UNE ÉCURIE POUR LE CHEVAL
tapissée de varech et la partie supérieure de lichen. Le niveau uniforme du varech sur toutes les ruches marquait la ligne de flottaison de la marée pleine et de la mer étale. Les pointes que l'eau n'atteignait pas avaient cette argenture et cette dorure que donne aux granits marins le bariolage du lichen blanc et du lichen jaune.
Une lèpre de coquillages conoïdes couvrait la roche à de certains endroits. Carie sèche du granit.
Sur d'autres points, dans des angles rentrants où s'était accumulé un sable fin onde à la surface plutôt par le vent que par le flot, il V avait des touffes de chardon bleu.
Dans les redans peu battus de l'écume, on reconnaissait les petites tanières forées par Toursin. Ce hérisson coquillage, qiii marche, boule vivante, en roulant sur ses pointes, et dont la cuirasse se compose de plus de dix mille pièces artistement ajustées et soudées, l'oursin, dont la bouche s'appelle, on ne sait pourquoi, lunierne d'Aristoée. creuse le granit avec ses cinq dents qui mordent la pierre, et se loge dans le trou. C'est en ces alvéoles que les chercheurs de fruits de mer le trouvent. Ils le coupent en quatre et le mangent cru, comme l'huître. Quelques-uns trempent leur pain dans cette chair molle. De là son nom, œuf de mer.
Les sommets lointains des bas-fonds, mis hors de l'eau par la maréa descendante, aboutissaient sous l'escarpement même de ri-L)mme à une sorte de crique murée presque de tous côtés par l'écueil. Il y avait la évidemment un mouillage possible. Gilliatt observa cette crique. Elle avait la forme d'un fer à cheval, et s'ouvrait d'un seul côté, au vent d'est, qui est le moins mauvais vent de ces parages. Le flot y était enfermé et presque dormant. Cette baie était tenable. Gilliatt d'ailleurs n'avait pas beaucoup de choix.
Si Gilliatt voulait profiter de la marée basse, il importait qu'il se hâtât.
Le temps . du reste , continuait d'être beau et doux. L'insolente mer était maintenant de bonne humeur.
Gilliatt redescendit, se rechaussa, dénoua l'amarre, rentra dans sa barque et poussa en mer. Il côtoya à la rame le dehors de recueil.
Arrivé près de THomme, il examina l'entrée de la crique.
Une moire fixe dans la mobilité du flot, ride imperceptible à tout autre qu'un marin, dessinait la passe.
Gilliatt étudia un instant cette courbe, linéament presque indistinct dans la lame, puis il prit un peu de large afin de virera Taise et de faire bon chenal, et vivement, d'un seul coup d*aviron, il entra dans la petite anse.
Il sonda«
Le mouillage était excellent en eflet.
La panse serait prot^ée là contre à peu près toutes les éyentualités de la saison.
Les plus redoutables récifs ont de ces recoins paisibles. Les ports qu'on trouve dans recueil ressemblent à l'hospitalité du bédouin; ils sont honnêtes et sûrs.
Gilliatt rangea la panse le plus près qu'il put de THomme, toutefois hors de la distance de talonnement, et mouilla ses deux ancres.
Cela fait, il croisa les bras et tint conseil avec lui-même.
La panse était abritée; c'était un problème résolu; mais le deuxième se présentait. Où s'abriter lui-même maintenant?
Deux gîtes s'off'raient : la panse ellemême, avec son coin de cabine à peu près habitable, et le plateau de l'Homme, aisé à escalader.
De l'un ou de l'autre de ces firîtes , on pourrait, à eau basse, et en sautant de roche en roche , gagner presque à pied sec l'entre-deux des Douvres où était la Durande.
LES TRAVAILLEURS DE LA HER
Douvres, '^l'ig-: 133).
Mais la marée basse ne dure qu'un moment, et tout le reste du temps on serait séparé, soit du gîte, soit de l'épave, par plus de deux cents brasses. Nager dans le fiot d'un écueîl est difâcile; pour peu qu'il y lût de la mer, c'est impossible.
Il fallait renoncer à la panse et à l'Homme.
