‹ Romans grecsChapitre 93 sur 179 · LIVRE VI. m · texte numérisé non relu

LIVRE VI. m

((On conduisait à Oroondaëts, satrape du Grand Roi, à Memphis, unjeune étranger d'une taille et d'une beauté remarquables. C'était, je crois, Mitranès, préfet des gardes, qui l'avait fait prisonnier, et qui l'envoyait comme un présent du plus haut prix. Les habitants de notre bourg (et elle montrait le village voisin) étant survenus, prétendirent qu'ils le connaissaient, soit que cela fût réellement, soit qu'ils ne voulussent qu'un prétexte; et ils l'enlevèrent. Mitranès, naturellement irrité à cette nouvelle, marcha contre le bourg, il y a de cela deux jours. Mais les nôtres sont une race d'hommes belliqueuse , comme gens habitués à vivre de pillage et à mépriser la mort sous toutes les formes. Aussi, bien d'autres femmes déjà ont eu à gémir, comme moi maintenant, sur la perte de leurs maris et de leurs enfants. Lorsqu'ils reconnurent que l'ennemi approchait, ils dressèrent à l'avance des embuscades, le reçurent de pied ferme et eurent l'avantage. Les uns marchèrent droit à eux et les attaquèrent de front, pen* dantque les autressortaientdeleur embuscade en poussantdes cris, et prenaient par-derrière les Perses surpris et épouvantés. Mitranès tomba en combattant aux premiers rangs, et avec lui presque tous ses soldats ; car ils étaient entourés, et l'espace leur manquait pour fuir. Un petit nombre des nôtres périrent également, et de ce petit nombre les Dieux cruels ont voulu que fût mon fils. Il est tombé, vous le voyez, frappé à la poitrine par le javelot d'un Perse. Et moi, infortunée, je pleure maintenant sur celui qui est ici étendu ; bientôt peut-être il me faudra pleurer sur le seul fils qui me reste encore; car, lui aussi il est parti hier avec le reste des nôtres, pour marcher contre la ville de Memphis. »

Calasiris lui demanda encore les motifs de cette expédition. La vieille répondit qu'elle les avait appris du fils qui lui restait. « Après avoir tué, dit-elle, les soldats royaux et le préfet des gardes du Grand Roi, nos

gens savaient bien qu'un pareil attentat ne pouvait étie pour eux une affaire sans conséquence; i]s avaient tout risqué et ne se faisaient pas d'illusions sur le résultat. Car Oroondatès, qui commandait à Memphis, entouré de troupes nombreuses, ne manquerait pas, à la première nouvelle, de cerner tout d'abord le bourg, de prendre les habitants comme dans un filet et de les massacrer jusqu'au dernier, pour venger son offense. N'ayant plus rien dès lors à ménager, ils résolurentde racheter, s'il était possible, l'audace de leur entreprise par plus d'audace encore, et de prévenir Oroondatès, en tombant sur lui à l'improviste, avant qu'il eût fait ses préparatifs. Leur dessein est, ou de l'enlever luimême à Memphis, s'ils peuvent l'y surprendre, ou si, comme on ledit, il est occupé au dehors par une guene contre les Éthiopiens, de profiter de son absence pour prendre plus aisément la ville, dégarnie de ses défenseurs. Tout en se mettant par là à l'abri du danger pour le moment, ils veulent, en même temps, bien mériter de leur chef et le rétablir dans les fonctions sacerdotales de prophète, que son frère, plus jeune que lui, occupe contrairement à la loi. Que s'ils échouent dans leur entreprise, du moins ils périront en combattant, au lieu de tomber entre les mains des Perses et d'être exposés à leurs outrages et à leurs tortures. Mais vous, étrangers, où allez-vous maintenant? — Au bourg, répondit Calasiris. — Il n'est pas sûr pour vous, repritelle, à pareille heure, et inconnus comme vous êtes, d'aller au milieu de ceux qui sont restés. — Mais si vous nous accordiez l'hospitalité, reprit Calasiris, nous ne désespérerions pas de trouver une retraite sûre. — En ce moment, dit la vieiHe, je ne puis ; car j'ai résolu de faire cette nuit quelques expiations. Mais si vous pouvez vous y résigner ( et il le faut bien, quand même vous ne le voudriez pas), cherchez ici quelque part un lieu qui ne soit pas souillé par la présence des morts, et allez à distance attendre patiemment la fin de lai

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