‹ Romans grecsChapitre 38 sur 179 · LIVRE n · texte numérisé non relu

LIVRE n

de Néoptolème, fils d'Achille, Icmts de la solennité des jeux pythiens, qui se célèbrent maintenant, vous le savez. Car c*est ipi, au pied même de Tautel d'Apollon, que Néoptolème a été tué en trahison par Oreste, fils d'Agamemnon. L'ambassade actuelle l'emporte sur toutes les précédentes en magnificence ; car le jeune homme qui la préside prétend être de la race d'Achille. Je l'ai rencontré hier, et il m'a paru vraiment digne des Achilléïdes; tant sa beauté, sa taille élevée, son port, trahissent visiblement le sang d'une Déesse. » Je demandai avec surprise comment, étant de la race des Énianes, il pouvait se prétendre issu d'Achille, puisque les poèmes de l'égyptien Homère font naître Achille en Phthiotide. « Ce jeune homme, dit Chariclès, d'accord en cela avec tous les Énianes, réclame Achille pour sa patrie; il prétend que Thétis, sortie du golfe de Malée, épousa Pelée, et que ce sont les contrées baignées par ce golfe qui portaient autrefois le nom de Phthie; que les autres peuples, séduits par la gloire d'Achille, se sont faussement attribué l'honneur de lui avoir donné le jour. Il rapporte encore son origine à Achille par un autre côté; car il compte parmi ses aucêtres Mnesthius, issu de Sperchius et de Polydora, fille de Pelée, l'un des plus illustres compagnons d'Achille à llion, et commandant du premier corps des Myrmidons, à cause de sa parenté avec le héros. Enfin, pour se rattacher par tous les points à Achille, qu'il revendique en quelque sorte comme la propriété des Énianes, il invoque, entre autres preuves, l'offrande même envoyée à Néoptolème, off'rande que tous les Thessaliens, dit-il, ont abandonnée aux Énianes, reconnaissant par là qu'ils tenaient de plus près au héros. — A tout cela, dis-je, je n'ai aucune objection à faire, cher Chariclès, soit qu'ils se flattent, soit que leurs prétentions aient un fondement véritable. Mais faites introduire le chef de la députation ; car je brûle de le voir.

76 THEAGENE ET CHARICLEE.

XXXV. » Chariclès fit un signe d'assentiment, et le jeune homme fi^t introduit. Quelque chose d'Achille respirait véritablement en lui ; il en avait le regard et la fierté ; il portait la tête haute ; ses cheveux, relevés sur le front, étaient négligemment rejetés en arrière ; son nez révélait un caractère impétueux ; sa narine ouverte aspirait Tair en liberté ; ses yeux, d'un bleu tirant sur le noir, étaient doux et fiers en même temps, comme la mer au moment oti le calme succède à la tempête. Il nous salua suivant l'usage, et nous lui rendîmes son salut ; puis il nous dit que le moment était venu d'off*rir au Dieu le sacrifice, afin d'avoir ensuite le temps d'accomplir la cérémonie expiatoire en l'honneur du héros et de faire la procession funèbre. « Soit, dit Chariclès ; » et il se leva. « Vous verrez aujourd'hui Chariclée, me dit-il, si vous ne la connaissez pas encore; car il est d'usage qu'elle assiste à la procession et aux cérémonies funèbres en l'honneur de Néoptolème. Je connaissais la jeune fille, mon cherCnémon, et je l'avais vue fréquemment, soit lorsque nous assistions aux mêmes sacrifices, soit lorsqu'elle venait me proposer quelque question sur les choses sacrées. Cependant je ne répondis pas, empressé de voir ce qui allait suivre. Nous nous dirigeâmes aussitôt vers le temple, où déjà les Thessaliens avaient tout préparé pour le sacrifice. Lorsque nous fûmes au pied des autels, et qu'après la prière prononcée par le prêtre le jeune homme eut commencé les cérémonies sacrées, la Pythie, du fond du sanctuaire, fit entendre ces paroles :

(( Chantez, ô Delphes, celle qui commence par la Grâce et fnit par la Gloire *; chantez le fils d'une déesse ; au sortir de mon temple, ils sillonneront les flots et arriveront aux noires campagnes du soleil. Là ils recevront le noble prix d'une vie vertueuse, sur leur front noirci une blanche couronne, »

* Chariclée, XaptxXeta, grâce et gloire.

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