CHAPITRE XI
Le culte de cette divinité , qu'on devait adorer de préférence à toutes les autres dans une région naturellement insalubre et peuplée de porteurs, de laveurs et d'embaumeurs de cadavres, s'expliquait d’ailleurs par le voisinage du champ Esquilin, autrefois plein de trous dans lesquels on jetait, pour les y laisser pourrir en plein air, les corps des pauvres; ce fut longtemps la sépulture commune de cette plèbe misérable qui , après avoir vu passer sur la voie des triomphes la honte des rois et les dépouilles des nations, était jetée finalement comme une chienne morte aux cloaques de l'Esquilin. A l’entrée de ce champ lugubre, oii blanchissaient les ossements de tant de braves légionnaires qui avaient cimenté de leur sang chaque pierre de la grandeur romaine , était gravée sur un marbre la formule sépulcrale : H. H. N. S. ( hoc hcerrdes non sequitur). a ce champ n'est pas héréditaire. » Auguste, afin d'assainir celle région, la donna à Mécène'.
L'illustre descendant des rois d'Étrurie se fit construire, un peu plus loin , sur le sommet du Viminal, un immense pavillon à plusieurs étages, soutenus par des colonnes de marbre, qui semblait toucher les cieux a. Entouré do magnifiques jardins, qui ombrageaient pour ainsi dire la maison de Virgile, et allant se rattacher è ceux de Lamia, où Caligula fut brûlé la nuit, cet édifice dominait le théâtre de Flore, les thermes de Novalus, ceux d'Olympiade, le Nymphée ou fontaine d'Alexandre, l'amphithéâtre des soldats, l’hippodrome d’Aurélien, le camp du Prétoire et le Vivarium. Ces deux derniers monuments, adossés à l’enceinte de Rome, conte naient, l'un les bétes fauves du cirque et l'autre les terribles prétoriens. Le camp, bâti par Tibère et soigneusement fortifié, renfermait un temple, un arsenal, des bains, des fontaines et un forum d'où ces soldats farouches pouvaient entendre, quand ils proclamaient un empereur nouveau sur le cadavre de son prédécesseur, les rauques mugissements des lions et des tigres se mêler â leurs acclamations.
On comptait dans cette région , plus étendue que la précédente , douze greniers publics, soixante-quatorze bassins, soixante-dix maisons monumentales et trois mille huit cent cinquante Iles habitées par les pauvres.