‹ Rome ancienne et moderneChapitre 187 sur 428 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

dieux supérieurs des dieux inférieure. Pincé au sommet de la société, le premier groupe ou collège se composait des pontifes, des augures, des aruspices, des curions, des féciaux, des quindécemvirs, des scptcmvirs-épulons, des compagnons de Titius, des frères des champs, et du roi cl de la reine des sacrifices.

On dit que les pontifes institués par Xuma prirent leur nom du pont Sulilicius, qu’ils étaient chargés d'entretenir. Le roi législateur n’en avait établi que quatre, tous de race patricienne; 434 ans après Romulus, on leur adjoignit quatre plébéiens; puis, sous la dictature de Sylla, le nombre total des pontifes fut porté à quinze , huit nobles et sept plébéiens. Les premiers s'appelaient majeurs , comme les dieux qu’ils desservaient, et les autres mineurs. Tous obéissaient nu souverain pontife, chef suprême de la religion et du cullo, qui s'asseyait sur la chaise curulc et portait la trabée consulaire, rayée de pourpre et de blanc. Jusqu’au milieu du septième siècle, les pontifes le nommaient eux-mémes , mais en 649 la loi Domitia les dépouilla de ce privilège pour le donner aux tribuns , et ce fut dès lors l'une des élections les plus ardemment disputées. Les empereurs, comprenant l'importance de l’autorité dont le souverain pontife était revêtu, s’en emparèrent dans la suite.

Après le collège des pontifes venait celui des augures, formé aussi de quinze membres, et présidé par un chef appelé maître (magister augurum). Cette dignité était entourée d’un respect d’autant plus profond, d'une considération d’autant plus grande, que les Romains, d’une nature essentiellement superstitieuse, et séduits, comme tout peuple enfant, par le merveilleux, n’entreprenaient presque rien sans avoir consulté les augures. Dans toute occasion importante, c’était leur avis qu’on attendait d'abord. Qu'il s’agit de paix ou de guerre : « Qu’en pensent les dieux! » voilà ce qu’on accourait demander à l'augure. Drapé dans sa robe écarlate, celui ci partageait alors avec le bâton recourbé (lituus) la partie du ciel vers laquelle il se trouvait tourné : observant ensuite avec soin les moindres accidents survenus dans cct espace imaginaire, un nuage, le vol d'un oiseau , des éclairs, il disait si le présage était favorable ou funeste. On prenait toujours ces auspices pour l’élection des magistrats; et comme il y en avait de deux sortes , les grands précédaient les comices assemblés pour la nomination des magistrats suprêmes, et les petits les votes ordinaires.

Les poulets sacrés étaient encore dans le département dos augures. Quand on voulait chercher dans leurs cages les secrets de la destinée, uu aide du collège augurai, nommé Pullarius, apportait la volière devant un temple et jetait du grain aux poulets. S'ils le mangeaient avec avidité, le signe était bon; s’ils restaient indifférents ou qu’ils prissent la fuite, tous les malheurs menaçaient Rome. La science de l’augure, du reste, planant largement dans le champ de l’inconnu, trouvait dans tout matière à présage et éléments d'interprétation.

Celle des aruspices, au contraire, se renfermait dans un seul objet, l’examen de la chair des victimes. Les aruspices avaient pour unique mission d'assister aux sacri-

INSTITUTIONS RELIGIEUSES. 289

fices, d'observer les mouvements de la victime, d'étudier ses dernières palpitations, de fouiller ses entrailles, et de déclarer, à l'inspection du foie ou du cœur, si le sort semblait propice ou fatal il celui qui sacrifiait. Leur établissement il Rome datait des premiers temps : ils venaient, comme les Curions , de ce vieux sol étrusque , berceau des rites religieux de l'Italie entière '.

Ceux qui bâtirent la ville carrée du Palatin divisèrent les colons fondateurs en trois tribus, et chaque tribu en dix curies. Ces groupes de populations que sept siècles n’avaient pu dissoudre , et qui ne disparurent , fondus dans les quatorze régions, que sous Auguste, fractionnaient, comme les cases blanches et noires d'un damier, le territoire proprement dit de la ville en trente circonscriptions ayant chacune son dieu particulier, son temple et son prêtre, ou eurion. Ces curions offraient, & des époques déterminées par le rituel du grand pontife, des sacrifices à la divinité curiale, auxquels ne pouvaient se dispenser d'assister les habitants de la circonscription. La fête religieuse se terminait par un festin dont les chairs des victimes immolées formaient la base. Un prêtre suprême, qui portait le litre de grand eurion, et qui était élu, comme ses inférieurs, dans les comices, dirigeait ce collège sacerdotal , aussi ancien mais bien moins important, dans la République surtout, que le collège des féciaux.

Celui-ci, composé de vingt membres et du père Patrat, leur supérieur, s'occupait exclusivement d’imprimer à la guerre un caractère religieux, et de consacrer raffermissement de la paix par des cérémonies pieuses. Ainsi que nous l'avons vu au premier chapitre, à propos du traité de Tulius Hostilius avec Albe, les féciaux jouaient un rôle actif dans la constitution, et qui ne manquait pas d’une sorte de grandeur sauvage et poétique, lorsque, le bras nu et sanglant et les cheveux ceints de verveine, ils allaient lancer un javelot sur le territoire eunemi, et disaient, de retour à Rome : a La guerre est déclarée ! » Mais cette guerre, on ne la commençait jamais sans consulter les quindécemvirs. L'un des Tarquins, on ne sait lequel, vit un jour, disent les légendes, entrer dans son palais une vieille femme qui fléchissait sous le poids de neuf livres. Elle les offrit au roi, mais en demanda une somme si forte, que Tarquiu refusa. La vieille alors en brûla trois en silence, et redemanda la même somme pour les six autres. Sur un nouveau refus, elle en livra encore trois aux flammes, et répéta impassiblement son offre. Surpris cette fois, et craignant vaguement de désobéir aux dieux, Tarquin acheta les livres qui restaient, et les confia respectueusement a la garde de deux patriciens appelés duumvirs sibyllins; car cette vieille n’était autre que la sibylle de Cumes.

Ces deux pontifes et leurs successeurs gardèrent au Capitole , jusqu’au quatrième siècle de Rome , les livres mystérieux. Leur sacerdoce antérieur & la République s’était d'autant plus élevé aux yeux du peuple, qu’il croyait fermement que le salut de la patrie était attaché aux oracles sibyllins. Scellés dans un coffre de pierre , ils

1 BouUuger, Antiquité dît otite. — Frédéric Creazer, Religions de Foutiquüê.

sso

Page 1