‹ Rome ancienne et moderneChapitre 185 sur 428 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Vesta représentait, dans l'idée polythéiste, l’Ame de la terre. En lui dédiant un temple de forme sphérique au milieu duquel brillait un feu qui ne devait jamais s’éteindre, Nuriia, disciple des sages de Memphis, symbolisait dans une image pleine de poésie, comme l'a reconnu le grand Newton, la tradition scientifique du feu central, Ame de l’univers'. Quant à la Minerve romaine, elle portait rarement, comme celle de l'Acropole, le rameau d’olivier. Venue d’Étrurie avec la lance et la tôle de Méduse , si elle avait , ainsi que l’a si bien fait observer Jean-Baptiste Visconti , les yeux fauves du hibou, ce n’était pas pour figurer la déesse des arts, mais celle de la guerre.

L’agriculture, la chasse, la navigation, l’industrie, le commerce, la guerre, la lumière et l'amour, recevaient les hommages du peuple sous les personnifications ingénieuses de Cérès, couronnée d’épis et de pavots ; de Diane, la chaste vierge au carquois d’argent ; de Neptune, fendant les vagues sur un char traîné par des tritons et des chevaux marins; du noir Vulcain, courbé sur son enclume; du jeune Mercure, volant sans cesse avec le caducée d’une contrée A l’autre; de Mars, pressant du genou son cheval emporté, blanc de sueur et d'écume; et d’Apollon et de Vénus, les deux types les plus parfaits de la beauté humaine.

Relégués au second rang, les dieux adjoints portaient la peine de leur antiquité, comme expression allégorique de cette idée si vraie, que dans un monde où tout se renouvelle A chaque instant, le pas doit être A la jeunesse. Janus, le fils du Temps, Janus, le dieu aux deux visages, symbole mélancolique de l’Age mûr, qui voit A la fois l’enfant sortir de son berceau et le vieillard courir A la tombe, Janus, avec le passé, ou Saturne, son père, et Rhéa, ou l’éternité, sa mère, se trouvait placé A côté du bon génie aux blanches ailes de la ville, père des Lares; de Pluton, nom qu'on . donnait mythologiquement A la richesse métallurgique du globe; de cette Proserpine, qui taillait les cheveux des mourants et poétisait la captivité des morts dans la nuit du tombeau ; de Bacchus, le premier vigneron, et du Soleil et de la Lune, considérés comme flambeaux du monde.

Les dieux mineurs ou indigètes, qui formaient la seconde classe, étaient seulement au nombre de quatre : Quirinus *, Hercule, Castor et Pollux. En oubliant poulie premier la scène du marais de la Chèvre, qui l’envoya aux cieux par un chemin sanglant, il n’était pas difficile de reconnaître dans la divinisation de ces quatre chefs l’apothéose du génie guerrier, de la force, du courage et du dévouement appliqués au bonheur des hommes. On rangeait, parmi ces déités créées par la reconnaissance : Lua ou l’atmosphère, déesse des expiations ; Salacia ou le sel, fille de la mer; Hersilie, femme deRomulus; Naïa ou l’eau, femme de Vulcain; Herrie, fille de Junon, et les Meules et les Juntes, issues de Mars et de Quirinus, et figurant, les

I. I» in tjmbotan orbls rotundl. ut tgnls «otirfe la canin), teaiptum eralt Ve*t* tonal rolandl, et igaeai iterpclaoat in medio assenrari jussit. Ab Æsjrpliis amera astroruui antiqabsirais obscmloribus propagatnm esse banc scnlcnitaai... posi ad Cnreos. (Newton, De Mi rndi Syalematf.)

L Fils de Mars ou plaide de la lance appelée Curie, ei Quiris, eu langage sabin, d'où viol le nom de Qninu-s qoe portaient les llomaius.

INSTITUTIONS RELIGIEUSES. i«5

unes les batailles qui écrasent les peuples, les autres la fidélité et la limme fui, bases des serments. Dans cette famille divine entrèrent successivement, par l'adulation du sénat : César, Auguste, Livie, Julie Augusta, Drusille, sœur de Caligula; Claude, Claudia, Poppée, maltresse de Néron -, Vespasien, Titus, Domitien, Ncrva, Trajan, Antonin le Pieux, et presque tous les empereurs, avec leurs femmes et leurs fils, depuis le mari de Faustine jusqu'à Constantin.

Les Parques, avec leur quenouille emblématique, chargée de laine blanche pour la vie, de laine noire pour la mort, au fil de laquelle était liée la destinée humaine; la Mémoire ou Mnémnsyne, mère des talents et des arts, déifiés sous les traits gracieux des neufmuses; les trois Grâces, la blanche Aglaé, la brune Thalie et la blonde Euphrosine, prêtant une forme parfaite aux Irois principaux genres de lieauté; les vingt-quatre jeunes filles dont la moitié portaient des robes noires parsemées d'étoiles pour représenter les heures de la nuit, tandis que les douze autres avaient des robes blanches pour représenter celles du jour, et un essaim poétique de nymphes, emprunté à la Grèce, qui peuplait les champs, les bois et les fontaines, voilà d'abord le personnel semi-divin de la troisième classe.

A ce premier groupe on joignait neuf déités symboliques : Pan, qui personnifiait la nature; Faunus et sa femme Fauna, symboles de la fécondité de la terre et de la germination en Italie; Sylvain, chargé sous trois noms divers, par la puissance mystérieuse qui gouvernait le monde païen, de protéger les champs et les familles; Vertumneet Pomonc, emblèmes de lu maturité des fruits; Terme, dieu des limites, qui exprimait le respect, si nécessaire dans une société naissante, de la borne, où commence le champ d'autrui; et enfin Palès et Flore, matérialisant, pour en rendre les bienfaits plus sensibles aux yeux des premiers colons du Palatin, la force génératrice de la nature qui féconde ici les troupeaux, et là pare la terre de sa couronne de printemps.

Les divinités allégoriques se plaçaient également dans la troisième classe. Beaucoup d'autres êtres divins furent établis à cause de leurs bienfaits, et à juste titre, a écrit Cicéron, par les sages de la Grèce et les anciens maîtres de Home, persuadés que tout ce qui arrive d'heureux ou d'utile au genre humain découle de la bonté de Dieu ( divind bonitale). De là vient que les Romains attribuaient le nom de ce dieu même au bien qu'il accorde, et qu'ils appelaient le blé, Cérès, le vin, Bacclms, le labourage, Triptolême.

I Plus tard, les qualités morales qui apparaissaient comme des reflets du la lumière céleste, telles que la foi, l’intelligence, l’espérance, la vertu, la pudeur, la concorde, le bonheur, la fortune, le courage, l’honneur, la liberté, l'éloquence, furent divinisées à leur tour par reconnaissance pour l'auteur invisible du bien, en même temps que la crainte de l'influence qui produit le mal élevait des autels à la vengeance, à la tempête, au salut, à la peur, à la guerre, à l'argent, à la fièvre, à la pâleur et à la mort '.

I. Cicéron, De Stiuri Deorum, lib. i. — Sainte-Croix, Ky litre* du Puganitmc.

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