CicrruD, ad Aille. VI
MOEURS ET USAGES
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Entourés à Rome d'une armée de scribes et de tabcllaires , les publie ains occupaient les magnifiques appartements de la colonnade supérieure du Forum et des autres grands portiques, et avaient sous leurs pieds les tabernes éblouissantes de luxe des marchands de soieries et des orfèvres, et sous leurs fenêtres les tables des argentairos. Des dalles du premier portique jusqu'aux statues de bronze et d'airain qui ornaient le second, on ne voyait briller à chaque pas que lames et lingots d'or, médailles, vases ciselés, pierreries et métaux précieux : on n'entendait à chaque instant que les tintements de l'argent tombant des balances sur les bancs d’airain et le son métallique des piles de sesterces roulant au fond de l’arche.
Aux mains de cette classe maudite était la plus grande partie du numéraire de l'univers. Le reste appartenait par droit de rapine et de naissance aux maîtres des dix-sept cents maisons monumentales. Ceux-ci possédaient en outre toute la propriété. Poursuivi pendant longues années avec une habile persévérance, ce système avait abouti à un envahissement du sol tel, que dans tout l'empire romain on comptait à peine deux mille propriétaires'. Un moment Rome presque entière fut à Crassus ; du temps de Néron six patriciens se partageaient l'Afrique , et le scandale de cet accaparement de la fortune publique devint si grand que Cicéron lui-même ne put s'empêcher de dire au Forum : o Les richesses de toutes les nations se trouvent rassemblées dans un petit nombre de mains ; tous les trésors , tous les ornements précieux des villes et des campagnes d’Athènes , de Pergame , de Milet , de Satnos , de l’Achaïe , de la Grèce , de l’Asie et de la Sicile, sont dans quelques maisons patriciennes »
Toutes ces fortunes colossales , auxquelles les temps modernes n’ont rien à comparer, sortaient de la même source, le vol. Dans les premiers siècles de la République , les magistrats des pays conquis mettaient leur honneur à gouverner avec équité et à faire jouir les peuples des bienfaits d’un bon gouvernement. Alors on pouvait dire que Rome était la protectrice plutôt que la maîtresse du monde. Trois cents ans avant Jésus-Christ, Fabricius , répondant aux députés Samniles, qui, venus à sa chaumière les mains pleines d'or, admiraient cette misère si noble, leur disait, après avoir touché ses yeux, ses oreilles, ses lèvres et son estomac : «Tant que je pourrai commander à tout ceci je n’aurai pas besoin de vos présents5. « Les dictateurs quittaient la charrue pour prendre la pourpre et mangeaient dans des vases de bois, et le vainqueur de Carthage et de Numance ne laissait en mourant qu'une tasse d'argent.
Le butin rapporté d'Oricnt et les proscriptions corrompirent ces mœurs antiques. A compter de cette époque, on ne songea plus qu’à s'enrichir. Censeurs, commissaires du sénat, préteurs, consuls même, se mirent à piller le trésor et à vendre la gloire du drapeau et l'honneur de la patrie. Jusqu'à Sylla , une sorte de pudeur voilait ces actes infâmes; mais quand le proscripteur eut effacé avec du sang la
1. Non este in cjviiale duo milita bomiuuiu qui rem habereni. ( Cicéron, de Offic. lib. u, cap. 2t. )
1 Le même, t"« Venise, chap. — 3. Aalu-GeUU, noctes aille*:, lib. i, cap. 44.