Aucune station possible dans les rochers voisins.
Les sommets mférieurs s'elfai;aient deva. fois par jour sous la marée haute.
Les sommets supérieurs étaient sans cesse atteints par des bonds d'écume. La- Tage inhospitalier.
RcsUit l'épave elle-même.
Pouvail-on s'y loger?
Gilliatt l'espéra.
UNE CHAMBUE POUR LE VOYAGEUR
Une demi-heure après, Gilliatt, de retour sur l'épave, montait et descendait du pont à l'entre-pont et de l'entre-pontà la cale, approfondissant l'examen sommaire de sa première visite.
UNE CHAMBRE POUR LE VOYAGEUR
nvinj» le plus loin qu'il piii. (l'^K' '** )
nayait, à l'aide du cabestan, hissé sur le pont de la Dnranda le ballot qu'il avait fait dn chargement de la panse. Le cabestan s'était bien comporté. Les barres ne manquaient pas pour le virer. Gilliatt, dans ce tas de décombres, n'avait qu'à choisir.
D trouva dans les débris un ciseaa à froid, tombé sans doute de la baille du charpentier, et dont il augmenta sa petite caisse d'outils.
En outre, car dans le dénûment tout compte, il avut son couteau dans sa poche.
GKlliatt travailla toute la journée à l'épave, déblayant, consolidant, simplifiant.
Le soir venu, il reconnut ceci :
Toute l'épave était frissonnante au vent. Cette carcasse tremblait à chaqae pas que Gilliatt faisait. II n'y avait de stable et de ferme que la partie de coque emboîtée entra les rochers, qui contenait la machine. Là, les baux s'arc-boutaient puissamment au granit.
S'installer dans la Durande était imprudent. C'était une surcharge; et, loin de peser sur le navire, il importait de l'alléger.
Appuyer sur l'épave était le contraire de ce qu'il fallait faire.
Cette ruine voulait les plus grands mena-
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gements. C'était comme un malade, qui expire II y aurait bien assez da vent pour la brutaliser.
C'était déjà fâcheux d'être contraint d'y travailler. La quantité de travail que l'épave aurait nécessairement à porter la fatiguerait certainement, peut-être au delà de ses forces.
En outre, si quelque accident de nuit survenait pendant le sommeil de Gilliatt, être dans répave, c'était sombrer avec elle. Nulle aide possible; tout était perdu. Pour secourir l'épave, il fallait être dehors.
Être hors d'elle et près d'elle; (el était le problème.
La difficulté se compliquait.
Où trouver un abri daos de telles conditions ?
Gilliatt songea.
Il ne restait plus que les deux Douvres. Elles semblaient peu logeables.
On distinguait d'en bas sur le plateau sapérieuj* de la grande Douvre une espèce d'excroissance.
Les roches debout à cime plate ^ comme la grande Douvre et l'Homme, sont des pics décapités Us abondent dans les montagnes et dans l'océan. Certains rochers, surtout parmi ceux qu'on rencontre au large, ont des entailles comme des arbres attaqués. Us ont l'air d'avoir reçu un coup de cognée. Us sont soumis en effet au vaste va-et-vient de l'ouragan, ce bûcheron de la mer.
. Il existe d'autres causes de cataclysme, plus profondes encore. De là sur tous ces vieux granits tant de blessures. Quelques-uns de ces colosses ont la tête coupée.
Quelquefois, cette tète, sans qu'on puisse s'expliquer comment, ne tombe pas, et demeure, mutilée, sur le sommet tronqué.
Cette singularité n'est point très-rare. La Roque-au-Diable, à Guernesey, et la Table, dans la vallée d'Anweiler, offrent, dans les plus surprenantes conditions, cette bizarre énigme géologique.
Il était probablement arrivé à la grande Douvre quelque chose de pareil .
Si le renflement qu'on apercevait sur le plateau n'était pas une gibbosité naturelle de la pierre, c'était nécessairement quelque fragment restant du faite ruiné.
Peut-être y avait-il dans ce morceau de roche une excavation.
Un trou où se fourrer ; Gilliatt n'en demandait Das davantafire.
