I- Joyez, Haqiiardio , Lagier, iVArlois, Moiidin
)> Cabanat, Justamond, Loras, Houx de Verrières ' ,
)) Vous tous qui cultivez ces riches pépinières,
» Dites si j'ai jamais, ennemi clandestin ,
» Gêné des jeunes clercs Tessor ultramontain.
)» Bien plus, il faut le dire, on sait que nos evêques
» Ont chassé mes sermons de leurs bibliothè([ue.s;
I' Qu'un écrivain jaloux que j'ai trop protégé,
)) Que La Mennais enfin est le dieu du clergé :
» Eh bien! j'ai dévoré cet affront si notoire,
» Pour le bien de l'Eglise et sa plus grande gloire ,
)) Et de ma lourde croix acceptant tout le faix ,
1' J'ai puni mes rivaux à force de bienfaits.
» Nommez-moi des cités dont les places publiques
»> Ne se décorent point des signes catholiques ,
)» De ces énormes croix que les prêtres romains
» Sèment aux frais publics sur tous les grands chemins.
» Lyon seul, de l'Eglise auli(pie citadelle,
»> A nos fiers bataillons oppose un mur re))elle ;
I» Le travail est son dieu : là l'inq)ic artisan
( \9 ) )) Pour sa mariufaclure abandonne Rauzan ; » Mais le blocus est prêt; des hauteurs de Fourvières » Nous faisons observer la ville aux deux rivières; >' Quand Theure sonnera, je nommerai Guyon ^ » Pour le Dubois-Crancé de cette mission ^ , )» Et soudain , à ma voix, Tavalanche docile, V Comme un bloc de granit, tombera sur la ville. )j Malgré le double appui du maire et du préfet , » J'ai laissé dans Rouen mon ouvrage imparfait; )) Je ne le cèle pas : mais quelle autre conquête » A jamais égalé cette illustre défaite ? 1) Dois-je vous rappeler les enfans de Baal » Insultant par leurs cris au cortège papal ? )) Les gendarmes dévots , les pieux commissaires »> Étouffant les pétards allumés sous les chaires ? )) L'agile télégraphe apprenant à Paris » Les désastres souiïèrts par nos Pères proscrits ? 1) Et, parmi les horreurs d'une toiu'be en délire, K Lowenbruk arrachant la palmo du martyre ?
( 3o ) » Dans nos collèges saints , nos Pères triomphans » Ont trouvé moins de peine à vaincre des enfans : » Les jeunes lauréats, soit en vers, soit en prose , » Partout du grand Ignace ont fait Fapothéose ; » Partout je fais donner aux jeunes nourrissons » La même discipline et les mêmes leçons. )> Si parfois de Calvin un enfant sacrilège » S*'asseoit furtivement sur les bancs d'un collège , » Du sceau réprobateur il est soudain marqué , » Pour lui Pédit de Nante est toujours révoqué. M Les collèges royaux sont de vrais séminaires. » Des écoles de droit les savans dignitaires, » Au lieu du droit civil dictent le droit canon, )• Et rUniversitè nVxiste que de nom.
» Dixi. » DUermès s"'assied ;^ Corbière le remplace :
a Illustre Général, grand-vicaire d'Ignace, )' Je vais , puisque tel est ton ordre souverain , » De mon intérieur t''oirrir le bulletin. » Ilassure-toi, Fortis; partout ton signe brille,
» Les deniers de l'Etat engraissent ta famille,
» Et jusqu'aux employés relégués à Poctroi,
» Tout doit son rang, son titre, aux Pères de la Foi.
)» La Police elle-même épure son cloaque;
n Les obscurs possesseurs de la secrète plaque,
» Montrent, pour être admis, au magistrat ad hoc^
» Le visa d'un jésuite au brevet de Vidoc '' ,
» Et la nuit, pour charmer leur course solitaire,
» Les patrouilles du guet récitent le Rosaire.
» Parcours, la carte en main, la province et Paris :
M Partout nos vieux couvens sortent de leurs débris;
» De la part du budget à ma garde commise ,
» J'élève des palais aux princes de l'Église,
» Et le moine quêteur, par mes soins abrité,
» Cultive grassement sa molle oisiveté.
