‹ Romans grecsChapitre 45 sur 179 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

sacrée. » Pendant cet entretien, le moment arriva de faire circuler les coupes : Théagène but le premier, non sans quelque contrainte, et porta la santé de chacun. Lorsqu'il fut arrivée moi : « J'accepte, lui dis-je, ce témoignage de bienveillance; y> mais je ne pris pas la coupe. Comme il me regardait avec colère et les yeux enflammés, se croyant insulté, Chariclès s'en aperçut et lui dit : a II ne goûte jamais ni vin ni aucun mets qui ait eu vie. » Théagène lui en demanda le motif : » Il est Egyptien, dit-il, originaire de Memphis et prêtre d'Isis. » Théagène, à ces mots d'Égyptien et de prêtre, rayonna tout à coup de joie ; il se redressa comme quelqu'un qui vient de rencontrer un trésor, demanda de l'eau, en but le premier et me dit : « Sage des sages, acceptez du moins cette santé que je vous porte au nom de ce que vous avez de plus cher ; que cette table cimente à jamais notre amitié. — Qu'il en soit ainsi, répondis-je, noble Théagène ; quant à moi, je vous aidés longtemps voué toute mon affection ; » et, prenant la coupe, je bus à mon tour. Là se termina le festin, et chacun se retira. Pour moi, Théagène ne me quitta qu'après m'a voir embrassé à plusieurs reprises, et avec plus d'effusion que ne semblait le comporter notre récente connaissance. Rentré au logis, je restai d'abord sur mon lit sans pouvoir dormir, préoccupé de ces deux jeunes gens, tournant et retournant ma pensée dans tous les sens et cherchant à m'expliquer les dernières paroles de l'oracle. Déjà le milieu de la nuit était arrivé, lorsqu'il me sembla voir Apollon et Diane (peut-être même était-ce une réalité, et non une simple apparence). Apollon me présentait par la main Théagène, et Diane, Chariclée. Ils m'appelaient par mon nom et me disaient: « Le temps est venu pour toi de retourner dans ta patrie ; ainsi le veut l'arrêt/ des Destins. Pars donc ; emmèneetprends sous ta garde ces jeunes gens ; traite-les comme tes enfants, el conduis-les ensuite howif^^yfHfe.^ à l'époque et de la manière qu'ordonneront tés^Çi^ux. t) / ,

90 THEAGENË ET GHARICLÉE.

XII. DÀces mots ils me quittèrent, et je reconnus clairement que ce n*était pas un songe, mais une apparition véritable. Je compris alors, parce que je venais de voir, le reste de l'oracle ; mais je ne pouvais imaginer encore chez quels hommes et vers quelles terres les Dieux m'ordonnaient de les conduire. — Vous avez dû, mon père, le savoir par la suite, dit Cnémon, et vous me le direz : mais à quels signes les Dieux vous ont-ils fait connaître qu'ils vous avaient apparu en réalité et non en songe? Qu'entendez-vous parla? — Par les mêmes signes, mon ûls, auxquels fait allusion le sage Homère ; mais la foule des lecteurs vulgaires passe outre sans voir l'allusion : à son départ (comme dit le poëte), je vis par derrière glisser les traces de ses pieds et de ses jambes: car les Dieux sont faciles à reconnaître.

— 11 me semble bien, dit Cnémon, que je suis moimême un de ces lecteurs vulgaires, et c'est sans doute pour me le reprocher que vous avez cité ces vers. J'entends, à la vérité, la signification commune, ayam appris la valeur des mots; mais, quant au sens divin et mystique qu'ils recouvrent, il m'échappe entièrement.

XIII. Calasiris se recueillit un instant, pour mieux élever son âme à la contemplation des divins mystères: « Les Dieux et les demi-Dieux, dit-il, lorsqu'ils viennent à nous et nous quittent, prennent le plus souvent la forme humaine, bien rarement celle d'un autre animal, afin de nous faire sentir plus immédiatement leur présence par cette similitude de forme. S'ils échappent au profane, le sage du moins ne peut manquer de les reconnaître à l'immobilité de leurs yeux, qu'ils tiennent toujours fixés sur le même point sans fermer la paupière, et surtout à leur démarche : leurs pieds ne sont point séparés et ne se déplacent pas alternativement ; ils sont emportés à travers les airs par un mouvement impétueux, irrésistible ; ils fendent l'espace plutôt qu'ils ne marchent. C!est pour cela que les Égyptiens, dans leurs statues, représentent leurs

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