‹ Romantisme et révolution. Éd. définitive, avec une pref. nouv., de L'avenir de l'intelligence, suivi de Auguste Comte, Le romantisme féminin, Mademoiselle Monk, L'invocation a Minerve [et] Trois idées politiquesChapitre 88 sur 112 · CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

CHATEAUBRIAND

ou

l'anarchie

La soumission est la base du perfectionnement.

Auguste Comte.

J'admire surtout l'égarement de la vieille France. Ce Régime ancien dont elle garde la religion, l'État français d'avant dix-sept cent quatre-vingt-neuf, était monarchique, hiérarchique, syndicaliste et communautaire ; tout individu y vivait soutenu et discipliné : Chateaubriand fut des premiers après Jean-Jacques qui firent admettre et aimer un personnage isolé et comme perclus dans l'orgueil et l'ennui de sa liberté.

La vieille France avait ses constitutions propres, nées des races et des sols qui la composaient : les voyages de Chateaubriand aux pays anglais marquent, avec ceux de Voltaire et de Montesquieu, les dates mémorables de l'anglomanie constitutionnelle ; il ne guérit jamais de son premier goût pour les plagiats du système britannique, libéralisme, gouvernement parlementaire et régime de cabinet.

La vieille France avait l'esprit classique1, juridique, philosophique, plus sensible aux rapports des choses qu'aux choses mêmes, et, jusque dans les récits les plus libertins, ses écrivains se rangeaient à la présidence de la raison ; comme les Athéniens du vc siècle, cette race arrivée à la perfection du génie humain avait, selon une élégante expression de M. Boutmy, réussi à

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