LES PERFECTIONS DU DÉSASTRE
chassé par toute !a furie du cyclone dans le défilé des Douvres, y était entré jusqu'au maîUe-bau, et était demeuré là. Le coup de vent avait été bien assené , pour enfoncer ce coin entre ces deux rcchers, Touragan s'était fait massue. L'avant, emporté et roulé par la rafale, s'était disloqué sur les brisants.
La cale défoncée avait vidé dans la mer les bœufs noyés.
Un large morceau de la muraille 4e l'avant tenait encore à rarrière et pendait aux porques du tambovr de gauche par quelques attaches délabrées, faciles à briser d'un coup de hache.
On voyait ça et là dans les anfractoosités lointaines de Técaeil des pootres» des planches, des haillons de veîles, des tronçons de chaînes, toutes sortes de dâbris, tranquilles sur les rodiers.
Gilliatt regardait avec aàttentkm la Durande La quille faisait plafond aa-dessss de sa tête.
L'horizon, ob Tean illimitée remuait à peine, était serein. Le soleil sortait saper^ bement de cette \aste rondeur Ueue.
De temps en^teiaps une goutte d'eanse détachait de T^ave et tombait dans la mer.
LES PBfiF^CTlOKS OU OâSASTaB
Les Douvres étaient dififérentes de forme cotnrne de hauteur.
Sur la petite Dou\Te, recourbée et aiguë, on voyait se ramifier, de la base à la cime, de longues veines d'une roche couleur briqne, relativement tendre, qui cloisonnait de ses lames l'intérlear du granit. Aux affleurements de ces lames rougeàtres il y avait des cassvires utiles à l'escalade. Une
de ces cassures, située un peu au-dessus de l'épave, avait été si bien élargie et travaillée par les éclaboussures de la vague qu'elle était devenue une espèce de niche où l'on eût pu loger une statue. Le granit de la petite Douvre était arrondi à la surface et mousse comme de la pierre de touche, douceur qui ne lui ôtait rien de sa dureté. La petite Douvre se terminait en pointe comme une corne. La grande Douvre, polie, unie, lisse, perpendiculaire, et comme taillée sur épure, était d'un seul morceau et semblait faitedlvoîre noir. Pas un trou, pas un relief. L'escarpement était inhospitalier, un forçat n'eût pu s'en servir pour sa faite ni un oiaeaapour son nid. Au sommet il y avait, comme sur le rocher lHomme, une plate-foume ; seulement cette plate-forœe était inaccessible.
On pouvait monter sor la petite Douvre, mais non s'y maintenir, on pouvait séjourner sur la grande, nuis non y monter.
Gilliatt, le premier ooap d'œil jeté, revint à la panse, la déchargea sur la plus large des corniches à flenr d'eau, fit de tout ce chargeoB^nt, fort socctnct, une sorte de Itfdlot qu'il noua dausite prélart, y ajusta une élingue avec sa boucle de hissement, poussa ce ballot dans un recoin de roche où le flot ne pouvait l'atteindre, puis, des pieds et des mains, de saillie en saillie, étreignant la petite Douvre , se cramponnant aux moindres stries, il monta jusqu'à la Darande échouée en l'air.
Parvenu à la hauteur des tambours, il sauta sur le pont.
Le dedans de l'épave était lugubre.
La Durande offrait toutes les traces d'«ne voie de feiit épouvantable. C'était le viol effrayant de l'orage. La tempête $*e comporte comme une bande de pirates. Rien ne ressemble à un attentat comme un naufrage. La nuée, le tonnerre, la pluie, les souffles, les flots, les rodhers, ce tas de complices est horrible
On rêvait srar le pont désempare que qM
LES TRAVAILLEURS DE LA HER
EbsneuT Cuidray M Jaqneniin Bërode. (Piga 126 )
chose Cuiiime le trépignement furieux des esprits de la mer. Il y avait partout des marques de rage. Les torsions étranges de certaines ferrures indiquaient les saisissements forcenés du vent. L'entre-pont était comme le cabanon d'un fos oii tout était cassé.
Pas de bète comme la mer pour dépecer une proie. L'eau est pleine de griffes. Le vent mord, le âot dévore ; la vague est une mâchoire. C'est à la fois de l'arrachement et de l'écrasement. L'océan a le même coup de patte que le lion.
Le délabrement delaDarande offrait ceci de particulier qu'il était détaillé et minu-
tieux. C'était une sorte d'épluchement terrible. Beaucoup de choses semblaient faitei exprès. On pouvait dire : quelle méchanceté ! Les fractures des bordages étont feuilletées avec art. Ce genre de ravageât propre au cyclone. Déchiqueter et amenniser, tel est le caprice de ce dévastatenr énorme. Le cyclone a des recherchasse bourreau. Les désastres qu'il fait ont M air de supplices. On dirait qu'il a de » rancune , il raffine comme un sauvage. D dissèque en exterminant. Il torture le na»frage, il se veoge, il s'amuse ; il y met oe la petitesse. >
Les cyclones sont rares dans nos diiMt*'
LES PERFECTIONS DU DÉSASTRE m
et d'autant pi inattendus. Un pivoter un ora bourrasque ava Très, et s'était trombe au cho qnfûtlejet du dans ces roches on vaisseaa ne ; pierre à une fro I^ Durande homme coupé onvert laissant
ges flottaient e
Ebensier et D*ruch«te i
va redoutables qu'ils sont rocher rencontré peut faire ^e II est probable que la t fait spirale sur les Dou-
bruaquement tournée en : de recueil, ce qui explinavire à une telle hauteur
Quand le cyclone sonflSe, >èse pas plus au vent qu'une nde.