Mais Gommant atteindre au plateau?
comment gravir cette paroi verticale, dense et polie comme un caillou, à demi couverte d'unue nappe de conferves visqueuses, et ayant Taspect gjiissant d^une surface savonnée ?
Il y avait trente pieds au moins du pont 4e jla Duraode à Tarète du plateau.
Gilliatt tira de sa caisse d*outils la corde à noeuds, se l^agrafa à la ceinturé par le grappin ; et sa mit à escalader la petite Douvre. A mesure qu'il montait, l'ascension était plus rude. Il avait négligé. d'ôter ses souliers , ce qui augmentait le malaise de la montée. II ne parvint pas sans peine à la pointe. Arrivé à cette pointe, il se dressa debout II n'y avait guère de place que pour ses deux pi,eds. En faire son logis était difficile. Un stylite se fût contenté de cela. Gilliatt, plus exigeant, voulait mieux.
La petite Douvre se recourbait vers la grande, ce qui faisait que de loin elle semblait la saluer; et l'intervalle des deux Douvres, qui était d'une vingtaine de pieds en bas, n'était plus que de huit ou dix pieds en haut.
De la pointe où il avait gravi, Gilliatt vit plus distinctement l'ampoule rocheuse qui couvrait en partie la plate-forme de la grande Douvre.
Cette plate-forme s'élevait à trois toises au moins au-dessus de sa tète.
Un précipice l'en séparait.
L'escarpement de la petite Douvre ei:
surplomb se dérobait sous lui.
Gilliatt détacha de sa ceinture la corde
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à nœuds, prit rapidement du regard les dimensions, et lança le grappin sur la plateforme.
Le grappin égratigna la roche , puis dérapa. La corde à nœuds, ayant le grappin à son eiLtrémitë, retomba sous les pieds de Gilliatt le long de la petite Douvre.
Gilliatt recommença, lançant la corde plus avant, et visant la protabéfance granitique où il apercevait des crevasses et des stries.
Le jet fut si adroit et si net que le crampon se fixa.
Gilliatt tira dessus.
La roche cassa, et la corde à nœuds revint battre Tescarpement au-dessous de Gilliatt.
Gilliatt lança le grappin une troisième fois.
Le grappin ne retomba point.
Gilliatt fit effort sur la corde. Elle résista. Le grappin était ancré.
Il était arrêté dans quelque anfractuosité du plateau que Gilliatt ne pouvait voir.
Il s'agissait de confier sa vie à ce support inconnu.
Gilliatt n'hésita point.
Tout pressait. Il fallait aller au plus court.
D'ailleurs, redescendre sur le pont de la Durande pour aviser à quelque autre mesure était presque impossible. Le glissement était probable, et la chute à peu près certaine. On monte, on ne redescend pas.
Gilliatt avait, comme tous les bons matelots, des mouvements de précision. Il ne perdait jamais de force. Il ne faisait que des efforts proportionnés. De là les prodiges de vigueur qu il exécutait avec des muscles ordinaires; il avait les biceps du premier venu, mais un autre cœur. Il ajoutait à la force, qui est physique, Ténergie, qui est morale.
La chose à faire était redoutable.
Franchir, pendu à ce fil, l'intervalle des deux Douvres ; telle était la question.
On rencontre souvent, dans les actes de dévouement ou de devoir, de ces points d'interrogation qui semblent posés par la mort.
Feras-tu cela? dit l'ombre.
Gilliatt exécuta une seconde traction d'essai sur le crampon; le crampon tint bon.
Gilliatt enveloppa sa main gauche de son mouchoir, étreignit la corde à nœuds du poing droit qu'il recouvrit de son poing gauche, puis, tendant un pied en avant et repoussant vivement de l'autre pied la roche afin que la vigueur de l'impulsion empêchât la rotation de la corde, il se précipita du haut de la petite Douvre sur l'escarpement de la grande.
Le choc fut dur. .
Malgré la précaution prise par Gilliatt, la corde tourna , et ce fut son épaule qui frappa le rocher.
Il y eut rebondissement.
