CHAPITRE II
un chien, un singe et des serpents, et traîné jusqu'au bord de l’eau par des bœufs noirs, il sera précipité dans le Tibre.
Le peuple élira des questeurs pour connaître des causes capitales. Ils pourront punir de mort :
Ceux qui tiennent des assemblées nocturnes;
Les traîtres à la patrie ;
Les faux témoins;
Et les faux frères qui livrent un citoyen à l'ennemi, a
Des vivants, les décemvirs passaient aux morts : leurs courtes prescriptions reflètent la funèbre lueur des bûchers.
« N'inhumez ni ne brûlez aucun cadavre dans la ville.
Point de dépenses dans les obsèques, point de lamentations dans le deuil : et qu'on se garde de tailler le bois du bûcher.
Défense aux femmes de pousser des cris immodérés et de se déchirer le visage.
Ne coupez aucun membre au cadavre, et ne recueillez point ses os parmi les cendres pour lui faire ailleurs une autre pompe funèbre : mais si un citoyen est mort à la guerre ou chez l’étranger, il sera permis d’en détacher un membre ou quelque ossement pour les rapporter dans sa patrie , et les déposer dans le tombeau de ses Itères.
II est interdit de dresser plus d'un lit pour un cadavre ;
De mettre de l'or dans un tombeau , à moins qu’il ne serve à attacher les dents du défunt ;
Et d’envahir sous quelque prétexte et à quelque époque que ce soit le terrain où donnent les morts. »
Satisfaclion était donnée ensuite au peuple dans les neuvième et onzième tables :
a A ’ei endorocandod. Preivileciad. Qu'il n'y ait point de privilèges, disaient les décemvirs dans leur latin barbare.
Qu'au peuple seul appartienne le droit de décider, dans les comices centuriales, de la vie, de la liberté, du droit de cité et du droit de famille d’un citoyen.
Que les affaires importantes ne soient réglées que par ses suffrages. »
Mais l'orgueil patricien ne semblait fléchir dans ces articles devant l’impérieuse nécessité des temps, que pour se relever de toute sa hauteur, en défendant dédaigneusement à ce peuple dont on semblait proclamer la souveraineté, de mêler son sang à celui de l'aristocratie. Rien ne prouvait mieux que cette interdiction des mariages entre les familles patriciennes et plébéiennes, combien les deux parties étaient loin d’une paix sincère, et avec quelle violence la lutte allait recommencer au premier choc. Il régnait une telle irritation de part et d’autre, que le moindre prétexte allait suffire.
VmcisiE. — Qu’on juge donc de la tempête qui éclata dans le Forum lorsqu'on y vit apparaître la jeune Virginia vêtue de noir et toute en larmes entre le brave centurion Virginius, son père, et le tribun Scilius son fiancé. Ceux-ci, demandant jus-
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CONSULS PATRICIENS, TRIBUNS DU PEUPLE. 31
lice an peuple à grands cris , lui apprenaient en frémissant que le plus abhorré des patriciens, le plus tyrannique , le plus altier et le plus odieux des décemvirs, Appius Claudius, n’ayant pu séduire la fille du centurion, la faisait réclamer comme escla\e par un client pour la déshonorer. En un clin d'œil la foule fut immense. Pas un citoyen du Palatin et des Garnies qui ne vint là prêt à défendre la pureté du foyer domestique, pas une mère qui n’accourût jeter sa malédiction au décemvir. Mais lui, calme et fier sur son tribunal , autour duquel étincelaient les haches de ses cent vingt licteurs, semblait, par son impassibilité, comme la personnification de cette race patricienne aussi froide et aussi dure que la lave du mont d’Hercule quand les flots de la plèlic remuaient à ses pieds.
Dans la jeune fille vêtue de noir et tendant vers les pères de ses compagnes des mains suppliantes pour sauver son honneur, ne voyait-on pas au contraire lu jeune
liberté de Rome menacée du dernier des outrages et qui appelait au secoursï
Pauvre Virginia ! elle avait inutilement orné le matin l'autel de Vesta d’une couronne de violettes. Deux fois, avant de passer le seuil de la maison, elle avait imploré les dieux protecteurs de la famille. Vesta, les lares, le peuple, tout l’abandonnait ; il ne lui resta que son père, qui, aimant mieux la garder morte que de la garder déshonorée, au moment où l’infàme Appius rendait sa sentence, lui plongea un couteau de boucher dans le cœur. Ge couteau tua les décemvirs. En le voyant teint du sang de la jeune vierge, les légions qui étaient campées au pied de l’Algide levèrent leurs lentes et les portèrent sur le mont Sacré.
Lr peuple au mort Sacré. — Tout le peuple , les femmes en tète, sortit aussitôt de Home , et fit en courant les trois milles qui séparent l’Avcntin de la Montagne Sainte |>onr rejoindre les légions. Pendant quelques jours le divorce de l'aristocratie et du peuple fut complet. L’une hésitant à faire le premier pas, et seule dans Rome déserte, regardant avec terreur, du haut du Capitole, ces feux du mont Sacré prêts à la dévorer; l’autre, nourri par la campagne qu’il allait déifier, dans sa reconnaissance, en l’appelant Anna bovilis, la bonne vieille aux cheveux blanchis et aux gâteaux fumants, et attendant que les consulaires vinssent le chercher comme l'autre fois. Il n'uttendit pas longtemps ! Valérius et Horatius, deux patriciens aimés de la foule, se présentèrent le surlendemain avec l’abdication des décemvirs et les pleins pouvoirs du sénat. Le peuple avait vaincu. En descendant du mont Sacré il |hhiv ait monter au Capitole : les patriciens lui accordaient le rétablissement du trlbun.it, la révocation de la loi qui prohiluut les mariages entre les deux ordres, et le partage du consulat. Ainsi, l’aristocratie glissait dans le sang de Virginia , comme soixante-deux ans auparavant, la royauté avait glissé dans celui de Lucrèce.
Le péril du dedans conjuré , il fallut songer à l’ennemi du dehors. Le plus dangereux était au midi, c'est là que les légions marchèrent d'abord. Dans la double chaîne formée par les monts Albancs, Algides et l.épini, qui encadrent au nord et à l’est le bassin des marais Pontins en élevant sur le premier plan , au-devant de s Apennins dont ou aperçoit les pointes bleues dans le lointain, leurs cimes vol-