‹ Rome ancienne et moderneChapitre 183 sur 428 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

« Qu’il lui soit permis d'étendre les bornes de l’enceinte de Rome aussi loin qu’il le jugera à propos pour le bien de la république , comme cela fut permis à Claude ; qu'il ait le pouvoir et l'autorité de faire tout ce qu'il jugera avantageux il la république et convenable à la majesté des choses divines et humaines , publiques et particulières, comme l’ont eu Auguste, Tilière et Claude.

« Que l’empereur soi/ dispensé de se conformer aux lois et ordonnances (plébiscites) du peuple.

o Que tout ce qui aura été fait , exécuté , ordonné , commandé par l’empereur, et tout ce qu’on aura pu faire par son ordre avant l'établissement de la présente loi, soit censé aussi légal et aussi légitime que si tout avait été fait par la volonté du peupl" '. »

«C'est ici qu'il faut se donner le spectacle des vicissitudes humaines! Voir dans l'histoire de Rome tant de guerres entreprises, tant de sang répandu , tant de peuples détruits, tant de grandes actions, tant de triomphes, de sagesse, de constance, de courage; ce projet d’envahir tout, si bien formé, si bien soutenu, si bien fini, aboutir à quoi?... à l’assouvissement fol et brutal des passions de cinq on six monstres ! Ainsi cet illustre sénat n'avait abattu tant de rois que pour devenir lui-même esclave de quelques-uns de ses membres les plus indignes et s'exterminer par ses propres arrêts ! On n'élève donc sa puissance que pour la voir mieux renversée ? Les hommes ne travaillent donc à augmenter leur pouvoir que pour le voir tomber, contre eux-mêmes, dans de plus heureuses mains ’?...»

Telle est en effet la loi providentielle dont nous montrions au commencement l’inflexibilité. Ne vivant qu’un instant dans l’éternité des siècles et n’ayant la faculté de se mouvoir que dans une sphère d'action limitée d’avance et à peu de chose près toujours semblable , l’homme subit par habitude le joug des idées fausses et des vieilles erreurs et tourne sans cesse dans le même cercle. Passant du despotisme monarchique au despotisme de l'aristocratie, le peuple romain s'affranchit et se maintint libre pendant quatre siècles sur le terrain du gouvernement démocratique pour retomber, cette période écoulée, sous le pouvoir d’un seul. Mais la révolution ne devait pas s'arrêter là : toute usurpation qui ne se légitime pas par un bon gouvernement , par la justice et par un retour sincère à la liberté, meurt de sou péché originel , la violence. Il arrive effectivement un moment où ceux qui l’ont faite, devenus par inconstance ou par intérêt tièdes d’abord et puis hostiles , la renversent comme ils l’ont élevée et lui substituent une nouvelle expression aussi éphémère et au., si fragile de la furce brutale. Quand ce moment arriva et que le gouvernement, arraché de sa base plébéienne et artificiellement échafaudé sur des étais oligarchiques et ensuite autocratiques , finit par retomber de tout son poids dans les camps du prétoire et des légions, Rome subit la plus honteuse des servitudes ,

I. Le leite de ce «énalos-consolu* a été donné |«r M. de Branfort, Ht publique Romaine, t. ni.

1. kioulesqaieu, Considération» sur Un causes de la grandeur des Romain* et de leur dtcadence, ehap. xv, p. ICI.

INSTITUTIONS CIVILES

colle d'une multitude ignorante , armée et dressée il la violence et au mépris des lois par ceux mêmes qu’elle allait renverser plus tard.

Une circonstance ajoutait encore à la dureté et à l'humiliation de cette tyrannie militaire et la rendait inévitablo , c’était la composition de l’armée. Les légions ne conservaient plus rien de romain que le nom. Formées de prolétaires vieillis sous les aigles, d'affranchis, d’esclaves et de Barbares enrôlés de force, elles n’avaient ni propriété, ni famille, ni patrie, et pouvaient se prêter sans remords aux excès du despotisme comme elles s’abandonnaient sans frein aux débauches de la licence. Avec une armée composée, comme dans les premiers temps, de citoyens-propriétaires, qui ne servaient qu’une année et retrouvaient en rentrant à Rome leurs femmes , leurs enfants et leurs Dieux , tuer la liberté était impossible , puisque dans chaque soldat elle eût rencontré un défenseur; cela ne devint facile qu’avec une soldatesque sans discipline et sans moeurs qui ne tenait à rien et qui , n'ayant rien & perdre, ne reculait devant aucun crime.

Aussi une armée accoutumée à regarder l'empire comme son patrimoine, vendant cet empire à l'encan et massacrant tour à tour les acheteurs ; & la tête de la république impériale un chef que l'ambition du pouvoir y avait jeté et qui s'y trouvait bientôt seul entre un sénat débile et secrètement ennemi , une plèbe énervée et des légions féroces dont les passions montaient toujours ; des lois décrépites et méprisées , des finances taries, partout la tyrannie, la corruption , l’égoïsme, la licence, voilà le tableau politique de Rome durant la quatrième période. Le gouvernement s'y était modifié selon la loi inexorable qui ramène toute institution humaine à son principe. Aux rois avaient succédé les nobles, aux nobles le peuple, au peuple les empereurs , aux empereurs succédait maintenant l'armée, et par l’épée seule étaient représentées toutes les institutions politiques.

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