‹ Rome ancienne et moderneChapitre 148 sur 428 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

était une femme suivie d’enfants qui portaient la clé d’usage et des coffrets. Le troisième côté offrait le sujet le plus intéressant. Assise sur un magnifique fauteuil garni de chaînes d'or et de bossettes, et entourée de sept esclaves, la mariée tenait d’une main la botte des bijoux et de l’autre elle assouplissait une tresse de sa chevelure. Une esclave lui tendait le miroir d’argent, une autre la botte de fard, une troisième le nartbécie ou coffret de parfums , une autre le bassin d’albàire , la cinquième les bagues; les deux dernières portaient les flambeaux. Une inscription concise souhaitait longue vie aux époux'.

Après avoir confié ce présent à l’esclave favorite et s'être assurée qu’on n’avait oublié ni la bandelette blanche, ni celle bleu de ciel , ni les branches vertes pour le sacrifice, la jeune mariée se hâtait de prendre le cothurne jaune, la ceinture de laine et le voile de pourpre, car déjà les doux sons de la flûte annonçaient l’arrivée du cortège nuptial. Les enfants, les femmes, les clients et le peuple poussaient des acclamations, et l’on passait dans le tacrarium, où le mariage était consacré devant dix témoins, selon le rite ordinaire. Après la cérémonie, on conduisait triomphalement les époux à leur demeure : des guirlandes de fleurs et de lauriers entrelacés de festons en décoraient le premier seuil ; partout brillaient des flamlicaux , et devant Y atrium s'élevait un lit couvert de draperies brochées d'or et orné de rideaux de pourpre. La mariée entrait la première, la rougeur au front et ses longs cheveux épars, sous le flammeum; elle portail une simple tunique blauclie. S'asseyant sur le lit, aux applaudissements des jeunes gens et des matrones, elle attendait son époux qui devait venir du côté opposé : d’ordinaire il était vêtu d'une tunique de soie , sur laquelle flottait la chlamyde brochée d'or où l'aiguille avait dessiné de gracieux méandres écarlates. Le visage rayonnant de joie, il contemplait un moment sa jeune épouse, et se plaçait à sa gauche eu lui tenant la main.

Des esclaves en tunique apportaient alors les présents, qu’ils déposaient tour à tour aux pieds de la mariée. C’était un manteau de drap d'or, un siège d'ivoire , un voile encadré d’une bordure jaune, de feuilles d'acanthe, une de ces tables d'argent dont les pieds finement sculptés imitaient ceux du cerf ou des chevreaux, un collier de perles et deux couronnes, l’une d'or, l'autre de pierreries. Ils amenaient ensuite l'esclave mère de deux enfants, et deux couples d’autres esclaves des deux sexes dans la fleur de la jeunesse , dont les cheveux étaient coupés et qui portaient un carcan d’or. Le dernier présent consistait dans cet arsenal de toilette iudis|>ensable à la matrone. C’était d’abord le petit coffret de voyage en argent ; les neuf Muses ciselées sur ses faces en disaient la destination : il devait renfermer les vers du Catulle à la mode, les comédies de Ménandre, si aimées des femmes, les œuvres d'Ovide ou le roman en vogue, tel que les Fables milésiennes. Mais cette destination était souvent changée, grâce au caprice des jeunes cl légères matrones, plus éprises de leur beauté que de la littérature ; et il n'était pas rare de trouver les cinq trous percés

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MŒURS ET USAGES

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dans la plaque de mêlai pour recevoir les manuscrits, occupés par des pois de rouge, de blanc ou de surnié *.

Les esclaves s’étant retirés, deux amis entonnaient l'épithalaine : a Venus, disait-on ordinairement dans ces poèmes, Vénus dormait la tète mollement appuyée sur son bras. Les violettes commençaient à se flétrir et le calice des fleurs à s'affaisser pendant son sommeil. Le seul et le plus beau de ses enfants était loin d’elle; l'Amour préparait dans la Gaule une fête illustre et chère. Mais le jour nuptial vient d’éclore; il revoie auprès de sa mère, et lui ouvre doucement les yeux du bout de son aile dorée. Elle s’éveille en souriant, et il s'écrie transporté de joie : Réjouissez-vous , ma mère , je viens de remporter une grande victoire : ce superbe époux brûle de nos feux, il a maintenant notre doux poison dans son coeur. — Mon flls , lui répond Vénus, je suis flère de ton triomphe , la gloire et les vertus de l'époux en augmentent encore l’éclat , mais sa belle vierge ne lui cède en rien. Hercule aurait bravé |>our elle les flammes de la Chimère ; et si le pasteur de l’Ida avait eu à choisir entre elle et moi , je crains bien qu'il ne lui eût douné la pomme. Jamais plus beaux cheveux noirs ne sont tombés sur un cou plus blanc, jamais plus riante lumière n’a brillé sous des paupières mortelles ; unis-les donc , mon lils, tu ne pouvais consacrer un hyménée mieux assorti2. » Tel était le mariage patricien.

Au lieu de cesser où tout finit pour l’homme, la vanité séparait encore les Romains après la mort. Le cadavre du pauvre ou du plébéien , lavé simplement en famille, était porté sans pompe par quatre vespillones (croquemorts) dans les puits du champ Esquilin, ou enseveli le long des voies publiques. Pour les patriciens seuls étaient réservés le luxe des grandes funérailles et l'orgueil qu'on grave sur la porte du néant. Dès que le fils d’un patricien, en pressant de ses lèvres celles du mourant , avait recueilli le dernier soupir de son père et lui avait fermé les yeux, tous les assistants s'écriaient en chœur : « Il a vécu I... » Et le cadavre était déposé i terre. C'est là que le trouvaient les esclaves du libit inaire, entrepreneur des pompes funèbres. Ces hommes , qu'on appelait pollincïeurs , lavaient le mort , l'embaumaient avec soin, et couvraient son visage d'uue pâte colorée, dite pollen, d'où leur venait le nom sous lequel ils étaient connus et lui mettaient une loge blanche. Les usturii plantaient ensuite un cyprès devant la maison2, tendaient de noir les murs de l'atrium , dressaient un lit funèbre, et y plaçaient le cadavre les pieds tournés vers la porte. Le crieur du libitinaire parcourait les rues pendant ce temps, proclamant la mort du défunt et le jour des obsèques, en invitant le peuple à s'y rendre.

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