‹ Romans grecsChapitre 94 sur 179 · LIVRE VL ITQ · texte numérisé non relu

LIVRE VL ITQ

Buit. Au jour, je vous donnerai Thospitalité, et je vous mettrai à Tabri de toute crainte. »

XIV. Quand elle eut parlé, Calasiris répéta le tout à Chariclée ; puis il la prit avec lui et ils s'éloignèrent. Après avoir fait quelques pas hors du champ des morts, ils rencontrèrent un tertre peu élevé, où ils s'arrêtèrent. Calasiris s'y coucha, la tête appuyée sur le carquois. Chariclée se ût un siège de la besace et resta assise. La lune se levait en ce moment, et ses rayons éclairaient au loin les campagnes. Calasiris, naturellement appesanti par l'âge, brisé d'ailleurs par une longue route, dormait profondément. Chariclée veillait, tout entière aux pensées qui l'occupaient ; elle contemplait un spectacle exécrable et impie, mais familier aux femmes égyptiennes. La vieille, se croyant désormais à l'abri de tout dérangement et de tout regard indiscret, commença par creuser une fosse ; elle alluma ensuite un bûcher par les deux bouts, et plaça au milieu le cadavre de son fils. Puis, prenant une tasse de terre sur un trépied disposé auprès, elle en versa du miel dans la fosse; d'une autre elle versa du lait, et d'une troisième du vin. Cola fait, elle jeta dans la fosse un gâteau de farine représentant un homme, couronné de laurier et de fenouil. A la fin elle ramassa ane épée qu'elle se mit à brandir avec un transport frénétique; après avoir adressé à la lune de nombreuses invocations dans une langue barbare et avec un accent étranger, elle sefit une incision au bras, recueillit le sang sur un rameau de laurier et en arrosa le bûchçr. Après beaucoup d'autres conjurations semblables, elle se pencha sur le cadavre de son fils, lui murmura quelques mots à l'oreille, le réveilla de la mort et le força tout à coup par ses enchantements à se dresser sur ses pieds. Chariclée, qui la contemplait depuis le commencement avec terreur, frissonna d'horreur à cette vue. Tremblante et éperdue à l'aspect de cette scène étrange, elle réveilla Cdlasiris et lui fît contempler ce spectacle. Placés dans

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l'ombre, ils voyaient, sans être vus, les parties éclairées, surtout aux environs du bûcher : le peu de distance leur permettait également d'entendre ce qui se disait; car déjà la vieille adressait plus distinctement la parole au cadavre ; elle lui demanidait si le frère du mort, son fils à elle, vivait encore, s'il reviendrait sain et sauf. Le mort ne répondit pas ; il fit seulement un geste d'une signification douteuse, qui permettait à sa mère d'espérer ce qu'elle désirait ; et aussitôt il retomba étendu le visage contre .terre. Elle retourna le corps sur le dos, et, loin de cesser ses questions, elle redoubla, à ce qu'il semblait, la violence de ses conjurations, recommençant à lui murmurer une foule de choses à l'oreille, et s'élançant, l'épée à la main, tantôt vers le bûcher, tantôt vers la fosse. A la fin elle le réveilla une seconde fois. Lorsqu'il se fut dressé, elle lui posa la môme question et le força à lui révéler ce qu'elle demandait, non plus seulement par signes, mais distinctement et à haute voix. Pendant que la vieille accomplissait ainsi ses sortilèges, Chariclée pressait vivement Calasiris de s'approcher et de s'informer, eux aussi, de Théagène. Mais il refusa, en disant que la vue même d'un pareil spectacle était un sacrilège, et qu'il fallait une nécessité impérieuse pour les contraindre à la supporter; qu'il ne convenait à un prêtre ni de se complaire, ni même d'assister à de semblables pratiques ; qu'il puisait la puissance prophétique dans des sacrifices légitimes et de saintes prières, tandis que les conjurations comme celles de l'Égyptienne, dont le hasard les rendait témoins, étaient chose impure, et se traînaient terre à terre autour des cadavres.

XV. 11 parlait encore, lorsque le mort fît entendre une voix rauque et caverneuse, comme si elle fût sortie de dessous terre ou de quelque antre profond; il disait d'un ton plaintif : c< J'ai d'abord eu pitié de vous, ma mère ; je vous ai laissée enfreindre les lois de la nature humaine, faire violence aux décisions immua-

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