‹ Romans grecsChapitre 58 sur 179 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

de la passion, de lui préférer les liens d'une légitime union, et d'échanger la maladie contre le mariage.

XL » Pendant que je parlais, mon cher Cnémon, son corps était inondé de sueur : on voyait clairement que, tout en goûtant mes conseils, elle était dévorée d'inquiétudes au sujet de ses espérances, et rougissait de ce que j'avais surpris en elle. Après un assez long silence : a Mon père, me dit-elle, vous parlez de mariage ; vous m'engagez à diriger de ce côté mes pensées, comme s'il était évident que mon père y donnera son assentiment, et que mon adversaire y consentira de son côté.

— Pour ce qui est du jeune homme, lui dis-je, il est peut-être plus épris que vous ; les mêmes sentiments l'agitent ; vos âmes, je n'en doute pas, se sont, dès la première rencontre, mutuellement reconnues comme dignes l'une de l'autre, et sont tombées toutes deux dans une égale passion. Moi-même, j'ai, par affection pour vous, enflammé ses désirs, grâce aux secrets de ma science. Mais celui qu'on regarde comme votre père vous destine un autre époux, Alcamène, que vous connaissez. — Alcamène ! s'écria-t-elle, qu'il lui destine mon tombeau plutôt que ma main : ou Théagène m'obtiendra, ou les Destinées disposeront de moi. Mais dites-moi, je vous supplie, d'où vous avez su que Chariclès n'est pas mon père , quoiqu'il passe pour tel ? — Par cette bandelette, dis-je, en la lui montrant. — Et comment, d'où la possédez-vous? car depuis qu'il m'a recueillie en Egypte des mains de celui qui m'avait élevée, depuis qu'il m'a amenée ici (comment? je l'ignore), il me l'a retirée et l'a tenue enfermée dans un coffre, pour qu'elle ne fût point altérée par le temps.

— Vous saurez plus tard, lui dis-je, comment je l'ai obtenue ; pour le moment, dites-moi si vous savez ce qui y est écrit. » Elle m'avoua qu'elle l'ignorait entièrement. « Elle fait connaître, ajoutai-je, votre naissance, votre patrie, votre condition. » Elle me pria de lui découvrir tout ce que j'en pouvais savoir. Alors je

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lui donnai lecture du tout, parcourant des yeux récrit, et interprétant à mesure.

XII. » Lorsqu'elle connut son origine, son imagination s'enflamma, et elle se sentit plus vivement attirée vers les siens. « Que faut-il donc faire? » me demandât-elle. Je commençai alors à lui découvrir plus clairement mon dessein et à lui révéler tout ce que je savais : « Moi aussi, lui dis-je, ma fille, j'ai été chez les Ethiopiens, poussé par le désir d'étudier leur sagesse. J'ai été connu de Persina, votre mère ; car la caste des s€ipes est toujours accueillie à la cour; d'ailleurs, l'alliance de la sagesse égyptienne à celle des Éthiopieus ajoutait à ma réputation et me prêtait une autorité plus grande. Lorsqu'elle sut que j'allais retourner dans ma patrie, elle me fit part de tout ce qui vous concerne, après s'être d'abord assurée de mon silence par un serment solennel. Elle me dit qu'elle n'avait point osé révéler son secret aux sages du pays, mais qu'elle me priait de demander aux Dieux, d'abord si l'enfant exposé avait survécu, ensuite en quel lieu de la terre vous vous trouviez; qu'elle n'avait pas appris, malgré d'activés recherches, qu'il y eût dans le pays aucun enfant semblable. J'appris des Dieux la vérité ; je lui fis savoir que vous viviez, et quelle contrée vous habitiez. Alors elle m'adressa une nouvelle prière, celle de vous chercher et de vous engager à revenir dans votre patrie. Elle me dit qu'elle était restée stérile, sans nouvelle postérité, à la suite des angoisses que vous lui aviez causées ; qu'elle était prête, si jamais vous reparaissiez, à tout confesser à votre père; qu'elle était persuadée qu'il la croirait ; car il avait fait, depuis qu'ils vivaient ensemble, une longue expérience, de sa fidélité, et il serait heureux de voir se réaliser, contre toute attente, l'espoir de laisser son héritage à ses enfants. »

XIII. » Voilà ce qu'elle médisait, les* supplications qu'elle m'adressait, en me faisant mille fois jurer par le Soleil, serment qu'il n'est permis à aucun sage

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