‹ Romans grecsChapitre 46 sur 179 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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Dieux les pieds joints et comme unis en un seu]. Homère, qui savait cela, en sa qualité d'Égyptien et d'initié aux doctrines sacrées , l'a consigné symboliquement dans ses vers, laissant à qui pourrait le soin de le comprendre. Il dit de Minerve : f> Ses yeux brillaient d'une manière terribley » et de Neptune : A son départ^ je vis par derrière glisser les traces de ses pieds et de ses jambes ; c'est-à-dire qu'il coulait et glissait au lieu de marcher; car telle est véritablement la signification de ce passage, que n'ont nullement entendu ceux qui supposent que le sens est : quand il partit^ fe reconnus aisément les traces de ses pieds et de ses jambes,

XIV. <c C'est là pour moi, divin Calasiris, une véritable initiation , dit Cnémon; mais, vous avez donné plusieurs fois à Homère le surnom d'Égyptien, et pourtant personne, que je sache, n'a jamais entendu dire rien de pareil. Sans révoquer en doute votre opinion, j'eli suis tout étonné, et je vous supplie de ne point passer outre avant de m'en avoir déduit les motifs.— Quoique ce soit là, mon cher Cnémon, une digression qui nous écarte de notre propos, je vais te répondre brièvement. Que d'autres, mon ami, donnent au nom d'Homère différentes acceptions, qu'ils assignent pour patrie au sage poète toutes les villes imaginables, la vérité est qu'il était Égyptien, notre compatriote. Sa ville natale étaitlhèbes aux cent portes, comme il nous l'apprend lui-même ; son père présumé était un prêtre ; en réalité, il était fils de Mercure. Ce qui le fit regarder comme fils d'un prêtre, c'est que la femme de celui-ci, passant la nuit dans le temple, pour l'accomplissement de quelque rite religieux, eut commerce avec le Dieu ; de cette union naquit Homère. Une marque particulière trahissait son origine et la diversité de nature de ses parents; car, dès sa naissance, il portait sur l'une des cuisses * une touffe de longs poils ; et ce

' à pQpoV, signifie la cuisse.

fut de ce signe que plus tard lui vînt son nom, lorsqu'il errait parmi les peuples, et en particulier chez les Grecs, chantant ses vers. Comme il ne révélait lui-même ni son nom, ni sa patrie, ceux qui connaissaient cette marque distinctive, en tirèrent le surnom sous lequel on le connaît. — Mais dans quel but, mon père, taisait-il sa patrie? — Peut-être parce qu'il rougissait de son exil : car, au moment où il sortait de Tadolescence et allait être porté sur la liste des jeunes gens voués au culte, son père Tavait chassé, parce qu'il avait reconnu sur son corps cette marque, signe de bâtardise ; peutêtre aussi y avait-il là un dessein préconçu de s'assurer une patrie dans chaque ville, en cachant sa patrie véritable.

XV. Cette opinion me semble juste et fondée, dit Cnémon, lorsque je considère d'une part le naturel, le charme infini et tout égyptien de ses poésies; de l'autre la noblesse, l'excellence de son génie propre, qui n'aurait pu dépasser de si loin celui des autres hommes, s'il n'y avait eu en lui quelque divine et céleste filiation. Mais, après avoir ainsi reconnu les Dieux, suivant les principes homériques, que fites-vous ensuite, Calasiris? — Ce que j'avais fait auparavant, Cnémon : alors revinrent l'insomnie, les délibérations, les réfioxions qui se complaisent au silence des nuits. L'espoir de quelque découverte inattendue, la pensée d'un prochain retour dans ma patrie, me comblaient de joie. Mais, en même temps, je m'affligeais en songeant que Chariclès allait être séparé de sa fille ; je ne savais comment emmener les jeunes gens et pourvoir au départ ; je m'inquiétais de cette fuite, des moyens de la cacher, de la direction à prendre : serait-ce par terre, serait-ce par mer? En un mot, j'étais comme assailli par un tourbillon de pensées, qui ne me laissèrent, tout le reste de la nuit, ni repos ni sommeil.

XVI. Il ne faisait pas encore tout à fait jour, lorsqu'on frappa à ma porté et que j'entendis un esclave

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