LIVRE Vil. im
que, dans un combat de ce geare, tout l'avantage était de son côté. C'était sans doute aussi dans cette pensée qu'Arsacé avait ordonné un combat singulier, persuadée qu'elle atteindrait incontestablement son but, et qu'elle ne pouvait manquer d'avoir raison des méfaits de Pétosiris en le commettant avec Thyamis, qui était beaucoup plus courageux. A peine Arsacé avait-elle parlé qu'on pouvait voir ses ordres déjà exécutés : Tbyamis, plein d'ardeur et de confiance, s'empressa de se soumettre à cette décision et courut avec joie com^ pléter son armure. Théagène l'encourageait ; il plaçait sur sa tête son casque orné d'un brillant panache, tout étincelant de l'éclat de l'or; il laçait lui-même, pour plus de sûreté, le reste de son armure. Pétosiris, au contraire, était poussé de force hors des portes, conformément aux ordres d'Arsacé ; il demandait à grands cris qu'on lui épargnât cette épreuve; il fallait l'armer malgré lui. Dès que Thyamis l'aperçut : « mon bon Théagène, dit-il, ne voyez-vous pas comme il tremble de peur? — Je le vois, dit Théagène; mais comment en userez- vous en cette occurence? ce n'est point un ennemi ordinaire; c'est votre frère que vous allez combattre. — Vous avez raison, reprit-il, et vous touchez juste le but de ma propre pensée. J'ai l'intention de le vaincre, avec l'aide des Dieux, mais non de le tuer; car à Dieu ne plaise que je me laisse jamais dominer par la colère et le ressentiment de mon injure au point de vouloir acheter la réparation d'une injusr lice passée et quelques honneurs pour l'avenir, au prix du sang d'un frère; je ne veux point souiller mes mains du meurtre de celui qui a été porté par le même sein que moi. — Ces paroles, dit Théagène, sont d'un noble cœur, bien instruit de ce qu'on doit aux sentiments de la nature. Mais moi, quelles recommandations avez-vous à me faire? — L'issue de ce combat, reprit Thyamis, ne peut m'inspirer aucune défiance ; et pourtant le cours des destinées humaines amène
souvent, dans sa mobilité, les accidents les plus étranges : si je suis vainqueur, vous viendrez avec moi à Memphis pour y partager ma demeure et ma fortune; si, au contraire, mon espoir vient à être déçu, vous vous mettrez à la tête de ces Besséens qui vous sont tout dévoués, et vous vous résignerez à cette vie de brigandage jusqu'à ce que la Divinité vous fasse entrevoir quelque issue plus favorable à votre destinée. »
VI. lisse jetèrent alors dans les bras l'un de Taulre, et s'embrassèrent en versant des larmes. Théagène s'assit tout armé à Tendroit où il se trouvait, afin de considérer l'issue de la lutte. 11 fournit ainsi à Arsacé, sans le savoir, l'occasion de se repaître de sa vue; et en effet elle le dévorait des regards, laissant ses yeux savourer à loisir l'objet de sa passion. Cependant Thjamis s'élança contre Pétosiris. Celui-ci n'attendit pas son attaque : dès qu'il le vit avancer, il tourna du côté de la porte, impatient de se réfugier dans la ville. Mais ce fut en vain : ceux qui gard^ent la porte le repoussèrent, tandis que la multitude qui couvrait les murs, criait de ne pas le laisser passer, sur quelque point qu'il se présentât. 11 se mit alors à fuir de toute sa vitesse autour de la ville, après s'être d'abord débarrassé de ses armes. Théagène, dans sa sollicitude pour Thyamis, ne put se résigner à le perdre de vue un instant, et s'élança sur leurs traces. 11 avait eu soin toutefois, pour n'être point soupçonné de vouloir aider Thyamis, de laisser ses armes à l'endroit même où il était assis, au pied du mur, et sous les yeux d'Arsacé; il déposa là son bouclier et sa lance, lui laissant ainsi quelque chose de lui à contempler à sa place, pendant qu'il suivait la poursuite. Pétosiris, sans se laisser atteindre, ne pouvait cependant gagner beaucoup de terrain dans sa fuite; il semblait à chaque instant sur le point d'être pris, et n'avait sur Thyamis que l'avance que devait naturellement prendre un homme sans armes sur celui qui était embarrassé de son armure. Us firent