CHAPITRE XII
et femelles spécialement attachés au service de la matrone, et des esclaves ouvriers qui exerçaient dans la ville des métiers au profit du mallre, ou travaillaient enchaînés dans l'ergastulum.
Tous ces malheureux ne vivaient, ne souffraient, ne mouraient dans les fers que pour rendre la vie d'un seul homme plus somptueuse et plus douce. Les douleurs de l'esclave et les délices du mallre commençaient au jour. Pendant que le premier, sous le fouet de l'ergaslulaire , arrosait sa (fiche de sueurs et quelquefois de larmes , le second s'éveillait lentement aux cris de l'hirondelle : ébloui par les clartés matinales, il faisait claquer ses doigts, et voyait fi ce signal accourir le cubiculaire ( ou valet de chambre ): debout , esclave! du lin, ses sandales, une toge, qu'il se lève ; de l'eau pure pour sa tête et ses mains , qu'il s’habille. Le patricien riche, quand il était jeune surtout , déployait dans sa toilette les mêmes délicatesses et la même coquetterie que la matrone; il se lavait longuement avec des eaux de senteur, livrait sa jambe et ses bras fi l'épileur, ses cheveux au fer du cinerarius , et ne prenait sa robe qu'après s’être inondé de parfums.
Debout devant le grand miroir d'argent orné de pierreries qui réfléchissait son image de la tête aux pieds , il s’étudiait ensuite fi mettre élégamment sa toge. La draper avec grfice et en bien dessiner les plis était une sérieuse affaire. L’orateur Hortensius , célèbre par son habileté en ce genre , intenta un jour une action contre un de ses confrères qui , en le froissant dans une foule , avait dérangé un des plis de sa robe'. La toilette finie, le patricien brûlait de l'encens, faisait une libation en l’honneur des dieux, et après avoir envoyé le vocator porter des invitations fi ses amis, il ordonnait d’admettre les visiteurs et les clients. Introduits par les esclaves admisiionalet , ceux-ci se précipitaient aussitôt dans l'atrium. Le patron embrassait ses égaux, saluait par leur nom ses principaux clients, et donnait sa main fi baiser aux autres ; puis il montait dans sa litière, et, parcourant les actes diurnaux, allait déployer son influence au sénat, au barreau ou au Forum.
Pendant ce temps l’eunuque ou la flabellifera , esclave chargée d’agiter l'éventail auprès du lit, éveillait la matrone. Elle se levait et voyait aussitôt accourir un essaim de marchands d'étoffes, de rubans et de cosmétiques *. Ces artisans de luxe cédaient ensuite la place aux cinijlones, aux cinsrarit, aux calamitlri, qui apportaient la poudre et les fers pour teindre et friser les cheveux, et aux omatrices, dont la main habile en construisait l'élégant édifice. La manière de les arranger variait avec les caprices de la mode. Tantôt ils devaient tomber en deux tresses sur