CHAPITRE XII
pour remercier la protectrice des femmes en couches. Neuf jours plus lard, s'il citait né un garçon, huit jours après si c’était une fille, on célébrait la lustration. Les sages-femmes se purifiaient d’abord en lavant leurs mains; cl, prenant l'enfant entre leurs bras, elles faisaient trois fois le tour du foyer : on jetait ensuite quelques gouttes d’eau sur le berceau ; puis une guirlande d’olivier suspendue & la porte de l'Ile annonçait aux passants que la République comptait un citoyen de plus : en y voyant flotter un échevau de laine, chacun savait qu’il venait de naître une fille.
Les patriciens entraient dans la vie de la même manière, mais avec plus de pompe. Déposé sur un magnifique tapis de Babylone, l’enfant noble touchait à peine la soie et la pourpre, qu’il était relevé par l’ordre du père ivre de joie d'avoir un héritier de son nom et de ses richesses. On accueillait toujours la naissance d'un fils ou d'une fille avec transport dans les maisons monumentales : aux robes de deuil succédaient à l’instant les robes blanches; des guirlandes de laurier et de fleurs nouées avec des bandelettes de pourpre, décoraient la porte; une table richement servie témoignait dans les temples de la joie du père, et ils étaient bien rares, malgré la dépravation des mœurs et la vie sans frein des hautes classes, les patriciens qui répondaient comme Domitius Ænobarbus, quand on vint lui demander s’il fallait relever Néron : a Relevez-le ! quoique je ne sache pas trop ce qui a pu naître d’un homme tel que moi et d'Agrippine ! a
Le jour lustral n’était pas consacré par des mains mercenaires. La vieille tante ou la grand’mère tirait l’enfant noble de son berceau doré : mouillant de salive 1 le doigt du milieu, elle lui purifiait le front et les lèvres en s’étudiant à échapper à des yeux malfaisants. Puis elle battait des mains et formait les vœux les plus insensés : a Que cet enfant, espoir si fragile, ait, disait-elle, les vastes domaines de Lucullus, et de Crassus les riches palais! que les grands recherchent son alliance ! que les femmes le trouvent plus beau qu’Apolton ! que les violettes de Tibur et les roses de Pæstum fleurissent sous ses pasl Exauce-moi, ô Jupiter, car j'ai pris une robe blanche pour te rendre plus favorable I »
Un grand festin, destiné aux parents qui venaient féliciter la mère et aux amis qui lui apportaient des présents, terminait le jour lustral. Placés dès lors aux deux bouts opposés de l'échelle sociale, taudis que l'enfant noble montait , l'enfant plébéien descendait toujours : l'un puisait à peine la vie au sein maigre et tari de sa mère; l’autre, nourri par une fraîche et robuste nourrice d’Apulie, llorissait de santé. Servi avec respect plutôt qu'instruit par le pédagogue, lorsqu'il avait douze ans il prenait la robe prétexte et la boule d'or. A vingt-un ans il livrait sa barbe au tondeur , et renfermant ce léger duvet dans une ampoule de cristal ou de myrrhe, allait solennellement l'offrir aux dieux. Nubile après ce sacrifice , il se mariait au même âge que le plébéien , mais les deux mariages ne se ressemblaient guère.
Le frumentaire, qui ne possédait rien que la certitude d'être nourri aux dépens
<. lubmi difitoet lusinlibo* ante sali vit... ( Peese , Soi. S. )
Digittéed by
MOEUIIS ET USAGES
de l'État, en sa qualité de quirite, se contentait de fiancer sa femme à la première heure du jour, de lui donner un anneau de fer, et de l'épouser par coemption , c’est-à-dire en lui faisant acheter jiour trois as, ou 15 centimes, son époux, les dieux pénates qu’il possédait et l’entrée de sa maison. On séparait ensuite ses cheveux sur son front avec la pointe de la lance, en mémoire de l’enlèvement des Sabines, car dans celte République essentiellement militaire, la lance, image de la guerre, présidait à tout : à la justice, à la religion, aux mariages'. Un Flamine, après avoir offert aux Lares du lait et du vin mêlés, présentait un gâteau de froment à la fiancée et au jeune époux , joignait leurs mains en exhortant ce dernier à être l'ami, le tuteur, le père, le Caius de sa Caia, et ils étaient unis. Ramenée à la lueur de quelques flambeaux à la maison conjugale, elle trouvait sur le seuil de la porte, soigneusement frotté de graisse de porc et de loup, pour conjurer les maléfices, un enfant qui lui tendait une torche de pin embrasée et de l’eau, et ses compagnes l’enlevaient dans leurs bras de peur qu'elle ne heurt&t du pied ce seuil funeste. L'époux jetait ensuite des noix aux enfants; et si le patron avait envoyé des sportules de pain et de viande, un repas le soir et une collation le lendemain couronnaient la fêle.
Les mariages patriciens étaient , en revanche , l'occasion de dépenses effrénées , et le prétexte d'un immense déploiement de luxe. D'abord, comme d’après l'ancienne loi de Numa, que nulle disposition contraire n'avait abrogée, le mariage usuel, qui consistait dans le séjour continu d'une année au domicile conjugal, était assimilé au concubinage, et imposait à la femme l'obligation de sacrifier, les cheveux épars , une brebis à Junon , si elle venait à toucher son autel 3, les patriciens ne contractaient pas généralement le mariage d'usage, mais celui appelé par confarréation. La confarréalion, ce qui n’était pas indifférent dans des unions dont for formait souvent le lien le plus puissant, rendait la femme commune en biens avec son époux , apte à succéder au même titre que les enfants, et lui donnait le droit de pratiquer les rites du culte particulier de la famille. Le contrat écrit sur un rouleau de papyrus et livré à l'époux, celui-ci envoyait aussitôt son présent de noces. Ce présent était apporté à la jeune maltresse (domina), dans une élégante corbeille au grillage d'or ; mais le plus ordinairement il consistait dans un coffre de toilette dont la forme , le travail et la richesse étaient faits pour flatter les yeux et le goût de la patricienne.
Sur les trois côtés principaux du couvercle étaient sculptés de gracieux souvenirs de la mythologie païenne : le premier montrait Vénus glissant sur fonde au milieu des Tritons, dont l'un, tenant d’une main sa rame et de l'autre un miroir ovale dans lequel se regardait Vénus, précédait la déesse. Sur la seconde face l'artiste avait représenté l'entrée de la femme sous le toit conjugal. La jeune mariée apparaissait entre deux de ses compagnes, dont la plus petite jouait du tambourin ; à gauche