CHAPITRE XII
comme hommes d'argent , dans cette classe vouée au vol et & l'usure , sous les noms de fénérateurs et de publicains. Jouant dans la société romaine le rôle que les juifs jouent dans les sociétés modernes, ils possédaient la majeure partie du capital, qui ne sortait momentanément de leurs mains que pour y rentrer avec abondance par deux larges canaux, l'usure et l'exploitation des revenus publics. Pour ce dernier genre de vol ils constituaient une association formidable, solidaire, et dirigée par un chef appelé maître et quelquefois prince de la société. L'association affermait les impôts au prix qu’il lui plaisait d'y mettre , car, donnant une part aux patriciens , elle n'avait aucune concurrence à redouter et se chargeait d'en opérer le recouvrement. Ici commençaient un arbitraire et un brigandage sans nom. L’intérét des publicains étant d'obtenir la ferme des tributs à vil prix et de lui faire rendre le plus possible, ils ne reculaient devant aucune fraude , devant aucune exaction , devant aucune barbarie. Malheur aux provinces lointaines ! Malheur surtout à celles qui empruntaient ! Une fois prises dans le carcan de fer de cette usure abominable, qui serrait avec la môme furie, quand elle les tenait à la gorge, les particuliers, les sénats des villes et les rois, elles étaient bientôt désolées, dépeuplées et dépouillées, comme l'Asie sous Sylla.
Les vingt mille talents que le vainqueur avait imposés pour rançon aux cités et aux peuples de ces malheureuses provinces avaient été avancés par les publicains : huit ans après, joignant it la somme primitive les intérêts accumulés, ils en réclamaient sept cent vingt mille ou trois milliards quatre cent cinquante-six m millions. Réunir cette masse de numéraire était impossible, et les publicains ne l'ignoraient pas, mais empêcher la libération du débiteur, en grossissant outre mesure le chiffre de la dette, était le premier article de leur code infâme. Dans cette occasion ils ne se contentèrent pas de forcer les villes à livrer leurs statues, leurs tableaux, tout ce que renfermaient les trésors publics, toutes les richesses qui décoraient leurs temples , il fallut que les citoyens donnassent leurs fils et leurs filles, qu’on vendait à l’encan , et qu'ils se vendissent eux-inémes afin d'assouvir la rapacité des publicains. Quant aux magistrats, ensevelis vivants dans des cachots et torturés avec des rafliuements de barbarie incroyables, ils enviaient le bonheur des morts et des esclaves1.
Ces excès ne révoltaient pas les Romains, et Lucullus excita plutôt la surprise que l'admiration en défendant à ces bandits d'exiger plus de douze pour cent9. En général, les proconsuls, loin de penser comme Lucullus, dnns un intérêt facile à deviner, appuyaient partout les publicains. Partout la cavalerie, composée exclusivement de leurs enfants et de leurs frères , était à leurs ordres , et elle exécutait avec une rigueur si impitoyable la consigne de l’avarice, qu’un escadron , qui, du temps de Cicéron , cernait la curie de Salamine , y tint les sénateurs assez longtemps sans manger pour en faire mourir de faim cinq des plus vénérables9.
I. MHicrs , Histoire de la décadence des merurs ehex les Boma.ns.
t. I ralas l'assassin de César, prenait 48 pour 100.