D’ A DATÉ
Je l’ai revu , mon tendre époux ; on nous a réunis ; je l’ai tenu dans mes bras; il a effacé la tache du crime dont cet abominable Fa-tutto m’avait souillée : semblable à l’eau sainte du Gange, qui lave toutes les macules des âmes , il m’a rendu une nouvelle vie.
11 n’y a que cette pauvre Déra qui reste encore profanée ; mais tes prières et tes bénédictions remettront son innocence dans tout son éclat.
On nous fait partir demain sur un vaisseau qui fait voile pour Lisbonne : c’est la patrie du fier Albuquerque ; c’est là sans doute qu’habite ce vice-Dieu qui doit juger entre Fa-tutto et nous : s’il est vice-Dieu, comme tout le monde l’assure ici, il est bien certain qu’il condamnera Fa-tutto. C’est une petite consolation; mais je cherche bien moins la punition de ce terrible coupable que le bon* heur du tendre Amabed.
Quelle est donc la destinée des faibles mortels , de ces feuilles que les vents emportent ! Nous sommes nés , Amabed et moi , sur les bords du Gange ; on nous emmène en Portugal ; on va nous juger dans un monde inconnu, nous qui sommes nés libres! Reverrons-nous jamais notre patrie ? Pourrons-nous accomplir le pèlerinage que nous méditons vers ta personne sacrée?
Comment pourrons-nous , moi et ma chère Déra, être enfermées ' dans le même vaisseau avec le P. Fa-tutto? cette idée me fait trembler. Heureusement j’aurai mon brave époux pour me défendre ! mais que deviendra Déra, qui n’a point de mari ? Enfin, nous nous recommandons à la Providence.
D’AMABED.
Ce sera désormais mon cher Amabed qui t’écrira; il fera le journal de nos destins ; il te peindra la nouvelle terre et les nouveaux cieux que nous allons voir. Puisse Brama conserver longtemps ta tete rase, et 1 entendement divin qu’il a placé dans la moelle de ton cerveau !