LIVRE IV
appelée pantarbe, douée de propriétés merveilleuses. J'ai dû, pour m'en tVetenir avec toi, employer le secours de ces caractères, puisque la Divinité m'a privée de ta vue et de ta présence; peut-être seront-ils pour toi muets et inutiles, peut-être aussi pourront-ils te servir un jour; car les secrets desseins de la Fortune échappent à l'intelligence humaine. Pour toi, chère enfant, si malheureusement belle, si funeste à ta mère par ta beauté accusatrice, cet écrit sera un moyen de reconnaissance si tu es sauvée ; sinon (puissé-je toujours l'ignorer), qu'il te tienne lieu des dernières lamentations, des larmes de ta mère sur ta tombe. »
IX. » Après cette lecture, qui ne me laissait plus rien à apprendre, j'admirai la providence divine; j'étais pénétré tout à la fois de joie et de tristesse; j'éprouvais un sentiment inconnu, mêlé d'allégresse et de larmes. La découverte de ce que je cherchais, ces promesses de l'oracle déjà accomplies en partie, épanouissaient mon âme ; mais elle se serrait à la pensée de Tavenir, elle s'apitoyait sur la vie humaine, si mobile, si incertaine, si fréquemment ballottée dans tous les sens, comme ne le prouvait que trop la destinée de Chariclée. Mille pensers venaient m'assaillir : ses parents véritables, ceux qu'on avait crus tels, la distance qui la séparait de sa patrie, le nom de fille illégitime remplaçant son nom véritable, son rang perdu chez les Éthiopiens au sein de la famille du roi. Dans mon anxiété, je ne savais que résoudre : j'avais bien à m'apitoyer sur le passé, mais je n'osais me réjouir sur l'avenir. A la fin, j'appréciai la situation avec plus de calme, et je résolus de me mettre à l'œuvre sans tarder. Je me rendis auprès de Chariclée : elle était seule, abattue par la passion ; en vainl'esprit s'efforçait de lutter encore; le corps était affaissé, vaincu par la souffrance, incapable de résister au mal.
X. » J'éloignai tous ceux qui se trouvaient auprès d'elle et je recommandai que personne ne vînt me trou-