, et m'abandonnai à elles pour en agir avec moi comme elles l'entendraient. Je voulais aussi échapper à l'exécrable Rhodopis; car je craignais, ô étranger, sous l'influence de Tastre qui me dominait alors, d'être entraîné aux actions les plus honteuses. Mais ce qui pardessus tout me détermina à fuir, c'est que l'ineffable sagesse, présent des Dieux, m'avait bien des fois présagé que mes fils devaient tirer le glaive l'un contre l'autre. Je voulus soustraire mes regards à cet aflteux spectacle, devant lequel le soleil lui-même, je n'en doute pas, se voilerait d'un nuage pour n'en être point témoin. J'ai épargné aux yeux d'un père la vue du meurtre de ses enfants; je me suis exilé moi-même de ma patrie, de la maison paternelle, sans communiquer mon dessein à personne. J'avais prétexté un voyage à Thèbes-la-Grande, pour y voir l'aîné de mes fils, qui

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