CHAPITRE II
caniqurs el leurs blanches dentelures calcaires, vivaient les tribus aguerries des Éques et des Volsques. De leurs remparts de Velletii, des marais de Cisterna, des roches jaunâtres de Cori, de la forêt vierge d’Autium , sortaient périodiquement des essaims de pillards qui venaient bourdonner jusqu’aux portes de Rome. Pendant vingt ans les légions ne furent occupées qu'à les repousser dans leurs montagnes , et quand elles avaient nettoyé la rive gauche du Tibre , qu’à voler sur la rive droite pour arrêter les peuplades de Capène et de Faleme qui se précipitaient comme des torrents, des [ventes du Cimino et du Soracte.
Siège de Véies. — Malheureusement, jamais les rencontres avec l’ennemi n'amenaient de résultat décisif. Il y avait en face de Rome une ville au moins aussi forte et lieauconp plus ancienne , qui devenait le boulevard des étrusques et des I-atins toutes les fois qu'ils étaient battus ; Véies était donc une rivale qu'il fallait abattis! à tout prix ; aussi , en 40j, le sénat en fit commencer le siège par deux armées. Mais située sur la cime d'un coteau isolé, abruplemeut séparé de la plaine par deux ruisseaux qui, en se réunissant sous le massif, prenaient le nom de Cremera, entouré des ravins dont les coupures formaient d’immenses fossés naturels, et en outre de forts remparts construits en blocs de lave, à la manière étrusque, Véies était si facile à défendre que le siège dura dix ans, tout autant que celui de Troie. Le sénat , qui déploya dans cette entreprise toute la constance et la force de volonté qu’on verra éclater désormais dans sa politique , atteignit enfin son but , grâce à l’adresse de Camillus. Il s'agissait d'abord de relever le moral des légions découragées par cette longue résistance : l'habile dictateur y réussit en employant h- prestige du merveilleux. Un oracle promettant que Véies succomberait le jour où les eaux du lac d’Albano, qu’une ente extraordinaire avait fait déborder, reprendraient leur niveau, fut annoncé solennellement aux soldats.
On ne pouvait humainement l’accomplir qu’en perçant un souterrain de demilieue de longueur sous une montagne qui a cent vingt mètres de hauteur perpendiculaire au-dessus du lac. Cette œuvre herculéenne ne coûta qu’une année de travail aux Romains. Les ayant ainsi formés à l'art du mineur, Camillus leur montra la roche tendre sur laquelle était assise Véies, et s’ouvrir un chemin dans celte substance poreuse ne fut plus qu’un jeu pour les hommes qui avaient creusé le rude et colossal souterrain d'Albano. Ils pénétrèrent dans la ville en soulevant les dalles du temple de .limon et n’y laissèrent que les murs. Tout ce qui échappa au fer du soldat fut emmené en esclavage, et le butin transporté à Rome. Camillus. pour couvrir d’une sorte de consécration religieuse les spoliations de la victoire, fit précéder la longue file de chars qui traînaient à Rome les dépouilles des Véiens par la statue de Junon, que portaient avec respect les plus beaux et les plus jeunes des vélites, couronnés de lauriers et vêtus de robes blanches.
A prés une telle conquête, l’heureux dictateur avait droit de compter sur la reconnaissance de ses concitoyens. On le frappa d'une amende de quinze mille as pour avoir triomphé avec quatre chevaux blancs. Indigné, avec juste raison, de cette
CONSULS PATRICIENS, TRIBUNS DU PEUPLE. 33
ingratitude , Camillus préféra l'exil à l'opprobre d’une condamnation ; mais avant de passer la porte Ardéatine, se tournant vers le Capitole :
« 0 Némésis! déesse des vengeances, je t'implore, dit-il; si tu me vois injustement chassé par la violence et l’envie de mes concitoyens, fais qu’ils s'en repentent un jour et qu’ils regrettent l'exilé ! » Il faut se reporter à ces époques de crédulité naïve et d’enfance morale oit les hommes le plus énergiquement trempés, les plus indifférents au péril des champs de bataille, tremblaient devant un poulet sacré, pour se figurer l’effet que produisit h Rome l’imprécation de Camillus. On s’attendit aux plus grandes calamités. Comme l'éclair avant l’orage , un signe funeste , la mort du censeur les annonça bientôt, line terreur vague glaçait les esprits, lorsqu'un plébéien vint tout pille révéler aux tribuns militaires que, marchant seul la nuit dans la rue neuve, il avait entendu quelqu'un qui l'appelait à haute voix. « Je me tournai, ajouta-t-il avec émotion, mais sans voir personne; seulement, j’enlendis une grande voix qui disait :
a Marcus Céditius, cours au point du jour dire à nos tribuns militaires que voici les Gaulois!... »
Invasion dbs G*c lois. — Ils arrivaient en etTet. Trop pressés dans la haute Italie , où la race gallique était établie depuis deux siècles , et ne trouvant plus de butin sur la céte de l’Adriatique , trente mille Sénons venaient de franchir subitement l'Apennin pour demander des terres aux Étrusques. Os s'adressèrent d’abord aux habitants de Clusium, qui les accueillirent à coups de flèches et envoyèrent en toule hAte implorer du secours à Rome. Mal inspiré cette fois par l'orgueil, le sénat fit partir sur-le-champ pour Clusium trois jeunes patriciens de la famille Fabia. C’était la plus altière de Rome. Aussi, à peine furent-ils au milieu des tentes gauloises, sous lesquelles ils ne trouvaient pourtant que visages amis , qu'interpellant le chef avec arrogance , ils lui demandèrent quel mal avaient fait les Clusiens aux Gaulois pour assiéger ainsi leur ville?...
o Le mal qu’ils nous font, répondit en riant le Brenn sénonnais, c'est de posséder plus de terres que n’en peuvent labourer leurs charrues et de nous refuser celles qu’ils ne cultivent pas, à nous qui sommes étrangers, nombreux et pauvres. Nous avons, en les attaquant , le même droit que vos pères portaient au bout de leurs glaives quand ils dépouillaient autrefois les Albains, les Fidénates et ceux d’Ardée, et que vous proclamiez hier sur les ruines de Véies et de Capenna. Quel mal vous ont fait les hommes de Faleries et de Préneste?... Parce qu’ils refusent de partager avec les Romains leur or et leurs troupeaux, vous ravagez leurs terres, vous pillez et ruinez leurs villes, vous les réduisez en esclavage, et tout cela est bien, car vous ne faites que suivre la plus ancienne et la plus sainte de toutes les lois, qui ordonne au plus faible d'obéir au plus fort. Mais cessez de montrer tant de pitié du peuple que nous assiégeons, de peur que nous n’en montrions à notre tour pour les peuples que vous opprimez. »
A ccs fières paroles, les ambassadeurs , emportés par la colère, oublièrent leur
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