avait la plaie qu'aurait un en deux; c'était un tronc échapper un fouillis de dé- 1 des entrailles. Des corda-
frissonnaient; des chaînes
regardèrent (Page 131).
se balançûent en grelotta les nerfs du navire étaient i Ce qui n'était pas, fracassé des fragments du maillets étaient pareils à des étri clous ; tout avait la forme barre d'anspect n'était plu de fer, une sonde n'était ceau de plomb, un cap-d plus qu'un morceau de bol tait plus qu'un bout de ch n'était plus qu'un écheve ralingue n'était plus qu'un let; partout l'inutilité la démolition; rieu qui ne f
ut , les fibres et nu et pendaient, tait désarticulé; ge du doublage les hérissées de delà ruine; une s qu'un morceau >lu3 qu'un mor- -mouton n'était , une drisae n'émvre, un tduron u brouillé, une fil dans uo ourmentable de la t décroché, dé-
cloué, lézanié, rongé, déjeté, sabordé, i anéanti, aucune adhésion dans ce monceau hideux, partout la déchirure, la dislocation, et la rupture, et ce je ne sais quoi d^inoonsistant et de liquide qui cai'actérise tous les pùle-mèle, depuis les mêlées d'hommes qu'on nomme batailles jusqu'aux mêlées d'éléments qu'on nomme chaos. Tout croulait, tout coulait, et un rttissel!<^ment de planches, de panneaux, de ferrailles, de câbles et de poutres s était arrêté au bord de la grande fracture de la quille, d'où le moindre choc pouvait tout précipiter dans la mer Ce qui restait de cette puissante carène si triomphante autrefois, tout cet arrière suspendu entre les deux Douvres et peut être prêt à tomber, était cre>'assé çà et là et laissait voir par de larges trous l'intérieur sombre du navire.
L'écume crachait d'en bas sor cette chose misérable.
oAINE, VAIS :90N SÂUVS
GillLatt ne s'attendait pas à ne trouver qu'une moitié du bâtiment. Rien dans les indications, pourtant si précises, du patron du Shealliel, ne faisait pressentir cette coupure du navire par le milieu. C'était probablement à l'instant où s'était faite cette coupure sous les épaisseurs aveuglantes de l'écume qu'avait eu lieu ce « craquement diabolique »» entendu par le patron du Shealliel. Ce patron s'était sans doute éloigné au moment du dernier coup de vent, et ce qu'il avait pris pour un paquet de mer était une trombe. Plus tard, en se rapprochant pour observer l'échouement, il n'avait pu voir que la partie antérieure de l'épave, le reste, c'est-à-dire la large cassure qui avait séparé l'avant de l'arrière, lui étant caché par l'étranglement de l'écueil.
A cela près, le patron du Shealtiel n'avait rien dit que d'exact. La ooque était perdae. la machine était intacte.
Ces hasards sont fréquents dans les naufrages comme dans les incendies. La logique du désastre nous échappe.
Les mâts cassés étaient tombés, la cheminée n'était pas même ployée ; la grande plaque de fer qui supportait la mécaniqae l'avait maiiftenue ensemble et tout d*une pièce. Les revêtements en planches des tambours étaient disjoints a peu près comme les lames d'une persienne; mais à travers leurs claires-voies on distinguait les deux roues en bon état. Quelques pales manquaient.
Outre la machine, le grand cabestan de Farrière avait résisté. Il avait sa chaîne, et, gràoe à son robuste emlx^tement dans un cadre de madriers, il pouvait rendre encore des services, poanm toutefois que 1 effort da toumevire ne fit pas fendre le plancher. Le tablier dn pont fléchissait presque sur tous les points. Tout ce diaphragme était branlant.
En revanche le tronçon de la coque engagé entre les Douvres tenait ferme, nous Tavons dit, et semblait solide.
Cette conservation de la machine avaiton ne sait quoi de dérisoire et ajoutait fironie à la catastrophe. La sombre malice de l'inconnu éclate quelquefois dans ces espèces de moqueries amères. La machine était sauvée, ce qui ne Tempêchait point d être perdue. L'Océan la gardait pour la démolir à loisir. Jeu de chat.
Elle allait agoniser là et se défaire pièce à pièce. Elle allait servir de jouet aux sauvageries de l'écume. Elle allait décroitrc jour par jour et fondre pour ainsi dire. Qu'y faire? Que ce lourd bloc de mécanismes et d'engrenages, à la fois massif e*^ délicat, condamné à l'immobilité par ® pesanteur, livré dans cette solitude ^ox forces démolissantes, mis par recueil à la discrétion du vent et du flot, pût, sous la