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CHAPITRE XIV

INSTITUTIONS CIVILES

Aristocratie. — Démentie. — CoMillolloo de Rome. — Les trois Ordres. — Le Sénat. — Les Chevaliers. — Le Peuple. — Lune au Forum. — Grandes Familles patriciennes et illustres Familles plébéiennes. — Les Comices — Magistratures de U République — Pouvoir impérial. — Pouvoir de l’armée.

Les évolutions politiques de l'humanité sont partout et toujours les mêmes. Un peuple se forme et obéit d’abord à un chef : emporté par le vertige du pouvoir, ce chef devient injuste et tyrannique; alors les plus braves et les plus fiers de ses compagnons s'unissent contre lui et le chassent. Reconnaissant de ce service , le peuple les met à sa tête, mais il ne tarde pas à voir, tant l'ivresse de l'autorité est mauvaise, qu'il n'a fait que changer de fers. Il brise donc le joug des nouveaux maîtres et se gouverne seul. Pendant quelque temps ce gouvernement est le meilleur, tout éclAt et prospère au soleil de la liberté : puis, comme malheureusement rien ne résiste au temps sur la terre , par l'indifférence ou la corruption du grand nombre et l'ambition de quelques-uns, on finit par retomber sous l’épée de la tyrannie.

Telle est la révolution des États, tel est l'ordre dans lequel une main invisible change la forme de gouvernement d’un peuple et le ramène au point de départ. Rome ne pouvait échapper à cette loi. En parcourant le cercle fatal et immuable jusqu'ici elle passa, dans l'espace de huit siècles, par la monarchie avec ses rois, par l'oligarchie avec son sénat, par la démocratie avec ses tribuns , pour en revenir au despotisme primitif avec ses empereurs. Quatre grandes haltes coupèrent

INSTITUTIONS CIVILES

seules ce voyage de huit cents ans, divisant l'histoire des institutions de Rome ancienne en quatre périodes bien tranchées, l'une, qui va de la fondation de la ville à 2 il, l'autre, comprise entre cette date et la promulgation des lois Liciniennes en 377 , la troisième , que limite en 633 la mort de Caius Gracchus , et la quatrième qui commence à la dictature des guerres civiles et ne prend fin qu'avec l’empire.

Pendant la première période, le gouvernement de Rome était une monarchie tempérée, selon Denys d'Halicarnasse, par les traditions des démocraties grecques. Romulus, dit ce vieil historien , ayant partagé son peuple en trois tribus et en trente curies, traça la première ligne de démarcation entre les patriciens et les plébéiens , à l'exemple d’Athènes , établit le patronage à l’imitation des Thessaliens , choisit un conseil de cent chefs modelé sur ceux de la Grèce , qu'il appela sénat , et forma une garde de trois cents cavaliers , semblable à celle de Lacédémone. Tacite affirme au contraire que le pouvoir des rois n’avait d'autres limites que leur bon plaisir1, et le commentateur du Digeste, qu’ils possédaient une autorité absolue, despotique, arbitraire et sans appel’; de son côté, la science moderne prétend qu'une Rome étrusque , Ruma, dont l’origine flotte dans la vapeur mystérieuse des temps, a précédé celle de Romulus. Selon quelques érudits, tous les éléments do la constitution romaine, un chef, un patriciat et des prolétaires-soldats, existaient dans cette ville mère longtemps avant que le fils de la Vestale n’y transportât ses compagnons.

Si cette opinion était vraie, elle expliquerait les agitations de la première période. De l'établissement des rois, en effet , jusqu'à leur expulsion , le chef unique ne fut occupé qu’à lutter contre les pères des familles ( gentes ) acharnés à lui disputer le pouvoir. Où la ruse échouait ils ne craignaient pas d'employer la violence , et la lutte était si ardente que sur sept rois les pères des familles en massacrèrent quatre et jetèrent le dernier à l’exil. La question de savoir qui aurait l’autorité était • donc posée entre le chef de la ville entière et les chefs des curies : ceux-ci voulaient que le peuple leur obéit; mais ils ne voulaient pas obéir à un maître ou plutôt ils aspiraient tous à commander successivement. Grâce à l'attentat du fils de Tarquin , ils purent atteindre le but qu'ils poursuivaient depuis si longtemps. Déjà maîtres de la majorité légale , puisque sur les cent quatre-vingt-treize centuries que formait le peuple romain ils en avaient quatrc-vingtrdix-buit, ils recueillirent, par l'habileté de Urutus , tout le pouvoir des rois qu’on chassait. Dans cette circonstance comme toujours le peuple fut victime de son ignorance. Le patricien Brutus exaltait ses passions en brandissant le poignard teint du sang de Lucrèce; il réveillait adroitement la haine de la tyrannie qui dort dans le coeur du plus indifférent et du plus lâche , et tandis qu’il lui faisait jurer haine à la royauté, c'est-à-dire au despotisme d'un seul , il livrait ce peuple pour cinq cents ans pieds et poings liés au despotisme de trois cents familles.

4. Nabis Romulus sd libilam imper Materai. (TaciTt, .Int. lit, 27.)

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