CHAPITRE XII
poids jusqu'il mille deniers, ou huit cents francs In livre *. Pour les costumes distinctifs de l'ordre civil, ils se réduisaient à six principaux : la robe prétexte, la robe virile, la robe blanche, la trabée, la stola, et la palla. La robe prétexte que portaient les magistrats, les prêtres et les sénateurs, était une robe dont le bas avait pour bordure une bande de pourpre. La prétexte était le costume caractéristique de la jeunesse des deux sexes. Les enfants prenaient cette robe à douze ans , et le même jour on leur suspendait au cou, comme image de leur droit & la liberté, une boule d’or s'ils étaient patriciens ou fils de chevaliers , de cuir s'ils appartenaient à la plèbe. Les filles gardaient la prétexte jusqu’à leur mariage, les garçons la quittaient à dix-sept ans pour revêtir la robe virile. Jusqu'à ce moment l'adolescent n'avait compté pour rien dans la société romaine ; mais le jour où il prenait la rolxt virile de lin, unie et sans ornement, et dès qu’il avait déposé sa boule enfantine sur l'autel des dieux lares, il entrait dans la vie politique, son père donnait un banquet proportionné à sa fortune , à l'issue duquel le nouveau citoyen allait au Capitole , suivi de ses parents, de ses amis et de ses esclaves, remercier les dieux et leur offrir des sacrifices.
La trabée, dont on parait les statues des dieux, et que les empereurs et les augures avaient seuls le droit de revêtir, devait son nom aux lignes qui la rayaient traversalement. Il y en avait de trois sortes : une de pourpre , une blanche et rouge, et une jaune et écarlate. Quant à la stola, robe traînante, et à la palla, mante patricienne, de drap d'or ou de soie, elles n'étaient qu'à l'usage des femmes. On rangeait dans les costumes extraordinaires la toge blanche des sollicitations politiques, candida , celle des sollicitations judiciaires, sordidu , robe sale et déchirée qu'on ne mettait que pour toucher ses juges, et la palla, robe noire des grands dangers et des funérailles. Les riches se paraient, en outre, de la toge peinte et brochée d’or, de la toge à palmes, autrefois réservée aux triomphateurs, et de la triclinaria , robe courte, d'une blancheur éclatante, qu’on ne prenait qu'en se couchant à table.
Le sagum, petite tunique, juste au corps, et serrée par une ceinture de cuir; le paludamentvm, manteau de pourpre; la chlamyde, tunique grecque; et le grossier manteau de laine ( tœna ), étaient les seuls costumes militaires. Pour unique chaussure , les soldats avaient la caligc , brodequin lié à la jambe par des bandes de cuir, et la bottine à tige de métal ( ocrea ). Le peuple portait les caliges de gros cuir, appelés péron , et les sandales attachées au moyen de cordons noués avec quatre aiguillettes. Quant aux patriciens, aux chevaliers et aux plébéiens de familles riches, ils possédaient en quelque sorte le privilège d’user exclusivement des caleei , brodequins noirs ou rouges, et de chausser leurs femmes de socques et de souliers blancs. Bravant les lois somptuaires, les matrones enrichissaient ces légères chaussures d'or et de pierreries, et faisaient disparaître l’étoffe sous les perles2.
i Pline, li» ii, c. a*. - *. [Mm, c. s.
MUKUltS ET USAGES. • itl
I-es citoyens libres de Rome n’eurent longtemps d'autre coilTurc que leurs cheveux , et , si le temps était mauvais, qu’un des pans de leur robe. Pendant plusieurs siècles, ces cheveux et cette barbe, vierges du contact des ciseaux et du rasoir, leur méritèrent le surnom d'inlonsi, et ce ne fut que l’an 451 après Romains, que des barbiers amenés de Sicile par P. Licinius Mæna, portèrent la main pour la première fois sur ces attributs de l’antique liberté. Les affranchis seuls, il l’exception de quelques efféminés qu’on voyait parés d’un chapeau de luxe appelé pailiolum, et des matrones, qui avaient la mitre dorée, étaient dans l'habitude, et ou peut même dire dans l’obligation , de se couvrir la tête. Comme on la leur rasait entièrement avant de les affranchir, ce bonnet, dont on a fait depuis le symbole de la liberté, devenait indispensable.
Mais si le pilcus leur paraissait inutile , les Romains des hautes classes , en revanche, avaient de bien autres besoins que les plébéiens et les affranchis. Comme ils l’ont écrit eux-mémes, on peut dire qu’ils épuisaient, dans le cercle de leur vie intime , tous les raffinements et toutes les élégances du goût.
Voyons d'abord , comme nous l'avons fait pour le frumentaire, l'emploi de la journée du riche ; mais avant, un mot sur cette classe d’infortunés que nous n'avons pu, comme la loi romaine, nous résoudre à assimiler aux meubles, a Vous savez, disait Athénée, quelle immense quantité d’esclaves les Romains ont possédée: beaucoup en ont eu jusqu’à dix mille, vingt mille, et même davantage '. a Ne parlons ici que de ceux dont un riche ne pouvait se passer. Il y avait d’abord les esclaves intendants, servi adores; ceux pour tout faire, ad manum; ceux qui gardaient la première porte, ad limina; les introducteurs, admissionates; ceux qui étaient attachés au jardin, adscripli; les attachés du vestiaire, ad vestein; les gardiens du triclinium d’hiver, analectœ; des volières, galliiiarii ; du cellier, celtarii; de l’atrium, alrienses ; les oiseliers, aucupes; les baigneurs, balneatorcs ; les coiffeurs, cinerarii; ceux qui précédaient le patron dans la ville, anteambulonrs ; ceux qui l’escortaient à pied, peilisequi; enfin les silenliarii, qui commandaient le silence aux autres esclaves.
Il y avait encore les éphéméridiens, chargés de consulter le calendrier et d’avertir le maître du jour des calendes, des nooes et des ides; les épistolaires, secrétaires intimes; les pédagogues , maîtres des enfants; les libraires, copistes des livres; les médeens, les nomenclateurs , qui disaient au maître les noms de ceux dont il recherchait les suffrages ou qu’il rencontrait en chemin.
A ceux-ci se joignaient en outre les porteurs de bonjour, saluligeri, qui allaient saluer tous les matins les amis de leurs maîtres; les promuscunili , ordonnateurs du repas; les slructcurs, qui rangeaient les plats sur la table; les pocillutores ou échansons; les scissores, découpeurs ; les vocalorrs, qui portaient les invitations; et une multitude d’autres remplissant divers offices, sans parler des esclaves mâles