‹ Romans grecsChapitre 36 sur 179 · LIVRE H · texte numérisé non relu

LIVRE H

dans les yeuxderenfaat, taEt il y avait d'intelligeiice et d'attrait dans ses regards fixés sur moi. Avec elle était exposé un collier de pierres précieuses, que je vous ai montré tout-à-rheuie ; et, sur une bandelette de soie, un récit dans la langue et en caractères du pays, de tout ce qui concernait cette enfant. C'était sans doute la sollicitude de sa mëre qui avait disposé pour elle ces signes de reconnaissance. Je connus par là son origine et ses parents; je la portai à une maison de campagne éloignée do la ville, et je la donnai à élèvera mes bergers, avec recommandation de ne rien dire à personne. Quant aux objets trouvés avec elle, je les gardai par devers moi, de peur qu'ils ne devinssent l'occasion de quelque trame contre sa vie. Elle vécut ainsi cachée dans les commencenAents : mais, avec le temps, à mesure qu'elle grandissait, on vit briller en elle les marques d'une beauté peu ordinaire. La beauté ne saurait rester cachée sous terre ; y fût-elle enfouie, certainement elle projetterait de là ses rayons. Craignant donc que le secret de sa vie ne s'ébruitât, et que, si elle venait à périr, il n'en résultât pour moi-même quelque chose de fâcheux, je me suis fait nommer ambassadeur auprès du satrape d'Egypte, et je l'amène avec moi, afin de prendre dans son intérêt toutes les dispositions nécessaires. D'un instant à l'autre je m'attends à voir le satrape, qui m'a donné audience pour aujourd'hui même. Quant à cette jeune fille, je la confie à votre garde, à celle des Dieux qui en ont ainsi décidé ; je vous la remets aux conditions réglées entre nous sous la foi du serment, à savoir de garder toujours libre l'enfant que vous recevez de mes mains, ou plutôt de celles de la mère qui l'a exposée, et de ne la marier qu'à un homme libre. J'ai bon espoir que vous exécuterez fidèlement nos conventions ; j'en ai pour garantie, outre vos serments, vos mœurs que j'ai étudiées avec soin depuis plusieurs jours que vous êtes ici, et que j'ai reconnu être bien véritablement colles d'un Grec.

72 THEAGENE ET CHARICLEE.

XXXII. » J*ai dû me borner aujourd'hui à ce rapide exposé, car les affaires de mon ambassade me réclament; mais demain, venez me trouver au temple d'Isis; je vous donnerai sur la jeune fille les détails les plus complets et les plus précis. » Conformément à son désir, je pris la jeune fille et je remmenai voilée chez moi. Je passai tout ce jour à la combler d*amitiés et de caresses; je rendais mille grâces aux Dieux; déjà je la regardais comme ma fille et lui en donnais le nom. Le lendemain, au point du jour, je me rendis avec un extrême empressement au temple d'Isis, où j'avais rendez-vous avec l'étranger. Longtemps je me promenai à l'attendre; à la fin, ne le voyant pas paraître, j'allai à la satrapie demander si quelqu'un avait vu l'ambassadeur des Éthiopiens. On me répondit qu'il était parti, ou plutôt qu'il avait été chassé, le satrape l'ayant menacé de mort s'il n'était hors des frontières avant le coucher du soleil. Comme j'en demandais le motif : (( C'est, me dit-on, qu'il avait pour mission d'interdire au satrape l'exploitation des mines de diamant, sous prétexte qu'elles appartiennent à l'Ethiopie. » Je m'en allai profondément affligé, comme si on m'eût porté quelque coup violent; je ne pouvais me résigner à ignorer quelle était cette jeune fille, quels étaient ses parents et sa patrie. — Je ne m'en étonne pas, ditCnémon, car, moi-même, je souffre de ne pas le savoir; mais peut-être je l'apprendrai. — Tu le sauras, dit Calasiris ; maintenant je continue le récit de Chariclès.

XXXIII. » Lorsque je rentrai au logis, dit-il, l'enfant vint au-devant de moi sans me rien dire, car elle ne savait pas encore la langue grecque; mais elle me saluait de la main, et sa vue seule ramenait déjà la sérénité dans mon âme. J'admirais comment, semblable à ces jeiines chiens caressants et de bonne race, qui flattent tout le monde presque sans connaître, elle avait tout d'abord compris ma bienveillance pour elle et me traitait comme son père. Je résolus de ne pas

Page 1