A leur tour ses poings heurtèrent la roche. Le mouchoir s'était dérangé. Us furent écorchés; c'était beaucoup qu'ils ne fussent pas brisés.
Gilliatt demeura un moment étourdi et suspendu.
Il fut assez maître de son étourdissement pour ne point lâcher la corde.
Un certain temps s'écoula en oscillations et en soubresauts avant qu'il pût saisir la corde avec ses pieds; il y parvint pourtant.
Revenu à lui, et tenant la corde entre ses pieds comme dans ses mains, il regarda en bas.
Il n'était pas inquiet sur la longueur de sa corde, qui lui avait plus d'une fois servi pour de plus grandes hauteurs. La corde, en effet, traînait sur le pont de la Durande.
Gilliatt, sur de pouvoir redescendre, se mit à grimper.
En quelques instants il atteignit le plateau.
Jamais rien que d'ailé n'avait posé le pied là. Ce plateau était couvert de fientes d'oi-
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seaax. C'était un trapèze irrégulier, cassure de ce colossal prisme granitique nommé la grande Douvre. Ce trapèze était creusé au centre comme une cuvette. Travail des pluies*
Gilliatt, du reste, avait conjecturé juste. On voyait à l'angle méridional du trapèze une superposition de rochers, décombres probables de Técroulement du sommet. Ces rochers, espèces de tas de pavés démesurés, laissaient à une bête fauve qui eût été fourvoyée sur cette cime de quoi se glisser entre eux. Ils s'équilibraient pële-mèle; ils avaient les interstices d*un monceau de gravats. Il n'y avait là ni grotte, ni antre, mais des trous comme dans une éponge.
Une de ces tanières pouvait admettre Gilliatt.
Cette tanière avait un fond d'herbe et de mousse. Gilliatt serait là comme dans une gaine.
L'alcôve, à l'entrée, avait deux pieds de haut. Elle allait se rétrécissant vers le fond. Il y a des cercueils de pierre qui ont cette forme. L'amas de rochers étant adossé au sud-ouest, la tanière était garantie des ondées, mais ouverte au vent du nord.
Gilliatt trouva que c'était bon.
Les deux problèmes étaient résolus ; la panse avait un port et il avait un logis.
L'excellence de ce logis était d'être à portée de l'épave.
Le grappin de la corde à nœuds, tombé entre deux quartiers de roche, s'y était solidement accroché. Gilliatt l'immobilisa en mettant dessus une grosse pierre.
Puis il entra immédiatement en libre pratique avec la Durande
Il était chez lui désormais.
La grande Douvre était sa maison, la Durande était son chantier.
Aller et venir» monter et descendre, rien de plus simple.
Il dégringola vivement de la corde à nœuds sur le pont.
La journée était bonne, cela commençait
bien, il était content, il s'aperçut qu*il avait faim:
Il déficela son panier de provisions , ouvrit son couteau, coupa une tranche de bœuf fumé , mordit sa miche de pain bis, but un coup au bidon d'eau douce, et soupa admirablement.
Bien faire et bien manger, ce sont là deux joies. L'estomac plein ressemble à une conscience satisfaite.
Son souper fini, il y avait encore un peu de jour. Il en profita pour commencer l'allégement, très-urgent, de l'épave.
Il avait passé une partie de la journée à trier les décombres. Il mit de côté, dans le compartiment solide où était la machine, tout ce qui pouvait servir, bois, fer, cordage, toile. Il jeta à la mer l'inutile.
Le chargement de la panse, hissé par le cabestan sur le pont, était, quelque sommaire qu'il fut, un encombrement. Gilliatt avisa l'espèce de niche creusée, à une hauteur que sa main pouvait atteindre , dans la muraille de la petite Douvre. On voit souvent dans les rochers de ces armoires naturelles, point fermées, il est vrai. Il pensa qu'il était possible de confier à cette niche un dépôt. Il mit au fond ses deux caisses, celle des outils et celle des vêtements, ses deux sacs, le seigle et le biscuit, et sur le devant, un peu trop près du bord peut-être, mais il n'avait pas d'autre place, le panier de provisions.
