‹ Romans grecsChapitre 72 sur 179 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

était impossible enfin d'imaginer une beauté supérieure, qu'il ne saurait en donner une idée par ses paroles, et que mieux valait d'ailleurs la leur faire contempler en personne.

XL En l'écoutant, ils soupçonnèrent aussitôt la vérité, et le prièrent de faire venir au plus vite la jeune fille ; car ils connaissaient l'ineffable beauté de Chariclée. Elle s'avança, les yeux d'abord baissés à terre, le visage voilé jusqu'aux sourcils ; mais Nausiclès l'ayant exhortée à avoir bon courage, elle releva un peu la tête; sa surprise en les voyant fut égale à la leur. Aussitôt les pleurs coulent de toutes parts ; tous, comme à un signal donné, ou à uncx)up de baguette, éclatent on sanglots ; on n'entend plus que ces mots : « mon père! ô ma fille ! c'est bien toi, ma vraie Chariclée, et non la Thisbé de Cnémon ! » Nausiclès était muet de surprise. Il voyait bien Calasiris serrer dans ses bras Chariclée en versant des larmes; mais, semblable au spectateur en présence d'une reconnaissance inattendue sur la scène, il cherchait à comprendre et ne savait que résoudre. A la fin, Calasiris le couvrit luimême de mille baisers : c< le meilleur des hommes, dit-il, que les Dieux, pour ce bienfait, te donnent à souhait tout ce qui peut remplir tes désirs ! Tu es le sauveur de ma fille, que je n'espérais plus revoir ; tu m'as donné de contempler ce qu'il y a de plus doux pour les yeux d'un père. Mais, ô ma fille, ô Chariclée, où as-tu laissé Théagène? » — Elle éclata en sanglots à cette demande; puis, après un instant de silence : « 11 est captif, dit-elle : j'ignore qui est celui qui l'emnsène ; mais c'est celui qui m'a livrée moi-même à l'homme que voici.» Calasiris supplia Nausiclès de lui faire connaître ce qu'il savait de Théagène, quel était son maître actuel , où il l'emmenait. Nausiclès ne fit aucune difficulté de lui tout apprendre ; car il avait compris que c'étaient là les jeunesgens dont l'avaitsouvent entretenu le vieillard, et à la recherche desquels

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il errait dans le deuil et les larmes. Mais il ajouta que cette connaissance ne pouvait leur être d'aucune utilité, à cause de leur pauvreté ; qu'il serait d'ailleurs étonnant que Mitranès consentît, même pour une somme considérable, à se dessaisir du jeune homme.

— « Nous avons des richesses, dit tout bas Chariclée à Calasiris ; promettez tout ce que vous voudrez ; j'ai sauvé le collier que vous savez , et je l'apporte avec moi. »

XII. Ces mots rassurèrent Calasiris ; cependant craignant que Nausiclès n'eût quelque soupçon de la vérité et des trésors que cachait Chariclée : a Mon bon Nausiclès, dit-il, le sage n'est jamais pauvre; sa richesse est dans sa volonté, et il obtient des Dieux tout ce qu'il sait qu'il est juste de leur demander. Dites-nous seulement où est celui qui possède Théagène, et la bienveillance divine ne nous fera pas défaut ; elle viendra en aide à nos efforts pour satisfaire l'avidité persique. » Nausiclès sourit à ces mots : a Vous me ferez croire, dit-il , que vous pouvez vous enrichir tout à coup, comme par enchantement, quand vous m'aurez d'abord payé la rançon de cette jeune fille; car vous savez fort bien que le Perse et le marchand sont amis de l'argent.

— Je le sais, dit Calasiris , vous l'aurez. Et pourtant, pourquoi mettre des bornes à votre généreuse humanité, pourquoi ne pas devancer mes prières en m'oflTrant spontanément de me rendre ma fille? Mais avant tout j'ai besoin de prier les Dieux. — Faites librement, dit Nausiclès , ou plutôt associez-vous , si vous le voulez, aux actions de grâce que je vais rendre aux Dieux; prenez part au sacrifice et demandez pour moi la richesse ; quant à vous, vous n'aurez qu'à prendre. — Ne riez pas et ne soyez pas incrédule, lui dit Calasiris; commandez seulement et disposez ce qui est néc^essaire pour le sacrifice ; nous nous y trouverons quand tout sera prêt. »

XUI. Ainsi fut fait; lorsqu'on vint, peu de temps

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