‹ Romans grecsChapitre 37 sur 179 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

m 'arrêter à Catadupœ, de peur que quelque génie envieux ne m'enlevât encore ma nouvelle fille. Je descendis donc le Nil jusqu'à la mer, et là je trouvai un vaisseau qui me ramena dans ma patrie. Maintenant cette enfant est ici avec moi ; c'est ma fille, elle porte mon nom ; je ne vis que pour elle. Elle a sous tous les rapports dépassé mes vœux, quand je considère avec quelle rapidité elle a appris la langue grecque, avec quelle promptitude sa jeunesse, comme un rameau généreux, est arrivée à sa fleur. Sa beauté l'emporte tellement sur celle des autres jeunes filles, qu'elle attire tous les regards et fait l'admiration des Grecs et des étrangers. Partout où elle se montre, dans les temples, aux portiques, sur les places publiques, semblable à une statue achevée, elle fixe tous les yeux, toutes les pensées. Et cependant, malgré toutes ces perfections, elle me cause un chagrin mortel : elle repousse toute pensée de mariage et prétend garder toute sa vie sa virginité : consacrée tout entière au service de Diane, elle ne fait guère que chasser et s'exercer à tirer de l'are. Et moi, je me consume en vain : j'avais espéré la marier au fils de ma sœur, jeune homme agréable, distingué par l'intelligence et le caractère; mais sa cruelle inflexibilité a trompé cet espoir. Ni soins, ni exhortations, ni raisonnements n'ont pu la persuader. Ce qu'il y a de plus cruel, c'est qu'elle se sert, comme on dit, de mes propres plumes contre moi. Les connaissances nombreuses et variées que je lui ai données sont retournées contre moi, pour établir que le genre de vie qu'elle a adopté est le meilleur : elle exalte jusqu'au ciel la virginité, me la montre assise à côté des Immortels, l'appelle pure, sans tache , incorruptible, tandis qu'elle repousse avec horreur les Amours, Vénus et tout le joyeux cortège de l'hyménée. Voilà pourquoi .j'ai recours à votre assistance; c'est pour cela que j'ai saisi l'occasion qui s'offrait en quelque sorte d'elle-même, pour vous faire ce récit, qu'il n'a II. 1.

74 THEAGENE ET CHARICLEE.

pas dépendu de moi d'abréger. Accordez-moi donc cette grâce, bon Calasiris ; mettez en œuvre avec elle la sagesse et les enchantements de FÉgypte; amenez-la, par paroles, par actions, aux sentiments de son sexe ; faites-lui songer qu'elle est femme. Cela vous sera facile, si vous le voulez; car loin d'éviter les entretiens des hommes, elle a été élevée presque constamment dans leur société; elle habite les mêmes lieux que vous, je veux dire Tenceinte sacrée et les dépendances du temple. Ne repoussez pas mes supplications ; ne permettez pas que ma vieillesse se traîne péniblement, sans enfants, sans consolation, sans héritiers; je vous en supplie, par Apollon lui-même, par les Dieux de votre patrie. » Je versai des larmes à ce récit, mon cher Cnémon; car, lui-même, il mêlait des pleurs à ses supplications ; et je lui promis mon assistance, si je pouvais quelque chose.

XXXIV. » Nous en étions encore à délibérer sur ce point, lorsque quelqu'un accourut annoncer que le chef de l'ambassade sacrée des Énianes était depuis longtemps à la porte, et réclamait impatiemment le prêtre pour commencer les cérémonies religieuses. Je demandai à Chariclès quels étaient ces Énianes, de quelle ambassadeils'agissait,etquelles victimes ilsamenaient. a Les Énianes, me dit-il, sont la plus noble portion des Thessaliens; c'est un peuple vraiment hellénique, puisqu'ils descendent d'Hellen, fils de Deucalion. Ils Qccupent les bords du golfe de Malée, et s'enorgueillissent d'avoir pour métropole Hypata', ainsi nommée suivant eux parce qu'elle commande aux autres villes et a la prééminence sur elles, ou, comme d'autres le prétendent, parce qu'elle est bâtie au pied du mont OEta. Quant au sacrifice et à l'ambassade sacrée, les Énianes les envoient tous les quatre ans on l'honneur

^ YTràra l'élevée, la souveraine ; d'autres dérivaient ce nom de 'xtii 0\':r^^ sous TOËta, au pied de TOEU.

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