Il avait eu le soin de retirer de la caisse aux vêtements sa peau de mouton, son suroit à capuchon et ses jambières goudronnées.
Pour ôter prise au vent sur la corde à nœuds, il en attacha l'extrémité inférieure à une porque de la Durande.
La Durande ayant beaucoup de rentrée, cette porque avait beaucoup de courbure, et tenait le bout de la corde aussi bien que l'eût fait une main fermée.
Restait le haut de la corde. Assujettir le I bas était bien, mais au sommet de Tescar-
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pement» à Tendroit où la corde à nœuds rencontrait Tarète de la plate-forme , il était it craindre qu elle ne fût peu à peu sciée par l'angle vif du rocher.
Gilliatt fouilla le monceau de décombres en réserve , et y prit quelques loques de 4oile à voile, et, dans un tronçon de vieux câbles, quelques longs brins de fil de carret, dont il bourra ses poches.
Un marin eût deviné qu'il allait capitonner avec ces morceaux de toile et ces bouts de fil le pli de la corde à nœuds sur le coupant du rocher, de façon à la préserver de toute avarie ; opération qui s'appelle fourrure.
Sa provision de chiffons faite, il se passa les jambières aux jambes, endossa le suroit par-dessus sa vareuse, rabattit le capuchon sur sa galérienne, se noua au cou par les deux pattes la peau de mouton , et ainsi vêtu de cette panoplie complète, il empoigna la corde, robustement fixée désormais au flanc de la grande Douvre, et il monta à l'assaut de cette sombre tour de la mer.
Gilliatt, en dépit de ses mains écorchées, arriva lestement au plateau.
Les dernières pâleurs du couchant s'éteignaient. Il faisait nuit sur la mer. Le haut de la Douvre gardait un peu de lueur.
Gilliatt profita de ce reste de clarté pour fourrer la corde à nœuds. Il lui appliqua, au coude qu elle faisait sur le rocher, un bandage de plusieurs épaisseurs de toile, fortement ficelé à chaque épaisseur. C'était quelque chose comme la garniture que se mettent aux genoux les actrices pour les agonies et les supplications du cinquième acte.
La fourrure terminée , Gilliatt accroupi se redressa.
Depuis quelques instants, pendant qu'il ajustait ces loques sur la corde à nœuds, il percevait confusément en l'air un frémissement singulier.
Gela ressemblait, dans le silence du soir, au bruit que ferait le battement d'ailes d'une immense chauve-souris.
Gilliatt leva les yeux.
Un grand cercle noir tournait au-dessus de sa tête dans le ciel profond et blanc du crépuscule.
On voit, dans les vieux tableaux, de ces cercles sur la tête des saints. Seulement ils sont d'or sur un fond sombre ; celui-ci était ténébreux sur un fond clair. Rien de plus étrange. On eût dit l'auréole de nuit de la grande Douvre.
Ce cercle s'approchait de Gilliatt et ensuite s'éloignait; se rétrécissant, puis s'élargissant.
C'étaient des mouettes, des goëlands, des frégates, des cormorans, des mauves, une nuée d'oiseaux de mer, étonnés.
Il est probable que la grande Douvre était leur auberge et qu'ils venaient se coucher. Gilliatt y avait pris une chambre. Ce locataire inattendu les inquiétait.
Un homme là, c'est ce qu*ils n'avaient jamais vu.
Ce vol effaré dura quelque temps.
Ils paraissaient attendre que Gilliatt s*en allât.
Gilliatt, vaguement pensif, les suivait du regard.
Ce tourbillon volant finit par prendre son parti, le cercle tout à coup se défit en spirale, et ce nuage de cormorans alla s'abattre, à l'autre bout de l'écueil, sur l'Homme.
Là ils parurent se consulter et délibérer. Gilliatt, tout en s'allongeant dans son fourreau de granit, et tout en se mettant sous la joue une pierre pour oreiller, entendit longtemps les oiseaux parler l'un après l'autre, chacun à son tour de croassement
Puis ils se turent, et tout s'endormit, les oiseaux sur leur rocher, Gilliatt sur le sien.
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