LIVRE V
XXXI. » Peu après, le festin commença. Lorsque je les vis échauffes par le vin et tout disposés à la violence, je dis tout bas à Pélorus, auprès duquel je m'étais placé à dessein : « — Avez-vousvu comment la jeune fille est parée? — Nullement, dit-il. — Eh bien ! vous lé pouvez, en vous glissant sur le vaisseau; mais que ce soit à la dérobée, car vous savez que Trachinus Ta défendu. C'est Diane elle-même que contempleront vos yeux. Mais, pour le moment, contentez-vous de la regarder, sans rien entreprendre, pour ne pas vous exposer l'un et l'autre à la mort. » Sans tarder un instant, il se lève, comme s'il était pressé par quelque besoin,et court secrètement au vaisseau: Là il voit Chariclée, la tête couronnée de laurier, parée d'une robe tout étincelante de broderies d'or. (C'était son habit sacerdotal de Delphes, dont elle s'était revêtue, pour en faire ou l'ornement de son triomphe, ou son vêtement funèbre.) Tout, autour d'elle, avait un air de fête; on eût dit une chambre nuptiale. Pélorus, on le conçoit, s'enflamme à cet aspect; la passion et la jalousie le transportent en même temps. On voyait clairement h son regard, lorsqu'il revint, qu'il méditait quelque dessein furieux. A peine assis, il s'écria : « Pourquoi n'ai-je pas encore reçu le prix dû au premier qui monte à l'abordage?
— Parce que, dit Trachinus, tu ne l'as pas réclamé; d'ailleurs le partage du butin n'est point fait encore.
— Eh bien! reprit-il, je demande la jeune captive. — Elle seule exceptée, dit Trachinus, prends ce que tu voudras. — Tu violes donc, répliqua Pélorus, la loi des piirates, en vertu de laquelle celui, qui le premier monte sur le vaisseau ennemi et brave les premiers coups dans l'intérêt de tou^, peut choisir à son gré. — Je ne viole pas cette loi, mon ami, dit Trachinus ; je m'autorise d'une autre qui ordonne d'obéir à son chef. J'aime cette jeune fille, et je la prends moi-même pour épouse; la préférence, je crois, me revient de droit. Quanta toi, si tu n'obéis à mes ordres, je vais à l'in-