‹ Romans grecsChapitre 73 sur 179 · LIVRE V. 13Tf · texte numérisé non relu

LIVRE V. 13Tf

après, les avertir de la part de Nausiclès d'accourir au sacrifice, ils s'y rendirent avec joie, bien fixés dès lors sur ce qu'ils avaient à faire. Calasirls et Cnémon accompagnèrent Nausiclès et le reste des invités (car c'était un sacrifice public. ) Chariclée marchait avec la fille de Nausiclès et les autres femmes. Ce n'était qu'à grand'peine et à force d'exhortations et de prières qu'elles l'avaient décidée à les suivre ; peut-être même n'y seraient-elles point parvenues, si, sous prétexte du sacrifice, elle n'eût formé le dessein de prier pour Théagène. Quand on fut au temple de Mercure (car c'était à lui que Nausiclès offrait son sacrifice ; il avait pour Mercure une dévotion toute particulière, comme Dieu du trafic et du commerce), les cérémonies commencèrent aussitôt. Calasiris examina rapidement les entrailles, et laissa voir par les diverses altérations de son visage que l'avenir se révélait à lui avec bien des alternatives de joie et de peine. Il posa ensuite les deux mains sur l'autel, en murmurant quelques mots à voix basse, et feignit de retirer du feu un objet qu'il avait lui-même apporté dams ce but : « Voici, dit-il, Nausiclès, la rançon de Chariclée que les Dieux vous envoient par mon intermédiaire. » En même temps il lui tendit un des anneaux royaux, d'une beautdetd'un éclat célestes : le cercle était d'ambre ; dans le chaton était enchâssée une améthyste éthiopienne, dont la grosseur égalait le globe de l'œil d'une jeune fille, et bien supérieure pour la beauté à celles d'Ibérie et de Bretagne. Celles-ci brillent d'un éclat un peu terne ; elles ressemblent à la rose, lorsque le bouton s'entr'ouvre et commence à se colorer sous les rayons du soleil : celles d'Ethiopie, au contraire, étincellent jusque dans leurs profondeurs d'un éclat tout printanier ; si on les retourne, il en jaillit un rayon d'or qui, loin d'éblouir les yeux par sa vivacité, les réjouit par sa douce et riante lumière. Elles ont d'ailleurs une vertu bien plus authentique que celles de l'Occident, et justifient vérita-

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blement leur nom d'améthystes \ en gardant sobres dans les banquets ceux qui les portent.

Xiy. Telles sont toutes les améthystes de l'Inde et de rÉthiopie. Mais celle que Calasiris offrait alors à Nausiclès était d'un prix bien supérieur encore : elle était enrichie de ciselures et représentait des animaux : on y voyait gravé un jeune berger gardant son troupeau : debout sur une roche qui formait une légère saillie, afin de mieux voir, il faisait paître ses moutons au son du flageolet ; ceux-ci , dociles à ces sons • pa* raissaient paître aux accords de sa flûte. On eût dit qu'ils étaient chargés de toisons d'or ; non que cet ornement fût un effet de Tart, mais leur dos brillait naturellement des tons chauds et fauves de l'améthyste. On y voyait aussi les bondissements gracieux des agneaux : les uns accouraient en troupe vers le rocher, les autres formaient autour du berger comme un pétulant auditoire qui faisait ressembler Téminence à un théâtre pastoral ; ceux-ci s'ébattaient comme au soleil dans les reflets de l'améthyste, ceux-là dans leurs bonds ne touchaient la pierre que de l'extrémité de l'ongle. Les plus grands et les plus pétulants semblaient vouloir s'élancer en dehors de la pierre et n'être retenus que par le ijercle dont l'artiste avait entouré, comme d'une barrière d'or, et le rocher et le troupeau. C'était du reste un rocher véritable, et non une imitation ; l'ouvrier avait laissé sans la tailler la partie qui devait Ibrmer la roche, et représenté ainsi la chose au naturel, jugeant inutile d'imiter une pierre sur une pierre. Tel était l'anneau.

XV. Nausiclès, frappé de l'étrangeté du prodige, fut plus touché encore de la valeur considérable du présent, qu'il estimait équivalent à toute sa fortune. «Je plaisantais, dit-il, mon bon Calasiris ; c'était seulement

* Héliodore dérive le mot 'AfAg^jeroC de 'a lAsBn absence d'ivresse.

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