‹ Rome ancienne et moderneChapitre 13 sur 428 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

les femmes et les enfants «les soldais se retiraient sur le mont Aventin, en face du Capitole. Plusieurs jours s'écoulèrent et se |ierdirent en vaines négociations. Les patriciens promettaient toujours, mais, immobiles sur leurs collines, le peuple et l'année accueillaii'nt avec, un égal dédain les promesses et les mimarcs que leur transmettaient les émissaires du s<inat. Vaincus it la lin par la force de cette résistance passive, et craignant que, de ces deux masses sombres comme des nuages d'où la foudre va éclater, il ne sortit la ruine de leur ordre, les patriciens cédèrent. Vulérius, T. Lartius, consulaires, et le vieux Menenius Agrippa, qui avait commandé les armées en qualité de dictateur, furent envoyés sur l' Aventin. Interrompu aux premiers mots par une clameur immense et unanime contre la dureté des patriciens, Menenius alurda la difficulté de front , et , pour prouver au peuple t|ue le maintien de l’aristocratie se liait étroitument à l'existence même de la République, il leur dit :

a A une certaine é|Kique, toutes les parties du cor|is humain n'etaient pas soumises à la même loi et régies par la même volonté. Chacune d’elles avait en propre son sentiment, sa pensée et jusqu'à son languge. Elles s'indignèrent un jour que leurs fonctions et leurs soins n'eussent d'autre objet que de satisfaire l'avidité du l'estomac, tandis que celui-ci , immobile au centre de tout ce travail , n’avait qu'à jouir des plaisirs qui lui étaient offerts. Elles formèrent donc une conspiration, par suite «le laquelle les mains ne devaiimt plus porter les aliments à la bouche, la bouche les recevoir et les dents les broyer. Or, qu'arriva-t-il 1 qu’en voulant, dans leur aveugle colère, dompter l’estomac par la faim, les membres et le corps tout entier tomltèrent dans le dépérissement , ce qui til bien voir que les fonctions de l’estomac n'étaient pas aussi inutiles qu’elles paraissaient l’être et qu'il ne contribuait pas moins à l'œuvre de la nutrition qu'il n'y participait lui-même, puisque enlin c'était lui «|ui , après avoir élaboré les aliments, faisait passer dans les veines et distribuait à toutes les parties du corps le sang qui leur donne la vie et la santé. »

L'apologue était ingénieux, mais il fallait autre chose que des paroles pour ramener le peuple à Ruine ; les patriciens, cédant à la force, consentirent donc à ce «pTon exigeait sur l’ Aventin et sur le mont Sacré : l'affranchissement di s esclaves I mur dettes, la libération complète des pauvres, et l'institution de deux tribuns, dont le veto souverain pourrait arracher le fouet des mains de l'usurier et empêcher l'exécution des sentences consulaires. Moyennant ces trois concessious, le |ieiq>le rentra dans la ville, après avoir offert un sacrifice à Jupiter le Terrible.

t 'kkatiun dus tribuns du i’wiim-k. — Il pouvait être reconnaissant et le remercier de sa victoire, car elle était pins grande qu’il ne le croyait lui-mêine. En se donnant ces deux magistrats, humbles d aliord, obscurs et pauvres comme lui, il s'était donné saus le savoir des chefs formidables, bientôt, en effet, quoique rien dans leur costume ne les distinguât de la plèlie devant les consuls |>atriciens, fastueusement vêtus de robes de pourpre; qu'ils n’eussent qu’un appariteur au Forum, quand les chcfit du sénat maiehaicnt précédés de douze licteurs aux liacbes éclatantes ; par cela seul

CONSULS PATRICIENS, TRIBUNS DU PEUPLE

qu'ils (liaient les vrais élus du peuple, les tribuns représentèrent tonie sa force et sa tumultueuse ardeur. Comme ils représentaient en même temps sa misère et qu'ils avaient le cœur plein de ses passions et de ses haines, à peine furent-ils assis au Forum, sur le banc qui leur servait de tribunal, que celte lutte du pauvre contre le riche, qui allait durer trois cent cinquante ans, éclata violemment par le vote de la loi agraire.

Loi Asastas. — Distribuer une partie de Vuger pu H i eut ou terres publiques, aux prolétaires, forcer les fermiers qui tenaient les autres à payer leurs dîmes, et en appliquer le produit b la solde des légions, voilà le triple but de cette loi célèbre. C'était un javelot à pointe d'acier décoché au séuat, dont tous les membres avaient usurpé ces terres et n’en rendaient aucun compte au trésor public. Plus habiles que leurs adversaires, les patriciens reçurent le coup sans s'émouvoir ; mais le repos des aristocraties blessées est le sommeil de la lionne. Celle du Capitole, qui avait rugi de fureur dans le sénat, choisit, pour première victime, le consul Cassius; infidèle à la cause patricienne, Spurius Cassius s'etait rangé du côté des tribuns pour faire triompher la loi agraire ; à partir de ce moment , il ne fit plus un pas sans heurter un piege ou une calomnie. Cassius n’est qu'un faux ami du peuple ; Cassius a trahi (tome en traitant avec les Hemiques et les clans latins, Cassius veut se faire roi 1 A ces accusations , murmurées à voix basse par les clients dos nobles, les tribuns s'effrayant, s'éloignèrent de Cassius ; aussi aveugle que ses tribuns, le peuple se retira du consul avec son ingratitude ordinaire : abandonné alors de ceux qu’il venait de servir, Cassius fut saisi par les patriciens, qui lui firent expier, sous les verges et la hache, ce qu’ils nommaient sa trahison.

Après avoir pri9 cette sanglante revanche sur le promoteur de la loi agraire, il restait à tuer la loi elle-même. Or, pour la fouler aux pieds et en effacer au besoin la table avec du sang , il fallait des hommes énergiques. Les Fabius , riches Sabins , transplantés depuis peu de temps à Rome, et dévoués avec fanatisme aux intérêts du sénat, furent les premiers que la noblesse jugea dignes de cetle tâche. Us la remplirent d’abord en ennemis impitoyables de la loi agraire, puis, tout à coup, par un de ces reflux d’opinion qu’expliquent seules les jalousies et les ingratitudes patriciennes, ils en devinrent les partisans les plus ardents; l’exil paya ce changement. Le sénat les envoya périr au bord du Cremère. Pour se venger de leur côté, les tribuns forcèrent le consul Mcnénius, qui avait laissé écraser les Fabius, à se laisser mourir de faim.

La lutte se poursuivait ainsi entre la démocratie et le sénat, avec un avantage égal. Si le tribun Genucius était trouvé mort dans sou lit, en 473, pour avoir osé citer les consuls à son tribunal au sujet de la loi agraire, le centurion Volero soulevait le peuple, rompait lea faisceaux des licteurs, et, arrivant au tribunal l’année suivante, obtenait que la nomination des tribuns eût lieu dans l’assemblée des tribus, où les plébéiens disposaient de la majorité, et que celle majorité eût le droit de faire des plébiscites. Pour regagner le terrain perdu, les patriciens portèrent au consulat

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