‹ Romans grecsChapitre 35 sur 179 · LIVRE 11. m · texte numérisé non relu

LIVRE 11. m

XXX. » Maintenant que je vous ai exposé, mon ami, les motifs de mon voyage en Egypte, voici Tépisode que je voulais vous faire connaître, ou pour parler plus vrai, le point capital de tout mon récit : Je me promenais un jour par la ville, pour occuper mes loisirs et acheter quelques objets qui ne se rencontrent pas en Grèce (car déjà le temps avait amorti Texcës de ma douleur, et je songeais à retourner dans mon pays). Un homme, d'un extérieur grave, dans les yeux duquel se réfléchissait un esprit d'une trempe supérieure, s'approcha de moi. il avait la peau entièrement noire, et ne venait que d'atteindre Tâge viril. Il me salua et me fit comprendre, malgré la difficulté qu'il avait à s'exprimer en grec, qu'il avait quelque chose à me dire. J'accédai volontiers à son désir et je le suivis dans un temple du voisinage. « Je vous ai vu acheter, dit-il, des feuilles et des racines de l'Inde, de l'Ethiopie et de l'Egypte : si vous voulez que je vous vende, en toute honnêteté et sans fraude aucune, ce que j'ai ici, je suis à votre disposition. — Soit, lui dis-je, voyons. — Vous allez être satisfait ; mais surtout ne soyez pas trop difficile sur le prix. — C'est à vous à ne pas vous montrer marchand trop exigeant. » il tira alors un petit sac caché sous son aisselle, et me montra une foule de pierres précieuses du plus haut prix. Il y avait des diamants de la grosseur d'une petite noix, de forme circulaire, taillés avec une rare perfection, et d'une éclatante pureté; desémeraudes, des hyacinthes, les unes verdoyantes comme l'épi au printemps, avec le reflet brillant de l'olive ; les autres imitant les teintes de la mer, lorsqu'elle se ride légèrement sous l'abri d'un rocher profond et jette un reflet de pourpre sur les objets qu'elle recouvre. Chacune en un mot avait son éclat, ses reflets propres, et leur ensemble réjouissait doucement la vue. Lorsque j'aperçus ces richesses : a Vous ferez bien, lui dis-je, de chercher pour cela d'autres acheteurs; car, pour moi, tout ce que je pos-

sède suffirait à peine à payer un seul de ces objets. — Mais s'il ne vous est pas possible de les acheter, vous pouvez du moins les recevoir en présent ? — Pour moi, je me sens la force de recevoir un présent, lui dis-je ; mais vous, je ne sais dans quel but cette plaisanterie. — Je ne plaisante pas, reprit-i! , loin de là ; je parle très-sérieusement; je jure même parie Dieu qui réside ici que je vous donnerai le tout, si vous consentez k recevoir en outre un autre présent beauœup plus précieux encore. » A ces mots je me mis à rire ; et, comme il m*en demandait la raison : « C'est qu'il me semble ridicule, lui dis-je, que pour me faire accepter d'aussi riches présents, vous m'offriez encore comme prix, des dons beaucoup plus considérables. — N'ayez aucun doute, dit-il ; seulement jurez-moi de votre côté de faire de ces dons le meilleur usage, et de suivre mes instructions. » Dans mon étonnement, jenesavais que résoudre; cependant je jurai, séduit par l'espoir de tant de richesses. Lorsque je me fus engagé par serment, suivant sa demande, il m'emmena chez lui, et me montra une jeune fille d'une beauté divine, incomparable. Elle n'avait que sept ans, à ce qu'il m'affirma, mais elle me parut presque nubile; tant il est vrai qu'une beauté céleste peut prêter à la taille même des proportions plus élevées. Je restais muet d'étonnement, ne pouvant ni comprendre ce que tout cela signifiait, ni me rassasier d'admirer ce que je voyais.

XXXI. » Il commença ainsi : (v Cette jeune fille que vous voyez, ô étranger, a été exposée, encore au berceau ; sa mère, pour un motif que vous connaîtrez un peu plus tard, l'a abandonnée aux caprices de la fortune. Je la trouvai et l'emportai avec moi. Car il ne m'était pas permis de laisser sans secours une âme devenue partie de l'humanité; c'est là un des préceptes de nos Gymnosophistes, dont j'avais été jugé digne depuis quelque temps d'entendre les leçons. D'ailleurs, il me sembla que quelque chose de divin brillait dès lors

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