)) Mais tandis que tout l'or sert de proie à ma secte,
» La porte de l'Etoile attend un architecte,
» Et le triste Eléphant du terrain Beaumarchais
)) Vieillit avant de naître et ne boira jamais.
î) Un seul danger nVeffraie, il trouble mon empire :
La tourbe des journaux sans relâche conspire;
Chaque jour nous voyons de turbulens écrits
Sous vingt formats divers échauffer les esprits;
Par ses propres enfans TEgiise est obsédée :
Le fougueux Martial, comme un autre Asmodée,
Dans les noirs soupiraux de la Société
D\in rayon délateur fait tomber la clarté * ,
Et si de IMontlosier la fureur se rallume ,
Dupont va nous lancer un troisième volume.
Quelles lois opposer à ces rudes assauts ?
Je Tignore ; ce soin est au garde-des-sceaux,
Qu''il parle! — OUî, tu dis vrai, ce soin-là me regarde,
Dit Peyronnet : aussi , je vais me mettre en garde;
C'est à moi de servir de plastron à leurs coups;
Aux premières leçons je les désarme tous ;
Je leur jette le gant ; si quelqu'un le relève,
Son masque ne pourra le soustraire à mon glaive,
El dùl-il de son corps faire un in-trcntc-dcax ^
Le duel entre nous ne sera point douteux;
Mais il i;iut seconder mon courage et mon zèle,
( 33 ) » La Chambre doit s'ouvrir par une loi nouvelle , » Car le Code se tait contre ces grands abus , » Et mes fiers tribunaux ne me secondent plus; » Rien n'a pu les réduire à servir mes caprices; » La Cour rend des arrêts , et jamais des services : )) Sourds aux solliciteurs, esclaves de la loi, «Ils sont les gens du peuple et non les gens du Roi. » En revanche au Parquet, nos bons auxiliaires )) Ouvrent avec respect mes nobles circulaires ; t) Dans chaque prévenu comme ils distinguent bien » Le jésuite en crédit du simple citoyen ! » Ils savent à propos ou sévir, ou se taire, » Et la mort de Courier est encore un mystère. » Si parfois, dans la France, un scandaleux éclat » D'un prêtre du Seigneur révèle un attentat ; )) Par un arrêt cruel , si le jury profane » Condamne sans pitié le Tarquin en soutane , » Lui désigne du doigt la mort ou le carcan, » Alors, moi, pour sauver Thonneur du Vatican, » D'un habit séculier couvrant le dos d'Ignace.
n Je ]e fais, par mes gens, punir par contumace. >»
« C'est assez, dit Fortis, je rends grâce à vos soins;
» De votre zèle ardent je n'attendais pas moins;
» Ministres préposés à ce vaste royaume,
w Vous avez, tous les trois, bien mérité de Rome,
» Car vous avez prouvé que le saint Vatican
)) N'a pas d'ami plus sûr qu'un clergé gallican.
» Je vous porte en mon cœur; dans ma reconnaissance,
)) Paris sur Rome même obtient la préférence,
)) Et comme auprès de moi, sont tous ses vrais appuis,
» Rouie n'est plus dans Rome^ elle est toute ou je suis.
)) Chassez de votre esprit ces terreurs puériles;
» Que vous font ces auteurs dont les plumes hostiles,
» Contre Ignace et ses fils lancent des traits jaloux?
)) S'ils n'ont rien empêché, pourquoi les craignez- vous ?
