‹ Rome ancienne et moderneChapitre 182 sur 428 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Moenienno, et la voix lugubre de leur crieur proclamait en même temps le crime et le châtiment du criminel. Les hommes libres condamnés au dernier supplice étaient battus de verges et décapités, et les esclaves mis en croix

La nomination des magistrats extraordinaires, qui furent : l’interroi, créé afin de donner le temps légal d'élire des consuls, et dont le pouvoir ne s'étendait pas au delà de cinq jours; le dictateur, le maitre de la cavalerie, les tribuns militaires, les préfets de Rome, de l’annonc, des vigiles, du trésor, du prétoire; les triumvirs des édifices sacrés, sénatoriaux, navals, inspecteurs des cohortes; les quinquevirs des finances, de la réparation des tours, et les décemvirs du donativum, ou bienvenue payée aux prétoriens, appartint exclusivement, sous la République, au sénat, et depuis, aux empereurs. Ce ne fut pas la plus grande usurpation de ces derniers.

Auguste, tout en conservant l’action des comices, l’avait habilement amoindrie. Tibère les supprima, o Alors, dit Tacite, pour la première fois les comices furent transportés du Champ-de-Mars au sénat; car, jusqu'à ce jour, bien que les plus importantes de ces élections fussent à la disposition du prince, quelques-unes dépendaient encore de la faveur des tribus : le peuple se plaignit bien un peu du droit qu'on lui enlevait ; mais ce ne fut qu'une rumeur vaine ; et le sénat , qui se sentait soulagé par là de n’être plus astreint à des largesses et de basses supplications, sut gré d'ailleurs à l itière de l'engagement qu'il prit de ne jamais présenter plus de quatre candidats, lesquels devaient être désignés sans brigue et n'êlrc jamais refusés.

a Quant aux comices consulaires, qui eurent lieu pour la première fois sous ce prince , je ne saurais trop dire ce qu’ils furent alors et depuis , tant on trouve de variations sur ce point non-seulement chez les auteurs, mais dans scs propres harangues. Tantôt supprimant les noms des candidats, il les désignait chacun par leur famille, leur vie, leurs services à la guerre, de façon qu’on les pût reconnaître ; tantût, mettant de côté même ces désignations, il se contentait de les exhorter à ne pas troubler les comices par leurs brigues et leur promettait ses bons offices. Il déclarait d'ordinaire qu’il ne s'était présenté à lui pour candidats que ceux dont il avait donné les noms aux consuls; mais que d'autres pouvaient encore se présenter, s’ils avaient confiance en leur crédit et en leurs services; paroles spécieuses qui n'uvaicnl pas de sens ou cachaient un piège sous ces vaines apparences de liberté , qui ne déguisaient un peu la tyrannie que pour lui mieux donner le temps de grandir* *.

Kilo grandit , elle s'éleva si rapidement et si haut sur les ruines de la république et de la liberté, qu’elle vit bientôt à ses pieds le sénat et le peuple. Il est vrai que ces deux grands corps n’etaient plus que les ombres d'eux-mêmes. Avant l'empire , l’esprit énergique du patriciat mourait dans la mollesse. Entraînés par ce torrent de

I. On ne pouf ail rendre la justice «joe dans les jours ijui étaient ao nombre de 39.

3 Tacite, Annalet. liv. l, cbap. xv.

INSTITUTIONS CIVILES

luxe, de plaisirs et d’immonde corruption , qui de l’Asie inondait Rome , les sénateurs dormaient voluptueusement aux doux sons de la cithare de l'esclave , à deux pas du gouffre où leur influence allait s’engloutir. Cicéron lui-méme, qui, dans son immense vanité d'avocat, se comparait au pilote expérimenté et vigilant assis au gouvernail du vaisseau de l’État, Cicéron avait beau signaler les écueils et crier, il ne pouvait réveiller l'équipage. Les riches aimaient trop les jardins de leurs villas; ils aimaient trop leurs tableaux et leurs statues ; iis trouvaient trop délicieux les lits couverts de pourpre du triclinium, pour s’inquiéter de la chose publique et songer à la liberté!...

Sans se mettre en peine si cette opulence fatale ne serait point enveloppée dans la ruine de la république, ils continuaient leur vie insensée dans les tumultes mêmes de la guerre civile. Jamais ils ne paraissaient au sénat. S’ils y venaient, c’était pour y rester muets ou pour soutenir ceux qui attaquaient le sénat. Tel était l’énervement de cette institution jadis si virile et si formidable , que les consulaires euxmêmes , immobiles sur leurs sièges comme des morts, qu'il s'agit du bien public ou d'une question touchant au vif leur dignité ou leurs privilèges de caste , no daignaient ni ouvrir les yeux ni remuer les lèvres pour appuyer les propositions 1 .

Le peuple, de son côté, ramas de frumentaires et d'affranchis, avili par l'oisiveté, flétri par sa longue misère, le peuple ne valait pas mieux sous ses haillons que les sénateurs sous leur pourpre. Mendiant éhonté, il se levait avant le jour pour courir aux portes des riches; plus servile que les esclaves, il tombait aux pieds des Césars pour quelques livres de chair de porc; Romain dégénéré, il vendait publiquement son vote, et l’œil attaché sur ces tables d'argent que la corruption patricienne dressait au milieu des comices , il sollicitait et prenait sans rougir la tablette du plus offrant.

L'empire s'établit au milieu de cette débficle morale. Avec la dignité romaine était morte la liberté. Ce qui lui succéda fut le despotisme pur, sans frein et sans limites. Voici la charte du pouvoir impérial votée par le sénat lui-méme :

« Qu’il soit permis à Vespasien de faire alliance avec qui il voudra comme cela fut permis à Auguste, à Tibère et à Claude; qu’il lui soit permis (liceat) de convoquer le sénat, d’y proposer ce qu’il voudra, de le congédier, de faire des sénatus-consultes en proposant les affaires et prenant les suffrages comme le firent les trois empereurs précédents. Lorsque le sénat sera convoqué en sa présence ou par son ordre, que tout ce qui s'y passera ait la même force et soit observé comme si le sénat avait été convoqué légalement.

« Que lorsqu'il aura recommandé au sénat ou au peuple romain quelques-uns de ceux qui demandent une charge, une dignité, un commandement ou l'administration de quelque chose que ce soit, ou qu’il leur aura donné ou promis son suffrage, on y ait égard extraordinairement dans toutes les assemblées.

I. Non woslo vocd nemo L. Plsonl cotisai, m Md od sailli Ijuilrm , SM II Mis est. { Cicêrois, P* Pktiippi;*r e. ti.)

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