‹ Romans grecsChapitre 92 sur 179 · LIVRE VI. n · texte numérisé non relu

LIVRE VI. n

paratifs du voyage. Ils allèrent trouver Nausiclès et Cnémon, leur annoncèrent leur départ et se mirent en route le surlendemain. Us n'emmenaient avec eux ni bête de somme, quoiqu'on leur en eût offert, ni aucun serviteur pour la route. Nausiclès et Cnémon les conduisirent au départ, avec toute la maison ; Nausicléa elle-même avait voulu les accompagner, et, à force de prières, en avait obtenu l'autorisation de son père, son affection pour Chariclée triomphant de sa pudeur de jeune mariée. Après avoir cheminé ensemble l'espace de cinq stades, ils se donnèrent mutuellement le baiser d'adieu, Chariclée à Nausicléa, Calasiris à Nausiclès et à Cnémon. Puis ils se serrèrent la main et versèrent d'abondantes larmes, en se souhaitant plus de bonheur à l'avenir. Cnémon s'excusa en outre sur son récent mariage de ne pas les accompagner plus loin, et promit même de les rejoindre, s'il en trouvait l'occasion; puis ils se séparèrent. Pendant «que Nausiclès et les siens retournaient vers Chemmis, Chariclée et Calasiris commencèrent par se déguiser en mendiants et s'affublèrent de méchants haillons préparés dans ce but. Chariclée se salit ensuite le visage en le frottant de suie broyée, mêlée à de la boue. De son front pendait l'extrémité d'une mauvaise loque sale qui se balançait en désordre sur l'un des yeux et le cachait. Sous son aisselle était attachée une besace, destinée en apparence à recevoir des bribes et des morceaux de pain, mais qui lui servait réellement à renfermer son vêtement sacerdotal de Delphes, ses bandelettes, ses bijoux et les signes de reconnaissance que sa mère avait exposés avec elle. Calasiris avait enveloppé le carquois de Chariclée d'une peau déchiquetée et le portait en écharpe sur son épaule, comme si c'eussent été d'autres hardes. L'arc débandé s'était redressé aussitôt et lui avait fourni un bâton sur lequel il s'appuyait de tout son poids. S'il voyait de loin quelqu'un venir à leur rencontre, il feignait de se courber encore plus

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que son âge ne Vy obligeait, traînait la jambe et quelquefois se faisait conduire par Chariclée.

Xll. Lorsqu'ils eurent terminé leur accoutrement, ils s'adressèrent mutuellement quelques plaisanteries et se complimentèrent ironiquement sur la grâce avec laquelle ils portaient le déguisement; puis ils prièrent le Dieu arbitre de leurs destinées de se contenter de leurs iiïfortunes passées et d'y mettre désormais un ter» me, et ils se dirigèrent vers Bessa. Mais l'espoir qu'ils avaient d'y rencontrer Théagène et Thyamis fut déçu ; car, en approchant de Bessa, vers le coucher du soleil, ils aperçurent les cadavres d'un grand nombre d'hommes récemment égorgés. La plupart étaient des Perses, bien reconnaissables à leur costume et à leur armure; les autres, en petit nombre, des gens du pays. Ils jugèrent bien que la guerre avait passé par là, mais sans comprendre par qui, contre qui elle avait été faite. A la fin ils s'approchèrent des morts et les examinèrent, dans la crainte que quelqu'un des leurs ne se trouvât parmi eux ; car l'esprit est ingénieux à imaginer toujours tout au pire, quand il s'agit de ce qu'il aime. Là ils rencontrèrent une vieille femme qui tenait embrassé le corps d'un des habitants du pays, et poussait d'affreux gémissements. ÏIsrésolurent de prendrequelques informations, s'il était possible, auprès de la vieille : s'étant donc assis près d'elle, ils essayèrent de la consoler un peu et de modérer l'excès de sa douleur. La vieille les écoutait avec intérêt: Calasiris alors lui demanda en égyptien sur qui elle pleurait et quel était ce combat. Elle répondit à tout en peu de mots : elle gémissait sur son fils étendu sans vie ; elle était revenue à dessein au milieu des morts, dans l'espoir que quelque ennemi la frapperait et la délivrerait de la vie ; en attendant elle rendait les derniers devoirs à son fils^ autant qu'il était en elle, par ses larmes et ses gémissements.

XIIL Quant au combat, voici le récit qu'elle leur fil:

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