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lièrement agitée sur ce point. « La mer d'Ionie, re- fprit Calasiris, vaste et spacieuse, se rétrécit en cet endroit, pénètre dans le golfe de Crissa en faisant effort pour se réunir à la mer Egée, et rencontre Tisthme du Péloponèse qui brise son impétuosité et Tempêche de passer outre. C'est une barrière opposée, à dessein sans doute, par la sage prévoyance des Dieux, pour Tempêcher de submerger les terres qui sont en face. Arrêtée par cet obstacle , elle reflue naturellement en arrière, et ses flots pressés vont s'accumuler surtout à rentrée du golfe où ils se heurtent incessamment contre le courant qui continue à y pénétrer. La mer se gonfle et mugit; du choc des courants contraires naît une sorte de bouillonnement qui bouleverse au loin les eaux soulevées.» Cette explication provoqua les applaudissements et les éloges ; tous les assistants attestèrent que telle était réellement la cause du phénomène. Calasiris continua ainsi : « Lorsque nous eûmes traversé le golfe et perdu de vue les îles Aiguës, il nous sembla découvrir le promontoire de Zacynthe,comme un nuage vague qui courait sous nos yeux dans le lointain : le pilote ordonna aussitôt de diminuer de voiles; et comme^ • nous lui demandions pourquoi il ralentissait la marche malgré un vent favorable : « C'est, dit-il, qu'en voguant à pleines voiles, nous aborderions à l'île vers la première veille , et qu'au milieu des ténèbres nous aurions à craindre de nous briser contre les écueils et les rochers dont ces parages sont hérissés. Le mieux est de passer la nuit au large en ne prenant que peu de vent, et en réglant notre marche de manière à aborder le jour.
XVUI. » Tels étaient les motifs allégués par le pilote; mais ses calculs ne se vérifièrent pas, car au moment où le soleil se levait, nous jetions l'ancre. Ceux des insulaires qui habitent dans le voisinage du port, peu éloigné lui-même de la ville, accoururent de toutes parts pour nous contempler, comme quelque merveilleux II. 13
spectacle. Ils admiraient, on le voyait, les excellents aménagements du bâtiment, qui réunissait dans sa construction rélégance des formes à la grandeur des proportions. On reconnaissait bien là, disaient-ils, un des chefs-d'œuvre de l*art phénicien ; mais ce qui les étonnait le plus, c'était la faveur toute particulière de la fortune qui nous avait accordé une navigation facile et heureuse en hiver, au moment où déjà se couchaient les Pléiades. Presque tous les passagers quittèrent le vaisseau, avant même qu'on eût fini de l'amarrer, et coururent à la ville de Zacynthe pour leur commerce. Pour moi, qui savais par le pilote qu'on hivernerait dans l'île, je m'en allai voir aux environs du port si je ne découvrirais pas quelque logement ; car le vaisseau me paraissait une habitation peu convenable, à cause du tumulte des gens de mer; je redoutais d'un autre côté le séjour de la ville, peu sûr pour nos jeunes fugitifs. J'avais à peine fait quelques pas, que j'aperçus un vieux pêcheur assis devant sa porte et occupé à raccommoder les mailles d'un filet déchiré, ce Salut, mon ami, lui dis-je en m'approchant; dites-moi où l'on .pourrait trouver un logement. — A l'extrémité du promontoire que vous voyez ici près, dit-il, le filet a rencontré hier un rocher à fleur d'eau, et s'est déchiré.
— Ce n'est pas là ce qui m'importe, lui répondis-je ; mais ayez la bonté et l'obligeance ou de me recevoir vous-même, ou de m'indiquer un logement ailleurs.
— Ce n'est pas moi, dit-il, car je ne montais pas la barque (à Pieu ne plaise que Tyrrhénus fasse jamais pareille sottise, et que la vieillesse m'ôte à ce point le sens) : ce sont mes enfants qui, faute de connaître les écueils, ont jeté les filets où il ne fallait pas. » Je compris à la fin que le bonhomme avait l'ouïe un peu dure et je lui criai plus fort : « Je vous souhaite le bonjour; nous sommes étrangers; pourriez-vous nous indiquer un logement? — Soyez le bienvenu, reprit-il, et restez avec nous, si vous le désirez, à moins pour-