)) Un danger plus réel occupe ma pensée :
» La puissance romaine, aujourd'hui balancée,
» Au bout de son levier trouve pour contrepoids,
( :^5 ) » Le sceptre qu'a jeté Palliance des rois; )) Ces deux pouvoirs rivaux se disputent la terre : » D'abord, cette union fut juste et salutaire; » Pour façonner au joug les peuples pervertis , » D'un immense pouvoir nous fûmes investis ; » Mais cette grande lutte une fois terminée , M Rome doit commander , telle est sa destinée : » Ce qu'elle tient des rois, elle doit le haïr; » Régner au second rang, c'est pour elle obéir. 1) Non que du Vatican la haute politique » Veuille des rois chrétiens briser le sceptre antique; » Mais jaloux de ses droits, il veut que son appui )> Leur conserve le trône et qu'ils régnent par lui. » Ont-ils donc oublié ces beaux jours de l'Église » Où Rome dominait la chrétienté soumise, » Où, de sa propre main, l'héroïque Aldobrand " » Sur la peau de d'Ossat fouettait Henri-le-Grand ? » Aujourd'hui, partageant la rage populaire, » Au joug théocratique ils veulent se soustraire, » Et, laissant à l'Eglise une ombre de pouvoir,
( 36 ) )> Leur sceptre ambitieux protège Tencensoir. » Peut-être, de nos jours , cet infernal système )) N'aurait jamais jailli d\in front à diadème, )) Si de leurs droits communs mandataire obligé , » L'Allemand Metternich, en monarque érigé , » N'eût formé, de ses mains, par un trait de génie, » Un imposant faisceau de leur faiblesse unie. t) C'est lui qui, machinant un complot clandestin , )> Des peuples et de nous nivèle le destin, » Et domptant les premiers par la force des prêtres , » Liés au même char, il les traîne à ses maîtres. n Mais dans ses vastes plans il s'est trop réjoui; » Je veux l'épouvanter par un coup inoui; )> Si le péril est grand, il est beau qu'on Taffronte; » Home a perdu sa place, il faut qu'elle y remonte, )) Et que du même foudre elle écrase, à la fois, » La caste libérale et le parti des rois.... »
A CCS mots, prccursciu's d'une grande ()ensée. Autour du (irnrral hi foule s'est pressée :
( .^7 ) Les yeux fixés sur lui, chnque père aUentif, Dans son sein agité tient le souffle captif; Tout se tait : seulement , à travers les colonnes , On entendait des vents les plaintes monotones , Ou rhorloge.du Mont, au tintement aigu, Ou le long cri d^éveil au poste Montaigu.
D^un geste impérieux, le lieutenant d'Ignace
Ordonne aux auditeurs de reprendre leur place.
Et poursuit en ces mots : <( C'est dans ces lieux chéris,
» Où régnent nos prélats et nos rois favoris,
» C'est en Espagne enfin , notre terre d'élite, ■
» Que nous devons frapper le coup que je médite ;
» Qu'il faut, bravant les lois des juges séculiers,
» Rendant le glaive antique à nos bons familiers ,
» Saisir un criminel jugé par notre office,
» Et sur le saint bûcher l'offrir en sacrifice.
» Tout est prêt, le bourreau, les juges, le local :
» Le zélé Torrenzo , prévôt pontifical^
I) A fouillé les prisons, a découvert un crime,
( 38 ) )► Et sur son piédestal enchaînant la victime, » Il n"'attend plus qu''un mot pour éblouir nos yeux » Par un auto-da-Jé si cher à nos aïeux.
» O vous qui m'écoutez, ô mes frères jésuites !
» De ce grand coup d^État ne craignez pas les suites.
» Je connais le moment : nos rivaux énervés,
w Jouant avec les fers que nous avons rivés ,
» Chansonnent le geôlier qui les tient sous la grille ,
» Mais le peuple aujourd'hui ne prend plus de Bastille.
» Ainsi Parrêt de mort que mon bras va lancer,
» En frappant Punivers ne pourra nous blesser ;
» Puisse sur un pécheur tant de grâce descendre !
» Alors, plein de ce feu qui brûlait Alexandre**,
)) Je pourrai m^écrier, en foulant Metternich:
)• Rome a vaincu par moi ; j^ii marché sur l'aspic. »
Le Général se tut; la Junte transalpine Exhale par des cris Pardeur qui la domine; Un concert prolongé de sinistres bravos
( ^9 ) Trois fois fit retentir les humides caveaux, Trois fois les députés bondirent sur les stalles.
Tel Milton, aux lueurs des foudres infernales,
Aux déchirans accords du lugubre tamtam ,
Sur un siège d^airain intronise Satan.
