II
bler, sous prétexte que j'avais à faire pour la jeune fille certaines prières et conjurations particulières : « Il est temps, lui dis-je, Chariclée, de me découvrir votre état; car vous me Tavez promis hier. Ne cachez rien à un homme plein d*affection pour vous, capable d'ailleurs de tout découvrir malgré votre silence. » Elle me prit la main et la couvrit de baisers et de larmes : a Sage Calasiris, me dit-elle, accordez-moi une première grâce ; laissez-moi souffrir en silence : découvrez vous-même mon mal comme vous Tentendrez, mais épargnez-moi la pudeur de déclarer ce qu'il est honteux de ressentir, plus honteux encore de révéler. Si je souffre de ce mal, maintenant qu'il est dans toute sa force, je souffre bien plus encore de n'en avoir pas triomphé au début, d'avoir succombé à une passion que j'avais toujours eue jusqu'à présent en horreur, dont le nom seul souille le titre sacré de vierge. » Je cherchai à la consoler : « Ma fille, lui dis-je, vous faites bien de cachejr ce que vous éprouvez, et pour deux motifs : d'abord je n'ai aucun besoin d'apprendre de vous ce que je sais depuis longtemps, grâce à mon art ; et, de votre côté, c'est avec raison que vous rougissez d'avouer ce qu'il convient mieux aux femmes de cacher. Mais, puisque vous avez une fois ressenti les atteintes de l'amour, et que la vue de Théagène vous a captivée (car l'inspiration divine me l'a révélé), sachez que vous n'êtes ni la seule, ni la première à éprouver ces sentiments ; beaucoup de femmes illustres, beaucoup de vierges, chastes d'ailleurs, vous avaient devancée. Car l'Amour est le plus puissant des Dieux, puisqu'on dit qu'il règne sur les Dieux eux-mêmes. Voyez-donc à sor- «tir le plus convenablement possible de cette situation ; croyez-moi, si c'est un bonheur de n'avoir jamais ressenti les atteintes de l'amour, le plus sage, une fois qu'on est subjugué, est de tourner ses regards vers un but honnête : vous le pouvez, si vous voulez suivre mes conseils. 11 dépend de vous d'échapper à la honte