II
86 THEAGENE ET CHARICLEE.
est plongée ma fille? — Ne vous étonnez pas, lairépondis-je, si, en marchant processionellement au milieu d*une telle multitude, elle a attiré sur elle quelque œil maléficieux. » Un rire ironique courut sur son visage. <( Et vous aussi, me dit-il, vous croyez aux maléfices comme le vulgaire ? — Comme àce qu'il y a de plus vrai au monde ; et voici comment la chose s'explique : cet air qui nous environne et qui nous pénètre intérieure* ment par les yeux, le nez, la respiration, par tous les pores du corps, arrive en nous chargé de qualités extérieures, et y détermine des dispositions analogues aux propriétés qu'il possède. Dès lors, il suffit que quelqu'unregarde avec envie un objet beau,pourcommuniqueràTair ambiant des propriétés fâcheuses ; son soufQe ^ se répand plein d'amertume sur ses voisins, et, grâce à sa ténuité, pénètre jusqu'aux os, jusqu'à la moelle même. C'est ainsi que souvent cette espèce d'envie qu'on désigne proprement sous le nom de fascination, rend malades ceux sur qui elle tombe. Pour vous en convaincre, Chariclès, songez que bien souvent on est atteint d'ophthalmie ou de quelque maladie pestilentielle, sans avoir jamais touché les malades, sans s'être approché de leur lit, ni assis à la même table, mais uniquement pour avoir respiré le même air. Songez encore — aucune preuve n'est plus palpable — à la manière dont se produit l'amour : les objets perçus par la vue lui donnent naissance ; ils répandent autour d'eux comme une vapeur légère, et font pénétrer par les yeux la passion qui va se fixer dans l'âme. Cela se conçoit : La vue, étant de tous nos organes et de tous nos sens le plus mobile et le plus chaud, est par cela même plus susceptible de recevoir les émanations; elle aspire, par les esprits brûlants qui sont en elle, la transmigration des amours.
VIII.» Voici, s'il est nécessaire, un exemple pris encore plus près de la nature, et consigné dans les livres sur les animaux : le pluvier a la propriété de guérir