Il parle : ses accens ont ébranlé la voûte,
Sur les brùlans gradins son noir divan Fécoute ;
Si le doigt de Tarchange, entr'ouvrant les enfers,
Fait tomber un rayon sur le front de ses pairs,
Une hideuse joie éclate dans le gouffre;
Les damnés échappés à leurs étangs de soufre ,
Se mêlent aux démons sous les lambris fumans ,
Et fêlent leur seigneur par de longs hurlemens.
^lnr6^u €l)ant 6ccouîï.
Roux de Verrières.
D'après les informations que nous avons prises avec la dernière exactitude, tous ces Messieurs dirigent les petits séminaires, selon les statuts jésuitiques.
* Je lioniiiierui fVuyou.
M. Guyon qui s'est fait un nom européen, non pas en réfutant Voltaire , mais en le brûlant, est l'apôtre le plus actif et le plus véhément de l'ultramontanisme. Il débuta dans une ville du Midi en 1820, où il fui fort applaudi par des femmes qui n'avaient jamais compris un mot de ses sermons. C'est un petit homme qui porte iièrement une tète dén\esurée , et dont les yeux brillent de tous les feux des lîernard el des Domini(jue. La première fois qu'on renlend, on ne peut se défendre d'admirer l'étonnante volubilité de sa voix, el sa verbeuse éloeution; mais (piaiid ou l'a vu dans plusieurs villes, prèehani
toujours sur les mêmes sujets, répétant toujours les mêmes phrases , les mêmes syllogismes , les mêmes anathêmes , avec les mêmes inflexions de voix , on ne voit plus en lui qu'un orateur qui s'échauffe à froid, et qui vise au mérite de l'improvisation avec une bonne mémoire et un répertoire tout fait. C'est un acteur tragique qui feint l'exaltation, et qui est tout prêt, en rentrant dans la coulisse , à rire avec ceux qu'il vient de poignarder.
' Pour It! Dubois-Crancc de cette mission.
On sait que ce représentant du peuple fut chargé par la Convention, en 1793, de diriger les opérations du siège de Lyon.
■* Le visa d'un jésuite au brevet de Vidoc.
Vidoc , dont le nom retentit si souvent dans les affaires criminelles , est le chef des nombreuses brigades de police de la ville de Paris ; c'est le pourvoyeur des Cours d'assises.
' Le fougueux Martial , elc.
M. Martial Marcet de la Roche-Arnaud , daus sa biographie <les Jésuites Modernes , a déjà montré au public quelques tableaux hideux de vérité; il doit incessamment lui livrer toute cette galerie; on attend avec l.n plus vive iiiip;ilicnce ses Mémoires d'un jeune j'ésuilc.
*' Où, de sa propre main, l'héroupie Aldoliraïul Sur la jieau de d'Ossal fnuellail Henri-le-("iraiid
Sixlc-Quinl excommunia llcnn IV, cl le (h'clara in«-ap;ildc
d'être roi, non-seulement du royaume de Saint-Louis, mais même d'un seul arpent de terre. Ce pape appelait le brave Béarnais une génération bâtarde et détestable de la maison de Bourbon.
Aldobrandini , connu sous le nom de Clément VIII, pour ^ faire entièrement expier à ce prince son ancien crime d'hérésie , exigea que par procuration il se laissât fustiger à Rome ; les cardinaux d'Ossat et Duperron voulurent bien représenter Henri dans cette humiliante cérémonie , et recevoir les gaulades pour son compte.
' Le zélé Tonenzo.
Torrenzo , vicaire-général et inquisiteur à Valence , présidait le tribunal ecclésiastique qui a condamné à mort le malheureux RipoU, pour crime d'hérésie.
* Alors plein de ce feu qui brûlait Alexandre.
L'histoire rapporte que le pape Alexandre III , non content de la soumission de Frédéric Barberousse , empereur d'Allemagne , poussa la barbarie jusqu'à le fouler sous ses pieds, en prononçant ces paroles de l'Écriture : Super aspidem et hasilicum ambulahis , conculcabis leonem et draconem.