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terfogea sur le Nil, sur sa source, sur les caractères particuliers qui le distinguent des autres fleuves, sur ce qui fait que, seul entre tous, il croît en été. Je racontai ce que je savais, ce qui est consigné, au sujet dn Nil, dans les livres sacrés où les prêtres seuls peuvent le lire et le connaître. Je dis qu'il prend sa source dans les montagnes de TÉthiopie, à Textrémité de la Lybie, dans les lieux où âni4 TOrient et commence le Midi. S'il croît en été, ce n'est pas, comme on Ta dit quelquefois, parce qu'il est refoulé par les vents Elésiens qui soufflent en sens contraire ; c'est bien plutôt que ces mêmes vents, à l'époque du solstice d'été, poussent et chassent tous les nuages du nord au midi et les accumulent sous la zone torride. Là ils sont arrêtés dans leur marche par l'excessive chaleur de ces régions ; toutes les vapeurs accumulées précédemment se condensent peu à peu, se résolvent en eau, et il s'en échappe des torrents de pluie. Le Nil grossit, fier et impétueux; il sort de ses rives; ce n'est plus un fleuve, c'est une mer qui couvre l'Egypte et féconde les champs sur son passage. C'est pour cela que ses eaux sont si agréables à boire, étant formées des pluies du ciel ; de là vient aussi qu'elles sont douces au toucher : sans avoir la même chaleur que vers leur source, elles en conservent une légère tiédeur. On comprend dès lors que le Nil soit le seul fleuve qui n'exhale aucune vapeur; le contraire aurait lieu nécessairement s'il était vrai, comme je sais que l'ont prétendu quelques savants parmi les Grecs, que sa crue tînt à la fonte des neiges. XXIX. » Comme je donnais ces explications et d'autres semblables, le prêtre d'Apollon, nommé Chariclès, lié avec moi d'une intime amitié, me dit : « Ce que vous ^apportez est parfaitement juste, et je partage cette opinion, d'après ce que j'ai entendu dire aux prêtres 4u Nil» à Catadupœ. — Cominent! lui dis-je, Chariclès, ayez-vous jamais été là? — Oui, reprit-il, sage Calasiris. —Et quelle nécessité vous poussait? — Un mal-
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heur domestique, réponclit-il, qui est devenu la cause de mon bonheur. )> Comme je m'étonnais d'un propos aussi étrange : « Vous ne vous étonnerez pas, ditil, quand vous saurez comment la chose s'est passée, et vous l'apprendrez dès que vous le désirerez. — Vous pouvez parler à l'instant, repris-je; je suis prêt à vous entendre. — Écoutez donc, dit Chariclès, après avoir écarté la foule ; aussi bien je désirais depuis longtemps vous confier ce récit de mes aventures, et je crois y avoir quelque intérêt. Après mon mariage, je fus longtemps sans avoir d'enfants. Bien des années étaient écoulées et déjà j'étais appesanti par l'âge, lor^ue le Dieu, longtemps imploré par moi, permit qu'une petite fille me donnât le nom de père. Mais il me prédit que je n'aurais point à me réjouir de sa naissance. Quand elle fut en âge d'être mariée, je la donnai à celui de ses nombreux prétendants qui m'en parut le plus digne : mais, la nuit même o^ elle partagea le lit de son mari, la malheureuse mourut; elle fut brûlée; soit par le feu du ciel, soit par un incendie allumé accidentellement dans sa couche. Aux chants d'hyménée qui duraient encore, succédèrent les gémissements ; elle passa du lit nuptial au tombeau, et les mêmes torches qui avaient éclairé les noces, embrasèrent le bûcher funèbre. A ce tragique événement les Dieux ajoutèrent un nouveau malheur : la mère de ma fille succomba à sa douleur. Incapable de résister moi-même aux maux dont m'accablait la Divinité, je ne voulus point cependant m'arracher la vie, pour obéir aux interprètes de la divine sagesse, qui disent que cela ne nous est pas permis. J'abandonnai ma patrie et m'enfuis loin de ma maison vide et désolée. Car rien n'est plus propre à nous faire oublier nos maux, que l'éloignement des objets dont la vue réveille les douleurs de l'âme. Après avoir erré dans bien des contrées, j'allai aussi dans votre Egypte, à Catadupœ même, pour y visiter les cataractes du Nil. »