‹ Romans grecsChapitre 74 sur 179 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

pour parler que je demandais une rançon ; mon intention était de vous rendre votre fille libre, sans rien exiger en retour. Mais puisqu'il ne faut point négliger, suivant votre maxime , les dons précieux des Dieux, j'accepte cette pierre que le ciel m'envoie. Je crois fermement que Mercure, le meilleur, le plus généreux des Dieux, m'a, suivant sa coutume, envoyé cette bonne fortune, et m'a fait, par votre intermédiaire, parvenir ce présent au milieu des flammes ; on le voit de reste au fen dont il brille. Je regarde d'ailleurs comme le gain le plus précieux, celui qui sans nuire à qui donne, enrichit qui reçoit.» Cela dit et fait, il invita Calasiris et tous les autres assistants à un festin. Un espace séparé fut réservé aux femmes dans l'intérieur du temple, et les hommes furent servis sous les portiques du vestibule. Lorsqu'ils eurent à loisir savouré les mets, les tables furent enlevées et firent place aux coupes : les hommes entonnèrent, en faisant des libations, une marche bachique, pendant que les femmes dansaient et chantaient un hymne en Thonneur de Cérès. Chariclée cependant se tenait à l'écart, ne songeant qu'à ses propres préoccupations ; elle priait les Dieux de sauver ihéagène et de le lui conserver.

XVI. Lorsque les convives commencèrent à s'échauffer à boire, et à se former par groupes, pour s'égayer chacun à leur convenance, Nausiclès présenta à Calasiris une coupe d'eau limpide, et lui dit : a A vous, mon bon Calasiris, ces nymphes pures que vous aimez ; elles n'ont eu aucun commerce avec Bacchus et sont véritablement vierges encore : Je boisa votre bonheur; vous, versez-nous en retour ces récits après lesquels nous soupirons ; aucune coupe ne saurait nous être plus agréable. Vous voyez les femmes se livrer à la danse pour occuper le temps que nous donnons à boire. Pour moi, le récit de vos courses errantes sera, si vous y consentez, le régal le plus délicieux, plus agréable mille fois que toutes les danses et tous les instruments.

140 THEAGENE ET CHARICLEE.

Depuis bien longtemps déjà, vous le savez, vous ajournez pour moi ce plaisir, à cause de la tristesse où vous plongeaient vos malheurs. Maintenant le moment est venu : vous ne sauriez attendre une occasion plus favorable que celle où votre fille vous est rendue et est sous vos yeux, où vous avez Tespoir certain, avec l'aide des Dieux, de revoir bientôt votre fils, surtout si vous ne m'affligez point en différant encore ce récit. — Mille grâces vous soient rendues, Nausiclës, reprit Cnémon, vous qui, après avoir réuni à ce festin tous les instruments de musique, n*en tenez aucun compte maintenant et les abandonnez à des esprits plus vulgaires pour céder au désir d'ouïr des entretiens vraiment mystiques et pleins d'une volupté toute céleste. Vous me paraissez entendre merveilleusement les choses divines, en plaçant ainsi Mercure à côté deBacchus et en associant les charmes du récit aux plaisirs du vin. J'ai admiré dans tout le reste la riche ordonnance de votre sacrifice ; maison ne saurait mieux honorer Mercure qu'en sollicitant comme assaisonnement d'un festin des récits qui sont surtout de son domaine. » Calasiris consentit, pour complaire à Cnémon sans doute, mais aussi poiir bien disposer Nausiclès à le servir à l'avenir. 11 fit donc une narration complète, abrégeant toutefois et résumant en quelque sorte ce qu'il avait déjà dit à Cnémon, passant même sous silence certains détails qu'il ne jugeait pas utile de faire connaître à Nausiclès. Puis il reprit ainsi la suite de son récit, au point où nous l'avons interrompu :

XVll. » Lorsqu'ils se furent embarqués sur le bâtiment phénicien, pour fuir loin de Delphes, ils naviguèrent d'abord à souhait, avec un vent léger en poupe: mais quand ils arrivèrent au golfe de Calydon, la mer, naturellement houleuse et mauvaise en cet endroit, commença à les battre avec violence. — Cnémon ne voulut point laisser passer ces mots sans réflexion et lui demanda s'il savait pourquoi la mer était particu-

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