CHAPITRE XV
ne s’ouvraient que par un decret du sénat, quand l'agitation populaire troublait la ville , qu'elle était désolée par la famine et la peste , ou que la République , nhntlue par un grand désastre, cherchait un appui dans les cieux. La dignité duumvirale conférée pour la vie exemptait ceux qui en étaient revêtus de l’obligation de porter les armes et de tous les devoirs civiques. L’an 386 de Père romuliennc, les tribuns, poursuivant avec ardeur leur plan d’égalité, ouvrirent une brèche nouvelle dans la citadelle de privilèges où se retranchait l’aristocratie , en obtenant que les gardiens des livres sibyllins seraient portés au nombre de dix , et qu'on choisirait les cinq derniers dans l’ordre plébéien. Cette adjonction les fit appeler décemvirs , nom qu’ils perdirent deux cent quatre-vingt-cinq ans plus tard pour prendre celui de quindécemvirs , lorsque Sylla eut augmenté le collège de cinq nouveaux membres. Depuis, bien que César et Auguste surtout eussent grossi à tel point cc chiffre, qu'on vit quelquefois au Capitole jusqu'à soixante gardiens sacrés, ils ne cessèrent pas de s'appeler quindécemvirs.
la1 s septemvirs-épuloos avaient été créés de la même manière par gradation. 21)7 ans avant le Christ il se manifesta un tel redoublement de piété païenne , que , les ]K>ntifcs ne pouvant plus suffire aux sacrifices, on élut trois prêtres spéciaux pour leur venir en aide lors de la célébration des jeux saints et pour ordonner les festins offerts aux idoles. Sur les instances des pontifes , qui trouvèrent bientôt ce nombre insuffisant, on joignit quatre patriciens aux premiers élus, et l'on accorda comme distinction honorifique au collège septemviral , devenu bien plus considérable dans la suite, le droit de porter, comme les pontifes, la robe bordée de pourpre.
Tous les membres de cc collège , à l’exception des féciaux , des augures et des nruspices , obligés de suivre les aigles dans les camps et sur mer, exerçaient leurs fonctions sacerdotales dans l’enceinte de Rome : seuls , les vingt-cinq prêtres de Titius ou Tatius, ce chef sabin qui partagea le commandement avec le fils de Sylvie et les douze frères arvales, desservaient la campagne. Les premiers y conservaient intactes les traditions du vieux culte sabin ; et telle était la vénération qui entourait la déesse des blés, que lorsqu'on voyait sortir les frères des champs le jour de la fête de Bacchus, Rome entière s’inclinait devant leurs couronnes d'épis * et leurs bandeleltes blanches '.
Quant au roi et à la reine des sacrifices, ils représentaient, par une singulière fiction légale, la monarchie proscrite. Dans les premiers temps de Rome, c'étaient les rois qui présidaient à tous les sacrifices publics; après leur expulsion, l'esprit romain , esclave jusqu’au ridicule des formes traditionnelles et de la légalité , s’alarma sérieusement. On craignit que l'absence du monarque ne viciât l’acte religieux , et l’on s'empressa pour y suppléer de créer une fonction hiératique appelée royauté des sacrifices. Mais, afin de dépouiller ce nom de roi des terreurs qu’il
4. CajeUno Marinio ( Dejli alli e monnaient! de' fralelli Arvsli ).
INSTITUTIONS ItELKilEUSES. Î9I
inspirait encore à Rome, on enferma inflexiblement celui qui le portait dans le cercle religieux, Le roi des sacrifices ne pouvait «e mêler d'aucune affaire ni arriver à aucune autre dignité. Soumis en tout au souverain pontife , il n'avait pas mémo le droit de convoquer le |ieuple. Sa femme avait le titre de reine des sacrifices, parce qu’elle présidait à ceux des matrones romaines.
Non moins honoré, bien que venant en seconde ligne, le deuxième grotqte du clergé païen était formé par les (lamines, les saliens, les luperques, les potitii, les galles et les vestales. On divisait les flamincs, ainsi appelés, selon Vossius, de leur bonnet couleur de flamme, en deux ordres : ceux du premier, appartenant aux vieilles familles patriciennes, n’étaient que trois : le flamme Dial ou de Jupiter, le (lamine Martial ou de Mars et le (lamine Quirinal ou de Quirinus ; ceux de l'ordre inférieur, pris dans le peuple , étaient douze , el portaient les noms des divinités particulières dont ils desservaient les autels. Il y avait ainsi le (lamine Floréal ou de Flore , le (lamine Vulcanal ou de Vulcain , le (lamine Carmental ou de Carmonta , comme il y eut plus tard les (lamines Auguslaux, créés pour rendre les honneurs divins à la mémoire d'Auguste.
Mais celui qui primait les préires des deux classes était le (lamine Dial. On le reconnaissait à son bonnet fait avec la peau d'une victime blanche immolée à Jupiter, à sa robe sénatoriale et à son anneau d’or orné d'un amulette. 11 exerçait une influence décisive dans l'ordre religieux , influence qui s’augmentait encore do l'isolement mystérieux dans lequel le code sacerdotal le forçait de vivre. 11 lui était défendu de monter à cheval , de voir les légions en armes, d'aspirer aux magistratures, de prêter serment. Le (lamine Dial ne pouvait avoir ni du feu dans sa maison, excepté pour les sacrifices , ni un seul nœud dans ses vêtements. Il devait laisser croître scs cheveux , et non-seulement s'abstenir de chair crue , de viande de chèvre et de fèves , mais éviter même de prononcer le nom de ces aliments prohibés, ainsi que celui du lierre, plante stérile. Il eût commis un sacrilège en se pliant pour passer sous une vigne, en découchant trois nuits de suite , en ne cachant pas les rognures de ses ongles au pied d'un arbre portant fruit, en mangeant du pain fermenté, en se déshabillant en plein air, en s'approchant d'un bûcher ou d'un puits, et en peignant ses cheveux le jour où les vestales jetaient les hommes de joncs dans le Tibre '.
Comme opposition à cette discipline mystique pleine de ténèbres et de rigorisme, la plus grande liberté et une allégresse continuelle prescrite par la religion régnaient dans le collège des Saliens. Quand Nutna les institua, la peste ravageait la ville. Il s'agissait de relever le moral d'une population terrifiée par la violence du fléau. Le roi lui montra un bouclier de métal qu'il dit être tombé des cieux , et , faisant parler la nymphe Ègérie , présenta cette arme comme le palladium de Rome. On en forgea par son ordre onze exactement semblables, qui furent confiés avec le modèle à douze jeunes patriciens , surnommés un peu plus tard Palatins, parce que le temple