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reur Adrien , un jour qu'il se baignait avec le peuple , vit un frumentaire dont les cicatrices attestaient les campagnes, qui suppléait au strigille en se frottant vigoureusement contre le mur. Les traits du vétéran ne lui étant pas inconnus, l’empereur l'appela et lui demanda pourquoi il chargeait ainsi le marbre du soin de sa peau, a Ab I pourquoi? répondit le vieillard ; mais parce que je n’ai personne à mon service. » — « Tu auras quelqu'un , reprit l'empereur. » Le soir même il lui envoya des esclaves pour le servir, et de l’argent pour nourrir les esclaves. L’aventure fit du bruit; aussi, quand il revint au bain, Adrien trouva le mur de la piscine tapissé de vieillards qui s'efforçaient d'attirer son attention de la même manière. Il les fit tous approcher, mais au lieu d'esclaves il ne leur donna que des slrigilles, en leur apprenant, ce que l'égolsme romain n'eût jamais deviné, qu’ils n'avaient qu'à se frotter mutuellement pour se passer d’esclaves ’.
Après le bain, c’est-à-dire à 1a dixième heure, correspondant à la quatrième de notre après-midi , et tandis que les riches se faisaient épiler, masser, oindre de parfums, inonder d'huile, les frumentaires, drapés dans leur toge de laine ou la tète couverte du capuchon de cette lacerna brune dont l'utilité triompha des anathèmes de la loi, regagnaient gravement leurs Iles. La cène remplissait enfin la onzième heure, et la promenade la dernière.
Avant l'empire, et tant qu'ils avaient pu vendre leurs suffrages, l'argent des ambitieux avait été |x>ur les frumentaires une source certaine de revenu ; mais l'élection ayant perdu tout caractère sérieux, et les candidats ne payant plus, il ne resta à ces pensionnaires de la République, pour se loger et se vêtir, en dehors de leur blé mensuel , de la sportule et de l'aumône impériale , que les largesses des riches et le travail de leurs femmes. Heureusement , il était passé dans les mœurs qu’on ne pouvait ni prendre la robe virile, ni se marier, ni entrer en charge, ni dédier un mununient sans associer le peuple à sa joie. Chacune de ces grandes dates de la vie patricienne était donc suivie d'une distribution d'argent; ce qui , joint au gain, bien que modique, fait par les filles de Romulus, en filant ces laines dont on devait consommer une prodigieuse quantité , suffisait à couvrir les dépenses de ces pauvres ménages. Comme avec deux as (dix centimes) on avait une large |>ortion de pois, de porc salé, de salgama, et que l’ail, l'oignon, le poivre, l'encens, assaisonnements obligés de la cuisine des Iles , n’étaient pas chers, le frumentaire pouvait substituer de temps à autre, quelque mets énergiquement épicé, ou la |>àtc frite dans l'huile de Caton, au morceau de pain, trempé dans le vinaigre et le sel, qui faisait souvent tout son souper.
Entre la population des lies et celle des maisons monumentales, c'est-à-dire entre le peuple et l’aristocratie, s'était élevée peu à peu une classe intermédiaire que formaient les riches marchands, les affranchis, opulents de la libéralité de leurs maîtres, les orfèvres, les banquiers ou aryentarii, et les chevaliers. Ceux-ci, que nous allons retrouver au second rang dans l'ordre politique, dominaient,