ENTRÉE, PAS A PAS, DANS L'INCONNU
Citait là Diraobette. (Fagi 27.)
Booliarsàboacles. Cetéquipementdevintnn spectre, le poopsuivit, lui donna la fièvre et l'assoapit. Il se réveilla au grtmd jour, et sa première pensée fut Dérachette.
Le lendemain il dormit, mais il revit toute la nuit le soldat écossais. Il se dit à travers son sommeil que les Chefs-Plaids d'après Noël seraient tenus le 21 janvier. Il rêva aussi du vieux recteur Jaquemin Hérode. En sa réveillant il songea à Dérucbette, et il eut contre elle une violente colère; il regretta de ne plus être petit, parce qu'il irait jeter des pierres dans ses carreauxi
Puis il pensa que, s'il était petit, il aurait sa mère, et il se mit à pleurer.
Il forma le projet d'aller passer trois mois & Chousey on aux Minqniers. Pourtant il ne partit paa.
Il ne remit plus les pieds dans la route de Saint-Pierre-Port au Valle.
Il se figurait que son nom, Qilliatt, était resté là gravé sur la terre et que tous les passants devient le regarder,
BMTRâB, PAS A PAS. DANB l'iNCONNU
En revanche, il voyait tous les joara les Bravées. Il ne le faisait pas exprès, mais il
LES TRAVAILLEURS DE LA MER
allait de ce côtë-là . Il • se trouvait que son chemin était toigours de passer par le sentier qui longeait le mur du jardin de Déruchette.
Un matin, 3orame il était dans ce sentier, une femme du marché qui revenait des Bravées dit à une autre : Miss Lethierry aime les seakales.
Il fit dans son jardin du Bu de la Rue une fosse à seakales. Le seakale est un chou qui a le goût de l'asperge.
. Le mur du jardin des Bravées était trèsbas ; on pouvait l'enjamber. L'idée de l'enjamber lui eut paru épouvantable. Mais il n'était pas défendu d'entendre en passant, comme tout le monde, les voix des persojmes qui parlaient dans les chambres ou dans le jardin. Il n'écoutait pas, mais il entendait. Une fois, il entendit les deux servantes, Douce et Grâce, se quereller. C'était un bruit dans la maison. Cette querelle lui ' resta dans l'oreille comme une musique.
Une autre fois, il distingua une voix qui n'était pas comme celle des autres et qui lui sembla devoir être la voix de Déruchette. Il prit la fuite.
Les paroles que cette voix avait prononcées demeurèrent à jamais gravées dans sa pensée. II se les redisait à chaque instant. Ces paroles étaient : Vous plairait-il me bailler le geyiH (1)?
Par degrés il s'enhardit. Il osa s'arrêter. Il arriva une fois que Déruchette, impossible à apercevoir du dehors, quoique sa fenêtre fût ouverte, était à son piano, et chantait. Elle chantait sou air Bonny Dundee. Il devint très-pàle, mais il poussa la fermeté jusqu'à écouter.
Le printemps arriva. Un jour, Gilliatt eut une vision; le ciel s'ouvrit. Gilliatt vit Déruchette arroser des laitues.
Bientôt, il fit plus que s'arrêter. Il observa ses habitudes, il remarqua ses heures, et il l'attendit.
(1 j Me donner le balai»
Il avait bien soin de ne pas se montrer.
Peu à peu, en môme temps que les massifs se remplissaient de papillons et de roses, immobile et muet des heures entières, caché derrière ce mur, vu de personne, retenant son haleine, il s'habitua à voir Déruchette aller et venir dans le jardin. On s'accoutume au poison.
De la cachette où il était, il entendait souvent Déruchette causer avec mess Lethierry sous une épaisse tonnelle de charmille où il y avait un banc. Les paroles venaient distinctement jusqu'à lui.
Que de chemin il avait fait! Maintenant il en était venu à guetter et à prêter l'oreille. Hélas ! le cœur humain est un vieil espion.
Il y avait un autre banc, visible et tout proche, au bord d'une allée. Déruchette s'y asseyait quelquefois.
D'après les fleurs qu'il voyait Déruchette cueillir et respirer, il avait deviné ses goûts en fait de parfums. Le liseron était Todeur qu'elle préférait, puis l'œillet, puis le chèvre-feuille, puis le jasmin. La rose n'était que la cinquième. Elle regardait le lys; mais elle ne le respirait pas.
D'après ce choix de parfums, Gilliatt la composait dans sa pensée. A chaque odeur il rattachait une perfection.
La seule idée d'adresser la parole à Déruchette lui faisait dresser les cheveux.
Une bonne vieille chineuse que son industrie ambulante ramenait de temps en temps dans la mette longeant l'enclos des Bravées, en vint à remarquer confusément les assiduités de Gilliatt pour cette muraille et sa dévotion à ce lieu désert. Rattachat-elle la présence de cet homme devant ce mur à la possibilité d'une femme derrière ce mur? Aperçut-elle ce vague fil invisible? Était -elle, en sa décrépitude mendiante, restée assez jeune pour se rappeler quelque > chose des belles années, et savait-elle encore^ dans son hiver et dans sa nuit, ce que. c'est que l'aube? Nous Tigno-
li^MUMM..*
L'AIR nONNY DVNÙEE TROUVE UN ÉCHO DANS LA COLLINE
rons, mais il parait qu'une fois, en passant près de Gilliatt «faisant sa faction»», elle dirigea de son côté toute la quantité de soupire dont elle était encore capable, et grommela entre ses gencives : ça chauffe, ^
Gilliatt entendit ce mot, il en fut frappé, il murmura avec un point dHnterrogation intérieur : — Ca chauffe? Que veut dire cette vieille? — Il répéta machinalement le mot toute la journée, mais il ne le côm* prit pas.
Un soir qu'il était à sa fenêtre du Bû de la Rue, cinq ou six jeunes filles de TAncresse vinrent par partie de plaisir se baigner dans la crique de Houmet. Elles jouaient dans l'eau, très-naïvement, à cent pas de lui. Il ferma sa fenêtre violemment. Il s'aperçut qu'une femme nue lui faisait horreur.