‹ Rome ancienne et moderneChapitre 186 sur 428 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

La quatrième classe, réservée aux dieux «Ira gers, se composait surtout de ceux d'figypte et d'Orient. Ignorant que le berceau de toutes les religions européennes n dolté d’abord sur le Nil, les Romains adoptèrent, à la suite de leurs victoires, les dieux d'Alexandrie, et ne s'aperçurent pas qu’ils adoraient déjà Isis, la déesse trèsgrande, sous le nom de Cybèle; Sérapis, Apis ou Osiris, maître de l'univers, sous cei'-: de Jupiter, père des Romains, et Anubis sous le nom de Mercure. L’étrangeté des formes et des noms que leur avait donnés, pour dérober lu connaissance de ces emblèmes au peuple, l'imagination des prêtres égyptiens, trompa Rome. Elle ne sut pas plus reconnaître la mère de ses dieux dans cette femme assise, portant sur la tête un trône ou une tour, et à la main un sistre; son Jupiter tout-puissant dans cet Osiris à la mitre ornée de cornes, et son Mercure dans l'Anubis à tôle de chien, tenant une palme de la main droite et un caducée de la main gauche, quelle ne reconnaissait Junon, Vcsta, Bacchus et Saturne sous les noms barbares de Salis, Anucis, Pétampamcntès et Pétensètès ' .

La politique patricienne avait dédié à ces dieux, comme nous l’avons vu en parcourant les régions augustales, de nombreux et riches monuments. Ils étaient adorés dans quatre-vingt-dix-sept temples inférieurs, dans quatre-vingt-onze temples d'ordre supérieur et dans trois cents édicules ou chapelles, non compris trente autels publics et quatorze bois sacrés Tous ces édifices, resplendissants de marbre et d’or, ornés des plus rares chefs-d'œuvre de l'art, et peuplés de statues, donnaient à la religion une forme extérieure magnifique. En même temps, par le soin qu'avaient pris les législateurs de mêler partout à l'idée des dieux l'idée de la patrie, du sénat, des césars, toutes ces choses étaient devenues inséparables dans la foi et le respect du peuple. Il était d'ailleurs impossible de faire un pas sans toucher quelque emblème de la Divinité ou du pouvoir; on ne pouvait songer à un objet sans être ramené immédiatement à ces deux principes. Toutes les parties de la création, étant divinisées, présidaient à la vie sociale et en réglaient le mouvement.

Le Soleil donnait son nom nu premier jour do la semaine : dies Solis.

La Lune, sa sœur, au second : Lui.œ (lies.

Mars, au troisième : Marlis dies.

Mercure, au quatrième : Mercurii dies.

L'astre doré de Jupiter illustrait le cinquième jour : Jovis dies.

La douce Vénus suivait son père : Vena is dies.

Et Saturne achevait la septième révolution : Sulurni dies.

La même pensée religieuse et politique se manifestait dans l’ordre et les noms des mois.

Le premier était appelé janvier, janvarius, parce que le dieu à deux visages carac-

I. Voir l'inscription grecque découverte par FlOppel, auprès de la cataracte du Nil, de 1*1 le de Baccbus, ci Jabl.-nski ( l’duihton Ëÿgpl en ), Clniii|»illi >n jeune '.système hictoÿlyphique).

S. La Nutice de l' Empire et P. Victor ne comptent que " axles et 63 temples ; mais noos croyons le rhifîre «le Naidini plus près de la vérité.

INSTITUTIONS RELIGIEUSES. 287

ténsait d’une manière heureuse ce mois qui voit fuir l'année écoulée et arriver l’année nouvelle. Les febma , ou sacrifices expiatoires, désignaient pieusement le second. A Mars était consacré le troisième, en mémoire de l’ancienne coutume qui, le plaçant le premier de l’année, avait dû lui imposer pour patron le père présumé de Romulus ' . Le printemps s'ouvrait sous les auspices de Vénus au souille fécond ’, aprilis. Venaient ensuite après celui-ci, le mois des aïeux, majorum s, cl le mois de la jeunesse, junius. Le septième, appelé primitivement quintlis, consacrait le souvenir do Julius César, et le huitième le nom d’Auguste, après celui de sextilis , qu’il porta longtemps. Les quatre derniers rappelaient par leurs radicaux, empruntés aux noms de nombre sept, huit, neuf et dix, que l'année romaine commença d’abord au troisième mois de la nôtre, et par l'invariable terminaison imber, qu’ils marquaient la saison des pluies.

Chaque moi3 se divisait en calendes, noncs et ides. On nommait calendes, du vertu' grec ««as, j’appelle, le premier jour de chaque mois, parce que les pontifes étaient dans l’usage de convoquer douze fois par an le peuple et les habitants de la campagne au Capitole, pour leur annoncer dans quel ordre seraient célébrés les fériés et les sacrifices. Les noncs tombaient le 9 des mois de mars, de mai, de juillet et d’octobre, et le 5 des huit autres mois. Les ides pareillement commençaient le 15 mars, le 15 mai, le 15 juillet, le 15 octobre et le 13 des autres mois. Dans ces trois divisions, les jours se comptaient en sens inverse. Ainsi, par exemple, 1" janvier, calendes; 2, quatre des nones; 3, trois des noues; 4, veille des nones; 5, nones ; 6, huit des ides jusqu’au 13 inclusivement; le 1 1, commençaient les calendes de février par le chiffre XIX. qui allait, toujours en décroissant, jusqu'au 31, veille des calendes de février; de telle sorte que dans les quatre mois exceptionnels, mars, mai, juillet et octobre, il y avait six jours de nones, huit d'ides et dix-sept de calendes, et que dans les huit autres on comptait invnriah'emcnt quatre jours de nones, huit d’ides, et dix-neuf, dix-huit ou seize jours calendaires, selon la longueur du mois.

Ces jours eux-mêmes étaient partagés en jours festes, profestes, coupés, fastes, néfastes, et fériés. On entendait par jours festes ( festi ) ceux consacrés au culte ; par jours profestes, ceux où il était permis de vaquer aux affaires publiques et privées; par jours coupés (intercisi), ceux qui, sacrés le matin, redevenaient profestes le soir ; et par jours fastes ceux où l’on pouvait plaider et sc réunir dans la Curie, ce qui était interdit pendant les jours noirs ou néfastes. Les jours fériés étaient employés à la célébration de certaines fêtes particulières.

La même politique prévoyante et sage qui avait lié les mythes du polythéisme à la constitution, et réglé cette disposition ingénieuse du temps, présida dès l’origine à l’organisation du clergé païen. Tous les ministres de la religion furent classés en deux groupes distingués, dans l’ordre hiérarchique, par la distance qui séparait les

I Voir noire Uit'oirc du I lidl de la France 1, p. 106.

ï. Avril — 3. Mii.

ÎS8

Page 1