‹ Romans grecsChapitre 33 sur 179 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

y demeurait auprès de son aîeul maternel. Son nom était Thyamis! ô étranger. » Cnémon tressaillit de nouveau, comme si le nom de Thyamis eût blessé son oreille ; mais il se contint et garda le silence pour entendre la suite. Calasiris continua ainsi : « Je retranche et passe sous silence tout ce qui dans ma vie errante n*a pas trait directement à Tobjet qui t'intéresse.

XXVI. « Ayant appris qu'il y avait en Grèce une ville du nom de Delphes, consacrée à Apollon ; qu'elle était en même temps un sanctuaire pour tous les autres Dieux, et, pour les sages, un lieu de retraite bâti loin des agitations populaires, je me dirigeai de ce côté ; car il me sembla que pour un prêtre aucun refuge ne convenait mieux qu'une ville consacrée tout entière à la religion et aux sacrifices. Après avoir traversé le golfe de Crissa, j'abordai à Cirrha, et, au sortir du bâtiment, je montai vers la ville. Lorsque je fus auprès, une voix évidemment divine vint de là frapper mon oreille. La ville, à tous égards, mais surtout par la nature du site, me parut un séjour digne des bienheureux. Le Parnasse, semblable à une forteresse naturelle, à une citadelle qui ne doit rien à l'art, s'élève dans les airs et jette de part et d'autre des contreforts qui embrassent comme d'une enceinte la ville bâtie à ses pieds. — Votre description est exacte, dit Cnémon, et on y reconnaît Thommequi a réellement ressenti l'inspiration pythique ; elle est conforme à celle que m'en fit autrefois mon père, lorsqu'il fut député par le peuple athénien à l'assemblée des Amphictyons. — Tu es donc Athénien, mon fils? — Oui, certes. — Et quel est ton nom? — Cnémon. — L'histoire de ta vie? — Tu la connaîtras ; mais maintenant continue. — Je poursuis, dit-il: Je montai vers la ville; après avoir admiré les portiques, les places, les fontaines, en particulier celle deCastalie, où je fis une ablution, je me dirigeai vers le temple. L'empressement de la multitude, le bruit partout répandu que c'était l'heure où

la prêtresse s'agitaU inspirée, tout me donnait des ailes. Enifé dans le temple, ie me prosternai et je fisintérieuromenl une prière ; voici Toracleque prononça laPythie.:

c( Tu viens des plaines eu Nil, fécondes en épis ; tu fuis la trame des toutes puissantes Destinées: prends courage ; bientôt je te donnerai les champs de l'Egypte au noir limon. Maintenant sois mon ami. »

XXVII. » Dès que j*eus entendu cet oracle, je me prosternai la face contre terre, au pied de l'autel, priant le Dieu de m'étre en tout propice. Toute la multitude des assistants glorifia Apollon, pour Toracle qu'il m'avait donné dès ma première visite au temple : \\$ célébraient mon bonheur et me traitèrent dès lors avec une distinction toute particulière, disant que j'étais le seul, avec un certain Lycurgue de Sparte, auquel le Dieu eût donné le nom d'ami. On m'accorda le droit d'babiter, si je le voulais, l'enceinte du temple, et on décréta que je serais nourri aux frais du public. En un mot, on ne me laissait rien à désirer : j'assistais aux cérémonies sacrées ; j'étudiais les nombreux sacrifices de tout genre que les étrangers et les habitants font tout le jour en l'honneur du Dieu ; je me mêlais aux entretiens des philosophes qui affluent en grand nombre au temple d'Apollon Pythien ; car la ville est à proprement parler un sanctuaire des Muses, sous l'inspiration du Dieu que les Muses reconnaissent pour chef. Au commencement on me proposait des questions sur différents sujets : l'un me demandait quel culte nous rendons à nos Dieux en Egypte ; l'autre pourquoi certains animaux sont adorésdansun lieu, d'autres ailleurs, et la raison qu'on donne de ce culte; celui-pi m'interrogeait sur la construction des Pyramides, celuilà sur la direction des canaux ; en un mot aucunedes particularités de l'Egypte n'était oubliée; car tout ce qui a trait à l'Egypte a un charme spécial pour les oreilles grecques.

XXVilï. » A la fin, quelqu'un des plus instruits m'in-

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